Il y a souvent une incompréhension quand des marxistes révolutionnaires expliquent qu’il faudra soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2027.
Ce n’est pas une question d’adhésion.
Ce n’est pas une illusion électorale.
Et ce n’est évidemment pas une stratégie de transformation sociale par les institutions.
C’est une question de situation politique concrète.
Aujourd’hui il n’existe qu’une seule candidature capable de parler à grande échelle aux classes populaires, à la jeunesse et aux quartiers populaires tout en portant une confrontation avec le bloc bourgeois. Ce n’est pas une candidature révolutionnaire. Mais ce n’est pas non plus une candidature d’accompagnement du système comme celles du PS ou des écologistes de gouvernement.
Dans une période où l’extrême droite progresse partout et où le macronisme a profondément réorganisé l’état au service du capital, la question n’est pas de choisir une candidature idéale. La question est de savoir où se situe le principal point d’appui politique pour empêcher la droite extrême et l’extrême droite de s’installer durablement dans l’hégémonie politique.
Aujourd’hui ce point d’appui existe autour de la candidature Mélenchon.
Cela ne veut pas dire qu’on abandonne l’indépendance de classe.
Cela ne veut pas dire qu’on renonce à construire une politique révolutionnaire.
Cela ne veut pas dire qu’on croit qu’une élection peut changer la société.
Cela veut dire qu’on intervient dans la situation telle qu’elle est.
Une campagne présidentielle comme celle de 2022 a montré une chose importante : quand une candidature de rupture relative atteint un certain niveau, elle remet la question sociale au centre, elle politise massivement une partie de la jeunesse, elle réactive une dynamique dans les quartiers populaires et elle ouvre un espace de discussion sur la répartition des richesses et sur les institutions.
Ce type de moment politique ne se contourne pas. Il s’utilise.
Soutenir Mélenchon en 2027 pour des marxistes révolutionnaires, ce n’est pas choisir un représentant. C’est choisir un terrain de bataille.
L’objectif reste le même : reconstruire une force politique indépendante du mouvement ouvrier, appuyée sur les luttes sociales et l’auto-organisation. Mais cette reconstruction ne se fera pas en dehors des dynamiques politiques réelles. Elle se fera en intervenant à l’intérieur.
Et aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, la candidature Mélenchon en fait partie.
Donc tu expliques qu’il ne faut pas utiliser, lorsqu’on en a la possibilité, le terrain des élections – et notamment celui du premier tour des élections présidentielles – pour y faire de la propagande en faveur des idées de la lutte des classes, de l’organisation de la classe ouvrière en une organisation de combat, et même pour le renversement révolutionnaire de l’impérialisme et du capitalisme ? Non, il faut être un tacticien, c’est-à-dire un politicien, et choisir parmi les représentants politiques à la gestion du capitalisme celui qui peut créer le plus d’illusions possible, afin ensuite de pouvoir s’appuyer sur ces illusions pour dire : « Voilà, on le tient à l’œil, et s’il ne respecte pas ce pourquoi il a été élu, alors on appellera à la lutte… » C’est une fine tactique !Tu nous parles comme le font les mélenchonistes du Bloc bourgeois, sans oser prétendre que Mélenchon est un centre prolétarien. Le NFP, la seule forme sous laquelle LFI peut gouverner, est un bloc bourgeois des pieds à la tête. LFI n’est même pas la SFIO : elle ne dispose d’aucune implantation ouvrière et militante digne de ce nom, et surtout elle ne cherche pas à en avoir. LFI est un pur appareil gazeux et électoral.Oui, Mélenchon a fait plus de 21 % aux élections présidentielles, soit 7 millions de voix, ce qui représente des millions d’électeurs ouvriers et populaires. Et qu’en a-t-il fait ?Au lendemain du premier tour, LFI et Mélenchon ont-ils appelé à organiser ces millions d’électeurs en une force combative, en comités de lutte ? Même en comités LFI de lutte ? Et où les ont-ils mis en place et tentés ? Nulle part. Après avoir fait mine de nier les résultats, Mélenchon a lancé sa formule électorale « faites mieux »… toujours sur le terrain des élections.Mathieu Pigasse d’un côté, et Dassault d’une autre façon, montrent que la bourgeoisie et même le capital financier feront avec Mélenchon. Bompard, devant le MEDEF et les patrons, l’a d’ailleurs clairement exprimé : ils ne veulent que du bien aux intérêts généraux de l’impérialisme français et du grand capital.L’échiquier politique, à l’image de la société, a subi une telle évolution réactionnaire qu’un Mélenchon – clone de Mitterrand et pas loin de Jospin – arrive à passer pour la gauche de la gauche.Nous sommes engagés dans une « longue » marche vers une possible troisième guerre impérialiste mondiale, et il n’y a aucun doute : LFI et Mélenchon seront dans le camp des défenseurs de la Patrie, de son armée et de son armement.LFI, ce n’est pas une gauche de rupture, ni même d’accompagnement : c’est une gauche de gestion du capitalisme et de l’impérialisme. LFI n’éclaire pas les rapports de classe ; elle les efface largement et, comme les staliniens, diffuse le chauvinisme et le nationalisme.Sur ton terrain non plus, se ranger derrière Mélenchon ne tient pas. Si Mélenchon n’arrive pas au second tour, cela crée une démoralisation et LFI n’aura rien d’autre à proposer que « faites mieux » aux législatives. Si Mélenchon gagne au second tour, il est important qu’il existe des forces qui ont averti les travailleurs des futures trahisons de LFI au pouvoir.
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Gregory Tobeilem Personne ne dit qu’il ne faut pas utiliser le premier tour d’une présidentielle pour défendre une politique indépendante de classe. Évidemment qu’il faut le faire quand on en a la possibilité.
La vraie question, c’est : est-ce que cette possibilité existe aujourd’hui à une échelle de masse ?
Parce que sinon on confond propagande et intervention réelle dans la situation.
Dire que soutenir tactiquement la candidature de Jean-Luc Mélenchon revient à “choisir le gestionnaire du capitalisme qui produit le plus d’illusions”, ce n’est pas ce que je dis. Moi je parle d’intervenir là où se politisent concrètement des millions de travailleurs et de jeunes.
Sinon on fait quoi ? On reste en dehors pendant que ces millions de personnes font leur expérience politique sans nous ?
Sur le NFP, dire que c’est un bloc bourgeois homogène ne correspond pas à la réalité sociale qu’il agrège. Il y a dedans des appareils réformistes, oui. Mais il y a aussi une partie réelle du camp populaire. C’est ça qui compte pour une politique révolutionnaire.
Sur 2022, je suis d’accord sur un point : les 7 millions de voix n’ont pas été transformées en force organisée. C’est justement une limite majeure. Mais ce constat ne mène pas automatiquement à la conclusion qu’il faut rester à distance de ces dynamiques.
Enfin sur la guerre et l’impérialisme : aucune illusion là-dessus. La question n’est pas de “se ranger derrière Mélenchon”. La question est de savoir comment on parle aujourd’hui à une fraction décisive du camp social réel.
Construire une politique révolutionnaire, ce n’est pas choisir entre pureté et trahison. C’est intervenir dans les contradictions telles qu’elles existent.