31 mars 2026
Il est des silences qui apaisent. Celui-ci salit. Celui-ci avilit… À Saint-Denis, la démocratie a tranché. Nettement. Légitimement. Et pourtant, au lieu du respect dû au suffrage, c’est une meute verbale qui s’est levée, grasse, lourde, obscène, charriant les vieux déchets de notre histoire.
Ce n’est pas une dérive. C’est une chute. Une chute morale qui dit tout d’un pays qui n’a pas fini de régler ses comptes avec lui-même. Une chute qui révèle une chose simple : pour certains, la démocratie est acceptable à condition qu’elle reste de souche blanche, familière, rassurante.
Et pendant que cette fange remonte à la surface, le sommet de l’État se mure dans un silence assourdissant. Où est Emmanuel Macron ? Pas un mot. Pas une ligne. Pas une indignation à la hauteur de l’abjection.
Ce silence n’est plus une réserve. C’est une défaillance. Pire : à force de ne pas nommer, de ne pas condamner, de ne pas frapper, il finit par ressembler à une tolérance. À une permission implicite donnée à ceux qui, chaque jour, repoussent un peu plus les limites de l’acceptable.
Car il faut dire les choses brutalement : si la négrophobie n’est pas réprimée avec la même dureté que l’antisémitisme-combat essentiel, vital, indiscutable-alors la République ne tient plus sa promesse. Elle choisit. Elle hiérarchise. Elle trie ses indignations comme on trie des vies. Elle classe les racismes. Et en les classant, elle se classe elle-même du côté de l’injustice.
Une République qui hiérarchise la haine est une République qui se fissure.
Une République qui tolère l’animalisation des siens est une République qui abdique.
Qu’on cesse les pudeurs. Qu’on cesse les faux équilibres.
Ce qui se joue à Saint-Denis est obscène.
Obscène dans les mots… Obscène dans les images… Obscène dans le silence qui les entoure.
Car derrière ces « tribus primitives de Michel Onfray » et ces « singes », il y a une mécanique froide : dire à des millions de Français qu’ils sont de trop, qu’ils sont suspects, qu’ils sont, au fond, interchangeables et remplaçables — sauf quand ils accèdent au pouvoir, où là, soudainement, ils deviennent insupportables.
C’est cela, la vérité nue.
Et face à cela, il ne suffit plus de commenter.
Il faut frapper. Frapper juridiquement. Frapper politiquement. Frapper moralement.
Parce que la dignité ne se négocie pas. Parce qu’elle ne se mendie pas. Parce qu’elle s’impose.
Alors oui, en tant que président du CRAN, nous irons jusqu’au bout. Nous ne laisserons rien passer. Pas une injure. Pas une insinuation. Pas une déshumanisation de plus. Nous saisirons les tribunaux. Nous engagerons les procédures. Nous utiliserons la loi comme un rempart et comme une arme.
Nous rendrons les coups. Non par goût du conflit, mais parce que certains ne comprennent plus que cela.
Pour la dignité d’un homme.
Pour la dignité d’un peuple.
Pour la dignité d’une France qui refuse de se vautrer dans ses propres ténèbres.
Et s’il faut déranger, choquer, bousculer, alors nous le ferons. Car il y a des moments où la décence consiste à ne jamais accepter de baisser la tête, à ne jamais accepter que ces esclavagistes de la pensée gagnent un centimètre de plus.
Et dire clairement au Président de la République française que son comportement est indécent, insultant à l’égard de toute une population qui ne se sent plus protégée par les institutions républicaines.
Haidari Nassurdine,
Président du CRAN