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En appeler à la novlangue d’Orwell alors qu’on est soi-même un adepte de la désinformation relève du grand art. Je ne sais plus qui de Laurent Dauré ou de moi a eu l’idée d’enquêter et d’informer le public sur les agissements de cette petite coterie de donneurs de leçons qui essaiment à tout va leur parole quasi biblique. Dans les médias, mais surtout dans les collèges et lycées, lors de colloques où on prétend traquer le complot et l’antisémite.
La petite équipe qui pilote Conspiracy Watch et en vit, depuis une dizaine d’années, se pose en adepte du fast-checking et s’érige en arbitre du vrai. Ce n’est pas rien. Ils sont invités partout dans les médias dominants, des antennes du service public aux chaînes info. Marlène Schiappa les aime. Aurore Bergé les admire. Caroline Yadan les utilise. Emmanuel Macron les valorise. Delphine Ernotte les encourage. La Fondation pour la mémoire de la Shoah les chouchoute. Daniel Kretinsky les rémunère. Le Crif les vénère. La Licra les adule. Le Printemps républicain les adore. Bernard-Henri Lévy, Philippe Val, Richard Malka, Caroline Fourest, Raphaël Enthoven, Manuel Valls les promeuvent. Et ils le leur rendent bien.
Conspiracy Watch, c’est un business florissant qui ne souffre pas la contestation. Gilets jaunes, ingérences étrangères, Covid, Daech, guerre en Ukraine, affaire Assange, suicide d’un ministre, mort de Coluche, Trump, les extraterrestres, Gaza, Epstein : dès qu’un sujet est susceptible de créer du buzz et de la discorde, on fait appel à eux pour tuer dans l’œuf le débat. Au fil du temps, ils sont devenus à l’instar des chasseurs mythomanes de SOS Fantômes, les héros intrépides de la lutte contre la désinformation. En même temps, vous le comprendrez en lisant le livre, elle a bon dos la désinformation. Les fast-checker de Conspiracy Watch sont les champions de France de l’info à géométrie variable. Lutter contre les complots leur permet surtout de tuer les vérités qui dérangent, d’occulter certains faits importants. On fait appel à eux. Ils foncent et sortent leur lance à certitudes. Ils assènent leurs vérités, confortablement installés dans leur studio où le doute n’est jamais un sujet. Eux, ils savent et ils jettent l’opprobre sur tout ce qui n’entre pas dans leur schéma de pensée extrême-centriste.
Souvent, en lisant leurs sentences ou en les voyant pérorer à la télévision, je me demande leur niveau de conscience et de recul. Ont-ils parfois le sentiment de tricher un peu avec la vérité ? Je n’en suis pas sûr. À force de raconter leurs salades, ils ont dû finir par croire à leurs histoires. Ils se sont auto-intoxiqués en meute, en groupe. De mes cours de Philo, je me souviens de cette sentence socratique : il y a ceux qui questionnent sans cesse pour dominer et ceux qui questionnent pour comprendre. Disons qu’ils sont de la première école et Laurent et moi de la seconde.
À Blast, nous acceptons le doute, nous ne sommes sûrs de rien. Nous préférons l’exactitude au confort, la solitude à la grégarité, la rigueur à l’opinion, l’exigence à la posture, l’honnêteté à la complaisance. Nous sommes tout le contraire de Conspiracy Watch et de ce que ce « site de référence » représente.
Je ne détiens pas la vérité, je la cherche. Elle n’est pas une arme, mais une investigation et une introspection qui demandent indépendance, flegme et discipline.
Disons pour conclure que je suis journaliste et véritologue plus par choix éthique que par profession ou par idéologie.
Suivez mon regard et lisez L’Anticomplotisme officiel : une idéologie au service de l’ordre établi.
Notre boulot, nous qui sommes ballotés entre des informations souvent contradictoires, est de nous évertuer à chercher. Inlassablement. Je pense à Blast et au livre de Laurent Dauré en écrivant ces lignes. Je suis très heureux d’avoir publié son enquête au long cours sur notre site (lien). On nous avait promis la foudre, on n’a rien vu venir. Nous verrons bien ce qu’il adviendra de ce livre.
« Un mensonge peut faire le tour de la terre le temps que la vérité mette ses chaussures » disait Mark Twain qui ajoutait : « L’homme qui ne lit pas n’a aucun avantage sur l’homme qui ne sait pas lire. »
Allez salut et bonne lecture.
Rudy Reichstadt, « Gaza : pourquoi le mot « génocide » pose problème », Conspiracy Watch, 8 octobre 2025.