UN ANTIFASCISME TRES AMBIGU…

Sollicité il y a qq semaines pour signer l’appel à la Conférence antifasciste de Porto Alegre, j’ai décliné l’invitation. Le texte de l’appel en question me semblait inadéquat, parce qu’oriente uniquement contre la montée fasciste en Occident… Or, selon moi, un mouvement antifasciste mondial ne peut pas se taire sur la Russie, ou un régime authentiquement neofasciste est solidement installé au pouvoir depuis une quinzaine d’années et mene une guerre d’agression de type colonial.
La declaration adoptée au terme de la conférence (Lien en commentaire) va malheureusement encore plus loin dans la voie tracee par l’appel: elle est quasi-explicitement campiste. Le témoignage du camarade italien dans le texte ci-dessous (un camarade qui avait signé, lui) me confirme dans l’idée que j’ai bien fait de m’abstenir! Non seulement le régime de Poutine n’est pas dénonce, mais en plus la Déclaration n’a pas un mot de soutien pour les dizaines de milliers de victimes de la répression par le regime des mollahs, en Iran. Pourquoi? Parce que l’Iran est alliée à la Russie et à la Chine, bien évidemment…
On comprend aisément que, en Amérique latine, la menace neofasciste s’incarne dans Kast, Bolsonaro, Millei, Bukele et autres admirateurs de Trump. Mais on ne peut construire un mouvement mondial contre le neofascisme uniquement sur cette base-la. Il suffit de voir la connivence entre Trump et Poutine dans le soutien a l’extreme-droite européenne, et la complicite de Trump avec la lutte de Poutine contre les droits du peuple ukrainien, pour le comprendre.
Comme dit le camarade italien auteur de ce bilan de Porto Alegre: l’internationalisme, ce n’est pas vraiment cela…
Ce camarade italien tire le bilan:
(…) »Le document final dénonce en détail et de manière presque entièrement acceptable les atrocités actuelles, de l’agression contre l’Iran à l’enlèvement de Maduro, des crimes d’Israël à l’étouffement de Cuba ; pourtant, il passe sous silence la guerre impérialiste de Poutine et le massacre des manifestants iraniens par le régime des ayatollahs.
Il ne s’agit pas d’un oubli innocent, et encore moins d’un choix neutre impossible. (…)
Malheureusement, plus que l’antifascisme, le ciment de cette conférence semble être devenu l’anti-occidentalisme. Même son format de quatre jours nécessite une refonte en profondeur. Les plus de mille participants aux séances plénières et aux débats ont été réduits au rôle de simples spectateurs. Discours préparés à l’avance, débats formatés… Aucun espace d’expression libre : même le document final a été lu à la hâte, au milieu des accolades sur scène.(…)
Ce n’est pas ainsi que l’on construit la participation nécessaire pour constituer une véritable alternative à la droite. Si l’organisation de la conférence a été un succès et a marqué un pas en avant, à l’instar du jeu de l’oie, les positions finales l’ont fait reculer de deux pas. »