Après la conférence de Porto Alegre, quel internationalisme ? Autres éléments de discussion.

Avatar de aplutsoc2
Par aplutsoc2 le 19 avril 2026
Suite à nos premières publications faisant suite à la conférence de Porto Alegre, iciici et ici, nous reproduisons ci-dessous trois textes sur cette conférence, de natures différentes et qui aideront à éclairer les enjeux.
Le premier est un entretien de bilan d’un de ses principaux organisateurs, Eric Toussaint (dirigeant du CADTM, Comité pour l’Abolition de la Dette du Tiers-Monde, et d’autre part de la direction de la IV° Internationale), publié sur le site Contretemps.
Le second est une note du camarade Alfons Bech, qui a participé à cette conférence, diffusée par lui notamment dans le RESU, à propos de laquelle il précise : « Camarades, j’ai rédigé ce brouillon dans l’idée d’en faire un article pour le site web de mon organisation, La Aurora (organisation marxiste). Il n’est pas encore achevé et pourrait subir quelques modifications. Mais je considère que, malgré ces réserves et son caractère provisoire, il peut déjà être utile, dans son état actuel, pour les discussions en cours, en complément d’autres articles et des précieuses réflexions qui sont menées. Je suis ouvert à vos commentaires et suggestions. Alfons. »
Le troisième est la traduction d’un texte diffusé en allemand et en anglais par le camarade Christian Zeller, militant écosocialiste en Autriche.
Dans ce chapeau, que vous pouvez tout aussi bien lire après les textes ci-dessous, je me permets de soulever rapidement quelques questions importantes.
Ces textes divers sont tous éclairants à propos du principal problème que nous avons, depuis la tenue de cette conférence, soulevé à son sujet : celui du cadre lui-même qui, en institutionnalisant en quelque sorte un « front unique » entre courants politiques n’ayant pas le même avis sur « qui sont les fascistes ou néofascistes ; ou qui sont les impérialistes » selon les propres termes d’un communiqué d’autosatisfaction que nous avions critiqué –  – rien que ça : des antifascistes pas d’accord sur qui sont les fascistes ! – risque d’être plus un facteur de blocage qu’un moyen d’avancer.
Eric Toussaint confirme cette conception : il est pour lui normal que les antifascistes ne soient pas d’accord entre eux sur qui sont les fascistes, et les anti-impérialistes sur qui sont les impérialistes, car ils se situent sur des continents différents de la planète dans lesquels on n’a inévitablement pas la même histoire et les mêmes représentations. S’il en était ainsi à 100%, les camarades ukrainiens et en général d’Europe centrale manifesteraient la même incompréhension ou le même déni que celui dont ils sont l’objet bien souvent, s’agissant des combats des peuples ayant connu le colonialisme et l’impérialisme « occidentaux », ce qui n’est pourtant pas le cas. Et peut-on de manière efficace combattre, au Brésil par exemple, tout retour du bolsonarisme, en faisant l’impasse sur la forme concrète mondiale de la réaction représentée par l’axe Trump/Poutine ?
Eric Toussaint déplore que la CGIL italienne, après avoir envisagé de venir, ait changé d’avis et ait contribué, selon lui, à ce que les autres principales centrales syndicales d’Europe soient absentes. La CGIL était semble-t-il gênée par une phrase de l’appel susceptible d’être interprétée comme pouvant permettre l’envoi d’armes à l’Ukraine, bien que précisant lui-même à la CGIL avoir bien fait attention de ne citer « aucun exemple contemporain ». Et il précise à la fin de l’entretien qu’un passage sur l’Ukraine aurait pu figurer dans l’appel, qui aurait été le suivant :
« Défense d’un processus de paix en Ukraine qui élimine les causes profondes du conflit, établisse des garanties de sécurité pour toutes les parties et respecte l’autodétermination et la volonté souveraine des populations touchées par la guerre. »
Sécurité pour l’impérialisme agresseur comme pour la nation opprimée, pas un mot sur les zones occupées, et, de fait, porte ouverte à des « référendums » dans les zones occupées : on voit de quel côté sont ici les concessions tenues pour utiles et nécessaires …
Avoir des opinions différentes sur qui pourraient bien être les fascistes et les impérialistes veut bien dire, en pratique, que tout le monde doit être contre « l’impérialisme américain » et que l’opposition aux autres, surtout le russe, sont une option qui ne peut pas être exprimée ouvertement dans une proclamation « unitaire » …
Alfons, dans sa note, donne à nouveau des indications vivantes sur l’écho rencontré par les ukrainiens et pro-ukrainiens sur place sur lesquels il ne me viendrait pas à l’esprit d’ironiser : je rappelle que, dans le RESU, j’ai déclaré respecter la décision des camarades souhaitant se rendre à Porto Alegre et compter d’ailleurs sur eux pour en faire un bilan. Le point à discuter est qu’il présente non pas seulement les échanges entre militants et courants ayant eu lieu à cette occasion, mais le cadre même fixé et déterminé à Porto Alegre, comme un cadre nécessaire (alors même qu’il précise que ce n’est pas un mouvement de masse mais un cadre de rencontres très politiques).
Christian Zeller interroge justement le cadre politique lui-même, sur trois points : le « campisme » (au mieux silence, au pire soutien, envers l’impérialisme russe), mais aussi le caractère a-critique de la conférence sur les gouvernements « progressistes », pétroliers et extractivistes d’Amérique du Sud à commencer par le gouvernement Lula lui-même au Brésil – signalons d’ailleurs qu’une organisation syndicale brésilienne, la Conlutas, n’a pas pris part à la conférence en raison, principalement, des liens entre ses organisateurs et le gouvernement, et que ceci semble avoir contribué à ce que l’Union Syndicale Solidaires en France, liée à Conlutas, en ait fait autant-, et, excusez du peu, le silence de l’appel final à propos du réchauffement climatique (pourtant à l’origine du décalage d’une année de la conférence).
Toutes questions sont pour le moins sérieuses : personne ne pourra les évacuer en affirmant que les soulever serait vouloir s’autoisoler ou relèverait d’un sectarisme de mauvais aloi, car elles procèdent de la réalité. Il ne s’agit pas de refuser de discuter avec qui que ce soit où que ce soit, mais du CADRE politique dans lequel on s’inscrit.
Vincent Présumey, le 19/04/26.
I) L’entretien d’Eric Toussaint au site Contretemps. NB : en annexe , la correspondance d’Eric Toussaint et de la CGIL.

