Juliette Binoche s’est coupé une mèche de cheveux

En octobre 2022, alors que des femmes à travers l’Iran risquaient leurs vies après la mort de Mahsa Amini, tuée en détention pour ne pas avoir porté correctement son hijab, Juliette Binoche a pris une paire de ciseaux. Elle a coupé une mèche de ses cheveux, un geste symbolique de solidarité. Elle a levé la mèche coupée devant la caméra et a simplement déclaré : « Pour la liberté ». Ce n’était pas un acte pour l’applaudissement, mais une manière de se tenir aux côtés des femmes iraniennes, sans rien attendre en retour.
Tout au long de sa carrière, Juliette Binoche a accumulé des distinctions majeures : un Oscar pour The English Patient en 1997, un prix d’interprétation à Cannes pour Certified Copy en 2010, et elle est l’une des rares actrices à avoir été honorée dans les trois plus grands festivals de cinéma européens. Pourtant, elle n’a jamais eu peur de prendre position publiquement.
En avril 2024, elle a accordé une interview à Libération, où elle a révélé les agressions et harcèlements sexuels subis tout au long de sa carrière. Elle a nommé des réalisateurs et donné des détails sur ces incidents, brisant ainsi le silence qui a longtemps protégé les puissants de l’industrie. Dans un environnement où beaucoup craignent de dénoncer, Binoche a choisi de parler ouvertement, malgré les risques.
En 2025, Juliette Binoche a été nommée présidente du jury du Festival de Cannes, une décision marquante, surtout après avoir pris une position claire contre Gérard Depardieu, récemment condamné pour agressions sexuelles. Lors de sa première journée en tant que présidente, elle a répondu sans détour à un journaliste qui le qualifiait de « monstre sacré », en affirmant que sa réputation avait été ternie par des faits examinés par un tribunal.
Ce qui rend l’histoire de Binoche remarquable, ce n’est pas seulement qu’elle ait été récompensée pour sa transparence et son courage. C’est qu’elle a prouvé que l’honnêteté et l’excellence peuvent coexister pendant quatre décennies. Elle n’a pas sacrifié sa carrière pour sa conscience, ni son art pour ses valeurs. Elle a coupé ses cheveux pour des femmes en Iran. Elle a nommé ses agresseurs. Et Cannes lui a donné la présidence du jury.
Il existe un récit qu’Hollywood aime vendre : si vous prenez la parole, vous serez réduit au silence. Si vous faites des vagues, vous serez noyé. Si vous choisissez la conscience plutôt que la carrière, vous perdrez tout. Juliette Binoche a passé quarante ans à prouver que ce récit est un mensonge, raconté par ceux qui profitent du silence.
Elle a remporté un Oscar, Cannes, Berlin. Elle est devenue l’une des actrices les plus célébrées au monde. Et lorsque les femmes en Iran mouraient pour leur liberté, elle a coupé ses cheveux. Lorsque des hommes de son industrie ont franchi des limites, elle les a nommés. Et quand un journaliste a tenté de disculper un prédateur sexuel condamné, elle l’a corrigé à la télévision internationale. Et Cannes, le plus prestigieux des festivals, l’a nommée présidente du jury.
Ce n’est pas de la chance. C’est une preuve.
Sources :
Libération (Interview avec Juliette Binoche, avril 2024)
Le Monde (Nomination de Juliette Binoche à la présidence du jury de Cannes 2025)
Paris Match (Coup de cheveux de Juliette Binoche pour les femmes iraniennes, octobre 2022)