Merci Nad Iam pour ce texte…
« Comme l’a dit Donald Trump le premier jour de l’invasion de l’Iran, après qu’une école de filles ait été bombardée et ait fait 300 morts, de manière très symbolique : « nous ne sommes pas ici pour un exercice de démocratie ». »
700 000 signataires qui pour la députée Ensemble pour la République Laure Miller, se fondent « sur une propagande mensongère » : « Ce n’est pas un élan populaire, c’est un déclenchement militant, à la demande, orchestré par des acteurs connus, la LDH, la CGT, BDS France et La France insoumise », a dénoncé l’élue de la Marne.
S’étonner que la proposition de loi YADAN soit examinée sans que soit examinée au préalable une pétition ayant recueilli 700 000 signatures, alors même qu’elle exigeait de donner son identité via FranceConnect, est une saine réaction.
Cependant, c’est aussi une réaction qui traduit la croyance protectrice que nous serions encore dans une période antérieure de l’histoire.
Bien évidemment, il n’a jamais été question de discuter ni de faire de la démocratie participative concernant cette loi, qui constitue un énième coup de force antidémocratique.
Comme l’a dit Donald Trump le premier jour de l’invasion de l’Iran après qu’une école de filles ait été bombardée et ait fait 300 morts, de manière très symbolique : « nous ne sommes pas ici pour un exercice de démocratie ».
La démocratie participative avait été construite par la gauche socialiste comme une réponse aux mouvements locaux de contestation de l’ordre dominant, une réponse de paix sociale. On organisait des conseils de quartier, de grandes pétitions, puis on examinait l’avis des citoyens avant de répondre cérémonieusement, qu’on s’en fichait éperdument et que l’on ferait malgré tout passer les lois les plus contestables.
Mais aujourd’hui, le semblant de démocratie n’est plus nécessaire ; il est même devenu contre-productif pour le pouvoir et ses satellites.
Chacun voit bien ce que signifierait réellement discuter la pétition contre la loi YADAN, qui pose des bases politiques, géopolitiques et morales sur le droit de nommer les choses lorsqu’il s’agit d’un génocide.un dèbat démocratuque que nous gagnerions , tant l’argumentaire en face est creux.
Pour autant, cette pétition n’a pas servi à rien. Elle montre un rapport de force. Elle le rend visible.
Depuis plus de deux ans maintenant, la répression qui s’est abattue sur les musulmans engagés pour la Palestine, puis sur l’ensemble des activistes, nous a souvent donné l’illusion d’être seuls dans un pays totalement hostile. De la même manière que les résultats des dernières élections municipales marquent une nouvelle ère, cette pétition et son succès immédiat constituent eux aussi une réaction sociale.
Le droit de nommer les choses lorsqu’on parle d’un génocide est devenu un enjeu national. Et c’est une très bonne chose.
Comme le disait Victor Klemperer à propos de l’extermination des Juifs d’Europe en cours, alors qu’il en était lui-même une cible directe : on sait et on ne sait pas.
Les nazis avaient réussi cela : on pouvait vouer les Juifs aux gémonies, proclamer la nécessité de les faire disparaître ; mais on n’avait pas le droit de nommer l’extermination en cours. On disait « à l’Est ».
Ce que veut faire la loi YADAN, c’est nous obliger à dire « ils sont à l’Est » en parlant des Palestiniens et de toutes les victimes du génocide en cours.
Ce qu’a fait cette pétition, c’est l’inverse : dire les choses, les nommer massivement, et nous faire comprendre, à chacun d’entre nous, isolés dans un monde qui nous semble de plus en plus fascisant, que nous ne sommes pas seuls à continuer à porter le flambeau du « Plus jamais ça ».