Un gouffre béant est apparu, le 1ᵉʳ avril, entre la démonstration d’autosatisfaction du président des Etats-Unis et la réalité créée par le conflit qu’il a déclenché. La seule solution militaire ne parviendra pas à dissuader durablement un régime iranien galvanisé par sa résistance.
Plus d’un mois après le déclenchement de la guerre contre l’Iran par les Etats-Unis et Israël, Donald Trump a jugé nécessaire, le 1er avril, de prendre la parole dans le cadre solennel des allocutions de début de soirée. Le président des Etats-Unis a tenté d’expliquer avec retard les raisons d’un conflit dont les répercussions économiques s’étendent à l’ensemble de la planète. S’il voulait rassurer, l’exercice s’est avéré un échec au vu des premières réactions des marchés.
Depuis le premier jour de cette guerre de choix, le 28 février, la suprématie incontestable des forces armées américaines et israéliennes et les bombardements de haute intensité auxquels l’Iran a été soumis ont produit un affaiblissement militaire historique du régime de Téhéran. En pliant sans rompre et en bloquant en représailles le détroit d’Ormuz, stratégique pour l’économie mondiale, ce dernier est cependant parvenu à transformer en début de bourbier ce que Donald Trump, aveuglé par le succès de l’opération conduite au Venezuela le 2 janvier, a qualifié de « petite excursion ».
Mercredi, le président des Etats-Unis s’est montré incapable d’expliquer avec clarté comment s’en extraire. Semblant exclure des opérations d’ampleur au sol, il a annoncé une mission presque accomplie, nécessitant encore « deux ou trois semaines » de frappes massives. Elles ramèneront l’Iran, a-t-il dit, « à l’âge de pierre », comme s’il s’agissait d’un nouvel objectif passant par la destruction des infrastructures civiles du pays, ce qui constituerait des crimes de guerre.
Donald Trump a écarté le changement de régime évoqué il y a un mois et tant espéré par des Iraniens pris en étau entre les bombardements et l’oppression à laquelle ils font face. Il s’est enfin lavé les mains du blocage pourtant prévisible d’Ormuz, auquel il a grandement contribué en assurant que les pays affectés n’avaient qu’à s’en débrouiller.
Un gouffre béant est donc apparu entre la démonstration d’autosatisfaction du président des Etats-Unis et la réalité créée par sa guerre. La résilience du régime n’a pas été anticipée, pas plus que la capacité de nuisance des drones iraniens. La voie de la diplomatie a été enterrée pour longtemps sous les bombes américaines et israéliennes. Et la seule solution militaire ne parviendra pas à dissuader durablement un régime iranien galvanisé par sa résistance, au prix de la destruction de son pays, de reconstruire ses capacités balistiques et de relancer un programme nucléaire échappant à toute forme de contrôle international.
Si cette guerre tournait aussi bien à l’avantage des Etats-Unis qu’il l’affirme, le président se serait d’ailleurs épargné une quête aussi désordonnée que vaine d’un bouc émissaire. Les critiques dont il abreuve l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord en sont la preuve la plus manifeste. L’Alliance transatlantique n’a pourtant jamais eu pour mission de réparer les erreurs stratégiques commises par l’un de ses membres, fût-il le plus puissant.