Pic d’échanges sur le marché pétrolier juste avant une annonce de Trump sur l’Iran

Un nombre de contrats supérieur à la normale a été conclu lundi tout juste avant l’annonce de discussions avec l’Iran.

Photo: Angela Weiss Archives Agence France-Presse Un opérateur observe des écrans de données dans la salle des marchés de la Bourse de New York.

Un pic d’activité inhabituel a été enregistré lundi matin sur le marché pétrolier dans les minutes précédant une publication de Donald Trump au sujet de l’Iran qui a fait chuter les cours du pétrole, entraînant de nombreuses interrogations.

Un message surprise du président américain sur Truth Social, évoquant des discussions « productives » avec l’Iran après s’être montré plutôt belligérant tout le week-end, a entraîné une baisse immédiate des cours du pétrole après sa publication vers 11 h 05 GMT (7 h 05 au Québec) le 23 mars.

Or selon une analyse effectuée par l’Agence France-Presse (AFP) de données financières diffusées par Bloomberg, un volume exceptionnel de transactions a été observé quelques minutes avant cette publication, avec des milliers de contrats échangés en un laps de temps très court.

Ainsi, entre 10 h 49 GMT et 10 h 50 GMT, 734 contrats ont changé de mains et, entre 10 h 50 et 10 h 51, ce nombre s’est envolé à 2168 contrats. Dans l’heure précédente, le volume le plus important échangé n’avait été que de 334 sur une minute, la plupart des échanges se situant plutôt autour d’une centaine.

Entre 10 h 45 GMT et 10 h 55 GMT, ce sont 4453 contrats qui ont été échangés, contre seulement 1226 mardi sur le même créneau.

Ce volume inhabituel a alimenté des soupçons, même si aucun élément ne permet à ce stade d’établir l’existence d’un délit d’initié.

Contactés mardi par l’AFP au sujet d’une possible enquête, ni la Bourse des matières premières de Chicago (CME) ni la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le régulateur américain des produits financiers dérivés, n’ont répondu immédiatement.

Quasi décuplé

Selon Bloomberg, « au moins 6 millions de barils de Brent et de West Texas Intermediate » ont été échangés en deux minutes, alors que la moyenne sur la même plage horaire lors des cinq séances précédentes était d’environ 700 000 barils.

Environ un quart d’heure plus tard, la publication de Donald Trump évoquant des discussions avec l’Iran pour désamorcer la crise a fait plonger le baril de brut de plus de 14 %.

« Ce qui frappe ici, ce n’est pas seulement le volume des transactions, mais le timing. Les traders ne sont pas devins. Lorsqu’un positionnement change quelques minutes avant une annonce qui fait bouger les marchés, cela signifie généralement que quelqu’un agit sur la base de ce que j’appellerais des informations officieuses ou des renseignements provenant du Moyen-Orient », estime Stephen Innes, analyste de SPI Asset Management, interrogé par l’AFP.

« Le marché pétrolier est un milieu extrêmement fermé. Il ne s’agit pas seulement de traders qui spéculent sur les prix ; c’est un écosystème étroitement interconnecté d’acteurs physiques, de raffineurs, d’armateurs et de gouvernements, qui opèrent tous au sein de canaux d’information imbriqués », souligne-t-il.

Manipulations

L’analyste n’exclut toutefois pas que ces mouvements puissent être liés à « un grand producteur se couvrant sur le marché » contre une baisse soudaine des cours, alors que les prix ont augmenté de plus de 40 % depuis le début de la guerre.

Quelques heures après la publication de Donald Trump, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, avait démenti sur X toute négociation avec les États-Unis, évoquant « de fausses informations » destinées à « manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les États-Unis et Israël sont enlisés ».

Concernant les informations sur le volume de transactions supérieur à la normale, le sénateur américain d’opposition Chris Murphy a pointé du doigt la Maison-Blanche.

« Qui a fait cela ? Trump ? Un membre de sa famille ? Quelqu’un de la Maison Blanche ? », a accusé mardi le démocrate sur X. « C’est de la corruption. Hallucinant de corruption. »

Interrogée par l’AFP sur ces accusations, la Maison-Blanche n’a pas répondu dans l’immédiat.