Rima Hassan, la drogue et les médias : autopsie d’un fiasco

Du « Parisien » à BFMTV en passant par les journaux télévisés, la plupart des médias ont affirmé à tort et sans aucune prudence que de la 3-MMC avait été découverte dans le sac de l’eurodéputée LFI lors de sa garde à vue. Malgré le démenti judiciaire et scientifique, aucun n’a exprimé le moindre « mea culpa ».

« De la drogue de synthèse saisie sur Rima Hassan. » À peine placée en garde à vue pour apologie du terrorisme, ce matin du 2 avril 2026, une « affaire dans l’affaire » fait la une de la presse. L’eurodéputée insoumise se serait présentée au commissariat avec de la drogue dans son sac et fait donc l’objet de poursuites pour cette nouvelle infraction. Six jours plus tard, finalement, le parquet de Paris a annoncé qu’elle était simplement en possession de CBD, une substance parfaitement légale, et a classé l’enquête.

Pendant toute la durée de cette garde à vue du 2 avril, pourtant, la presse était catégorique, abandonnant le conditionnel pour certifier, « source proche de l’enquête » à l’appui, que de la drogue avait bien été retrouvée. Près de 2 grammes de 3-MMC, affirmaient certains, une boulette de cannabis en plus, ajoutaient d’autres.

Ces intox ont été massivement relayées par les médias, amplifiées par les politiques et entretenues des heures durant par le parquet de Paris. Derrière cette affaire, il y a un fiasco, que les rédactions journalistiques semblent bien en peine de reconnaître.

Illustration 1
© Photomontage Mediapart

Il est 12 h 30 ce jeudi 2 avril lorsque Le Parisien révèle le placement en garde à vue de la députée européenne, poursuivie pour apologie du terrorisme après avoir publié un post sur X, supprimé depuis, relayant des propos du terroriste japonais Kōzō Okamoto.

Vers 13 heures, le quotidien francilien va plus loin et révèle, sans aucune prudence, que l’élue est mise en cause pour « usage, transport et détention de drogue »« Quelques grammes de drogue de synthèse ont été retrouvés ce jeudi matin dans le baise-en-ville apporté par la députée européenne lors de son placement en garde à vue pour apologie du terrorisme », peut-on lire dans un article modifié depuis. « La députée européenne Rima Hassan est dans de sales draps », ajoutent les trois auteurs du papier.

Du « Parisien » aux JT de 20 heures

Quelques heures plus tard, puis dans son édition papier du vendredi, le journal va plus loin, en évoquant explicitement le nom d’une supposée drogue de synthèse. « La fouille des effets de Rima Hassan a révélé la présence de matière s’apparentant d’une part à du CBD et d’autre part à de la 3-MMC, utilisée notamment dans le cadre du chemsex », écrivent les journalistes, qui affirment aussi à tort que l’élue LFI « aurait refusé » de faire un test urinaire.

À aucun moment le quotidien n’a contacté l’eurodéputée ou son avocat pour tenter de recueillir leur parole ou relayer leur démenti. Seul un expert interrogé explique qu’il est tout de même « difficile d’être catégorique aussi rapidement », tout en précisant que la 3-MMC est une substance qui favorise « le rapprochement physique ».

Dans la foulée, la plupart des médias et l’ensemble des chaînes d’information en continu embrayent (les séquences sont recensées par le site Acrimed) jusqu’à ce que l’AFP confirme le tout vers 16 heures. « Quelques grammes de drogue de synthèse ont été trouvés dans le sac de l’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan », peut-on lire dans une dépêche de l’agence (reprise automatiquement par Mediapart), qui s’appuie sur « une source proche du dossier ».

« Il se trouve que ce matin, au moment de sa garde à vue, il a été découvert en sa possession quelques grammes de drogue de synthèse », confirme BFMTV à 16 h 50 grâce à des « sources proches de l’enquête ». Si la journaliste Alexandra Gonzalez précise qu’elle n’a pas encore la version ni de Rima Hassan ni de son avocat, la chaîne ne s’embarrasse d’aucun conditionnel. Dans plus d’une dizaine de bandeaux, BFMTV évoque avec certitude qu’il s’agit bien de drogue de synthèse. « C’est une info police-justice de BFM, insiste le journaliste Marc Fauvelle à 19 h 05. 1,9 gramme de drogue de synthèse retrouvée, cette fameuse cathinone. De la 3-MMC, donc, retrouvée aujourd’hui sur Rima Hassan. »

C’est un véritable crash qui fait penser au raté dans l’affaire Dupont de Ligonnès.