Porto Alegre 2026 : une convergence antifasciste et anti-impérialiste ! Entre succès inédit et obstacles majeurs.

Quand a surgi le projet de conférence ?

Suite à la tentative de coup des bolsonaristes du 8 janvier 2023 à Brasilia, est née l’idée de convoquer à partir du Brésil une conférence internationale antifasciste.
Rappelons qu’après avoir perdu les élections présidentielles en octobre 2022, les partisans du président néofasciste Jair Bolsonaro ont pris d’assaut le parlement brésilien et d’autres institutions centrales dans la capitale Brasilia le 8 janvier 2023, en prenant pour modèle l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 par les partisans de Trump. Par la suite, la justice brésilienne a condamné à 27 ans de prison Jair Bolsonaro pour avoir dirigé une organisation criminelle armée, avoir prévu d’assassiner le président nouvellement élu Lula et avoir tenté d’abolir par la violence l’État de droit démocratique[1].
En 2023 également, le choc créé par la victoire du néofasciste Javier Milei en Argentine et l’offensive qu’il a commencé à lancer contre le mouvement populaire à partir du 10 décembre de la même année a représenté une stimulation supplémentaire pour prendre une initiative. On s’est dit : « N’attendons pas plus longtemps, lançons un processus aboutissant à une initiative de grande ampleur ». Le danger est mondial : du Cône Sud de l’Amérique latine à l’Inde en passant par les États-Unis, Israël, l’Italie, la France, la Hongrie, la Biélorussie, la Russie, la Turquie, l’Égypte, les Philippines,… pour ne citer qu’une série limitée d’exemples.

Pourquoi avoir convoqué la conférence depuis le Brésil ?

