| Hier, mardi 7 avril, Trump a pondu le tweet qui pourrait bien rester comme le plus célèbre de ses tweets, et pourtant ceux-ci sont en grand nombre : « Une civilisation entière mourra ce soir, pour ne jamais renaître. » |
| Il était rigoureusement logique de lire là la menace du feu nucléaire, cette bombe qui n’est pas une arme de guerre mais un moyen de destruction absolue. Il était tout aussi rigoureusement logique de prendre en compte l’incohérence constitutive du président Trump et de la « langue » Trump, et donc de juger la chose imprévisible voire improbable, mais attention : elle avait bel et bien sa raison profonde. |
| Sa raison profonde tient à ce que, dans sa fuite en avant, Washington s’est dès le 28 février 2026 piégé dans une victoire catastrophique. |
| La notion de « victoire catastrophique » s’applique en histoire militaire aux grands coups réussis qui s’avèrent des erreurs stratégiques majeures : l’exemple classique est la victoire japonaise de Pearl Harbour, dont la suite fut l’écrasement du Japon, quatre ans plus tard. |
| L’assassinat de Khamenei et d’autres dignitaires iraniens, dès le 28 février 2026, entre dans cette catégorie : effet de sidération massif immédiat, puis, quelques jours plus tard, devant le constat que le régime iranien ne se met pas à genoux devant Trump et Netanyahou, effet contre-productif massif, accompli avec le blocage du détroit d’Ormuz. Qui n’est d’ailleurs pas à proprement parler un blocage, mais, pire, un moyen de négociation, de tri, et de péage, pour l’Iran, renforçant véritablement cet Etat. |
| Se sortir de l’impasse par un nouveau choc de sidération, mais alors bien plus grand et plus fort que le premier, telle était la menace de Trump. Dès lors, l’hypothèse nucléaire était sur la table. |
| Cependant, le scenario catastrophique était celui qui menaçait Trump dans tous les cas de figure : – dans celui de l’attaque nucléaire, le contrecoup « catastrophique » mondial, d’ailleurs imprévisible, arrivait dans les minutes suivant l’attaque, – dans celui de crimes de masses contre les civils, qu’il annonçait, le contrecoup catastrophique arrivait là aussi rapidement, – et dans celui du scenario TACO (Trump Always Chicken Out, Trump toujours se dégonfle), nous avons le déroulement le moins grave pour les populations, mais catastrophique également pour Trump. |
| Si c’est ce troisième scenario qui s’est accompli cette nuit, ce n’est absolument pas en raison de l’action militaire ni de l’Iran, ni d’aucun de ses « proxys », c’est en raison de la crise politique, de la crise de régime, montante aux Etats-Unis. La destitution de Trump est mise officiellement sur le tapis par de nombreux élus démocrates. La question de la désobéissance des militaires est ouvertement posée, juste après que l’incompétent toxique Egseth ait limogé le chef d’état-major des forces terrestres, le responsable à la formation et aux nouvelles technologies, et l’aumônier en chef. Cette question est également posée par la droite, les MAGA antisémites en rupture avec Trump, avec Tucker Carlson et Marjorie Taylor Greene, appelant eux aussi les généraux et officiers à la désobéissance. |
| Le feu nucléaire aurait immédiatement accéléré la crise à Washington, les crimes de masse contre les civils l’auraient aggravée, il ne restait que la reculade, bien entendu camouflée sous des cris de victoire sans que cela ne trompe qui que ce soit. |
| Nous avons donc, pour l’heure, une « trêve de 15 jours », avec l’annonce de la réouverture, de fait sous contrôle iranien, du détroit d’Ormuz, et l’acceptation par Trump du « plan en 10 points » iranien comme base de négociation : y figurent la poursuite du programme nucléaire iranien, le maintien du contrôle iranien sur Ormuz, la levée de toutes les sanctions et des résolutions de l’AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique), le retrait des forces US de la région, l’arrêt des offensives US ou israéliennes contre le Hezbollah ou les Houthis ! |
| La simple acceptation de ces 10 points comme « base de négociation » est une défaite en rase campagne sans précédent pour les Etats-Unis, ne résultant nullement d’un rapport de force militaire, mais entièrement causée par la crise de régime et les statut, désormais reconnu et conféré par tout le monde, de « fou furieux » du grotesque de Washington. Ses cris de victoire aggravant encore le tout … |
| Ce développement a été, en outre, l’œuvre du régime pakistanais, et nullement de négociateurs US. Le Pakistan, Etat instable porté au terrorisme, qui, voici deux semaines, bombardait encore Kaboul (des centaines de morts), est lié à la fois à Beijing, à Washington, à Ryad et à Téhéran, tout en étant au bord de la confrontation avec l’Inde. |
| L’autonomie stratégique momentanée acquise par un tel acteur est elle aussi un signe de la crise globale des relations internationales, et particulièrement de l’implosion à Washington : le Pakistan, qui fut souvent à la botte des Etats-Unis et traité sans ménagement par eux (souvenons-nous de l’intervention armée dans les quartiers militaires de sa capitale pour liquider Ben Laden, qu’il abritait !), a agi de façon propre, probablement en relation ave Beijing, sans demander la permission de Washington mais en informant, non pas Trump, mais des responsables militaires et diplomatiques US, et peut-être J.D. Vance, de ses initiatives. Voici peu, son ministre des Affaires étrangères se moquait ouvertement des Etats-Unis en déclarant que leur objectif de guerre était devenu l’ouverture du détroit d’Ormuz, qui était ouvert avant qu’ils n’interviennent ! |
| Contredisant immédiatement les déclarations pakistanaises, Netanyahou a proclamé que le cessez-le-feu ne concerne pas, pour lui, le Liban. La population de Tyr et de Saïda est sommée de fuir, les bombardements, sur les civils, se poursuivent, mais le pouvoir israélien se trouve, évidemment, déstabilisé, car lui aussi s’est engagé dans une fuite en avant qui dépend de celle de Trump. Mauvais pari … Enfin, c’est précisément dans ce contexte, et ce jour là, que la France, menant de toute évidence des discussions propres avec le régime iranien, a enfin put opérer le rapatriement des syndicalistes FO capturés en Iran au printemps 2022. Ils devraient arriver à Paris dans la journée. Le débriefing de cette affaire, dans l’intérêt commun du mouvement ouvrier, sera à faire |
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