Un journaliste de BFMTV

Le soir, à 20 heures, les journaux télévisés relaient également l’information. « Les policiers ont découvert dans son sac plus de 1 gramme d’une drogue de synthèse », annonce

Du « Parisien » à BFMTV en passant par les journaux télévisés, la plupart des médias ont affirmé à tort et sans aucune prudence que de la 3-MMC avait été découverte dans le sac de l’eurodéputée LFI lors de sa garde à vue. Malgré le démenti judiciaire et scientifique, aucun n’a exprimé le moindre « mea culpa ».

David Perrotin

« De la drogue de synthèse saisie sur Rima Hassan. » À peine placée en garde à vue pour apologie du terrorisme, ce matin du 2 avril 2026, une « affaire dans l’affaire » fait la une de la presse. L’eurodéputée insoumise se serait présentée au commissariat avec de la drogue dans son sac et fait donc l’objet de poursuites pour cette nouvelle infraction. Six jours plus tard, finalement, le parquet de Paris a annoncé qu’elle était simplement en possession de CBD, une substance parfaitement légale, et a classé l’enquête.

Pendant toute la durée de cette garde à vue du 2 avril, pourtant, la presse était catégorique, abandonnant le conditionnel pour certifier, « source proche de l’enquête » à l’appui, que de la drogue avait bien été retrouvée. Près de 2 grammes de 3-MMC, affirmaient certains, une boulette de cannabis en plus, ajoutaient d’autres.

Ces intox ont été massivement relayées par les médias, amplifiées par les politiques et entretenues des heures durant par le parquet de Paris. Derrière cette affaire, il y a un fiasco, que les rédactions journalistiques semblent bien en peine de reconnaître.

Illustration 1
© Photomontage Mediapart

Il est 12 h 30 ce jeudi 2 avril lorsque Le Parisien révèle le placement en garde à vue de la députée européenne, poursuivie pour apologie du terrorisme après avoir publié un post sur X, supprimé depuis, relayant des propos du terroriste japonais Kōzō Okamoto.

Vers 13 heures, le quotidien francilien va plus loin et révèle, sans aucune prudence, que l’élue est mise en cause pour « usage, transport et détention de drogue »« Quelques grammes de drogue de synthèse ont été retrouvés ce jeudi matin dans le baise-en-ville apporté par la députée européenne lors de son placement en garde à vue pour apologie du terrorisme », peut-on lire dans un article modifié depuis. « La députée européenne Rima Hassan est dans de sales draps », ajoutent les trois auteurs du papier.

Du « Parisien » aux JT de 20 heures

Quelques heures plus tard, puis dans son édition papier du vendredi, le journal va plus loin, en évoquant explicitement le nom d’une supposée drogue de synthèse. « La fouille des effets de Rima Hassan a révélé la présence de matière s’apparentant d’une part à du CBD et d’autre part à de la 3-MMC, utilisée notamment dans le cadre du chemsex », écrivent les journalistes, qui affirment aussi à tort que l’élue LFI « aurait refusé » de faire un test urinaire.

À aucun moment le quotidien n’a contacté l’eurodéputée ou son avocat pour tenter de recueillir leur parole ou relayer leur démenti. Seul un expert interrogé explique qu’il est tout de même « difficile d’être catégorique aussi rapidement », tout en précisant que la 3-MMC est une substance qui favorise « le rapprochement physique ».

Dans la foulée, la plupart des médias et l’ensemble des chaînes d’information en continu embrayent (les séquences sont recensées par le site Acrimed) jusqu’à ce que l’AFP confirme le tout vers 16 heures. « Quelques grammes de drogue de synthèse ont été trouvés dans le sac de l’eurodéputée franco-palestinienne Rima Hassan », peut-on lire dans une dépêche de l’agence (reprise automatiquement par Mediapart), qui s’appuie sur « une source proche du dossier ».

« Il se trouve que ce matin, au moment de sa garde à vue, il a été découvert en sa possession quelques grammes de drogue de synthèse », confirme BFMTV à 16 h 50 grâce à des « sources proches de l’enquête ». Si la journaliste Alexandra Gonzalez précise qu’elle n’a pas encore la version ni de Rima Hassan ni de son avocat, la chaîne ne s’embarrasse d’aucun conditionnel. Dans plus d’une dizaine de bandeaux, BFMTV évoque avec certitude qu’il s’agit bien de drogue de synthèse. « C’est une info police-justice de BFM, insiste le journaliste Marc Fauvelle à 19 h 05. 1,9 gramme de drogue de synthèse retrouvée, cette fameuse cathinone. De la 3-MMC, donc, retrouvée aujourd’hui sur Rima Hassan. »

C’est un véritable crash qui fait penser au raté dans l’affaire Dupont de Ligonnès.

Un journaliste de BFMTV

Le soir, à 20 heures, les journaux télévisés relaient également l’information. « Les policiers ont découvert dans son sac plus de 1 gramme d’une drogue de synthèse », annonce