Le maire RN de Carcassonne, intimide des lycéens mobilisés contre l’extrême droite

Christophe Barthès, maire RN de Carcassonne, intimide sur Instagram des lycéens mobilisés contre l’extrême droite

Le nouvel édile s’attire de nombreuses critiques, notamment de la part des enseignants qui travaillent dans les lycées où sont scolarisés les élèves ciblés.

VALENTINE CHAPUIS / AFP
Le maire de Carcassonne menace sur Instagram des lycéens mobilisés contre l’extrême droite

Sur sa lancée. Après s’être illustré en retirant le drapeau européen du fronton de l’hôtel de ville de Carcassonne, au risque d’embarrasser son camp, le nouveau maire (RN) Christophe Barthès est épinglé ce mercredi 1er avril pour avoir intimidé des lycéens. Ceux-ci souhaitaient se mobiliser contre l’essor de l’extrême droite.

Selon des informations publiées par L’Humanité, et confirmées par un proche de l’édile à La Dépêche, la scène se déroule en ligne, sur Instagram. Lundi, un élève du lycée Jules Fil appelle à se rassembler le lendemain – jour de manifestations des professeurs contre les coupes budgétaires dans l’éducation – « pour faire valoir nos droits et défendre nos valeurs ».

Dans un message publié sur le groupe, le maire écrit : « Bonjour, nous avons récupéré les pseudos de chaque membre du groupe et si aucune manifestation n’est déclarée en préfecture ou si des dégradations sont commises, les services de police ont été prévenus. Bonne journée. »

« Danger mortel pour la démocratie »

Cette tirade, menaçante, Christophe Barthès dément en être à l’origine. « Ce n’est absolument pas moi. Je ne fonctionne pas comme ça », répond-il à L’Humanité, après avoir plaidé le « faux compte » auprès de La Dépêche. Ceci, même si le compte en question, qui a posté le message, renvoi à son profil officiel (avec ses quelque 5000 abonnés). Problème, un de ses proches a fini par confirmer au journal local qu’il en est bien l’auteur.

« Ce n’est pas un faux compte. Mais il a énormément de dossiers à traiter, il a dû confondre », explique ainsi Florent Ghisi, son directeur de campagne et désormais deuxième adjoint (à la Jeunesse notamment). Et de justifier : « au vu des menaces, il fallait réagir tout de suite. » De fait, les lycéens ont annulé leurs idées de blocus, assure L’Humanité.

Cet épisode, survenu quelques jours seulement après l’élection du maire Rassemblement national, suscite l’inquiétude et plusieurs réactions indignées. Les personnels des lycées Jules Fil et Paul Sabatier (où sont scolarisés les élèves membres du groupe Instagram) ont envoyé une lettre à Christophe Barthès pour dénoncer un procédé « inacceptable. » « Évoquer la récupération des pseudos et prévenir la police, alors que des élèves s’organisent pour exprimer collectivement des revendications, relève d’une logique d’intimidation », écrivent-ils, en ajoutant : « Ce n’est pas ainsi que l’on s’adresse à des jeunes qui exercent un droit fondamental : celui de s’exprimer et de se mobiliser. »

Dans la sphère politique, plusieurs élus insoumis montent également au créneau. « L’extrême droite est un danger mortel pour la démocratie », écrit par exemple Manuel Bompard sur les réseaux sociaux, quand son collègue Louis Boyard (ancien leader de l’Union nationale lycéenne) appelle le ministre de l’Éducation national Édouard Geffray à réagir.

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