La conférence aurait pu être convoquée à partir d’un autre pays mais le Brésil offrait des conditions particulières et pour ainsi dire uniques :
1. Les plus importantes forces politiques et sociales de gauche, en appelant à voter pour Lula du PT en 2022, avaient réussi à battre dans les urnes Jair Bolsonaro alors qu’il disposait d’une base électorale importante, d’un soutien de Washington et d’une partie significative du grand capital. Si les partis de gauche, en surmontant leurs divergences sur des points importants[2],  ne s’étaient pas mis d’accord sur le nom d’un candidat commun en la personne de Lula, Bolsonaro aurait pu gagner les élections.  L’unité concernait en particulier le PT, le PCdoB, le PSOL ainsi que le Mouvement des Sans Terre et plusieurs syndicats dont la CUT.
2. Au début de 2024, le PT et le PSOL de Porto Alegre se sont mis d’accord pour constituer un comité unitaire local pour convoquer une conférence internationale dans cette ville qui a été le berceau du Forum social mondial en janvier 2001. Les structures locales de ces deux partis ont obtenu le feu vert de leurs instances nationales (sans pour autant que celles-ci s’enthousiasment pour ce projet et en fassent une authentique priorité) et ont cherché à élargir la base d’appui.
Je précise qu’au moment où le processus a démarré à Porto Alegre, on n’écartait pas la possibilité que si le PT et le PSOL se mettaient d’accord pour convoquer la conférence à Sao Paulo ou dans une autre grande ville du Brésil, on aurait pu déplacer le lieu de la conférence afin d’assurer une plus grande participation brésilienne. Finalement, c’est Porto Alegre (POA) qui a été retenu ce qui, vu la proximité de l’Argentine et de l’Uruguay, permettrait à des délégations importantes de ces 2 pays de se déplacer en bus pour rejoindre la capitale de l’État de Rio Grande do Sul[3].
La conférence qui devait avoir lieu en mai 2024 a dû être reportée en raison des inondations dramatiques ayant affecté Porto Alegre et Rio Grande do Sul quelques jours avant le début de la conférence. Ces inondations, la pire catastrophe climatique de l’histoire de cet État brésilien, a entraîné la mort de plus de 180 personnes.

Tentative en 2024 de lancer une initiative en Europe

Il faut également ajouter que durant l’année 2024, des contacts ont été pris par le CADTM avec des responsables politiques de différents pays européens afin de proposer qu’on organise une conférence unitaire en Europe, mais cela n’a pas abouti. La fragmentation politique de la gauche en Europe est très forte et le repli sur la politique nationale prime très nettement sur l’international[4]. C’est un recul manifeste par rapport aux années 2000 et c’est très préoccupant quand on voit à quel point l’extrême-droite croît dans tous les pays d’Europe.

La convocation de la conférence antifa au Brésil

Pour revenir au Brésil, c’est en mai 2025 que le comité organisateur local à Porto Alegre décida de relancer le processus menant à la conférence et fixa la date du 26 au 29 mars 2026 pour sa tenue.
Entre temps le PCdoB, un allié de longue date du PT, s’était joint aux organisations qui convoquaient. De nombreux mouvements sociaux locaux apportaient leur soutien à l’initiative, le chiffre total atteignait 80 en septembre 2025.
C’est seulement à partir de fin septembre 2025, c’est-à-dire environ six mois avant la conférence internationale que les invitations ont commencé à être envoyées par le comité organisateur local à destination de l’étranger.

Au départ la conférence était centrée sur l’antifascisme, quand la thématique de l’anti impérialisme a-t-elle été ajoutée ?

C’est en octobre novembre 2025 que la dimension anti impérialiste a été ajoutée face à l’agressivité extrême adoptée par Trump, notamment par rapport au Brésil, suite à la condamnation de son allié Bolsonaro. Les menaces de Trump avaient encouragé l’extrême droite brésilienne à se mobiliser en masse début septembre (plus de 200 000 manifestant·es à Sao Paulo), ce qui à son tour avaient entraîné de très grandes mobilisations anti impérialistes réalisées dans les principales villes du Brésil le 22 septembre 2025 (plus de 220 000 manifestant·es à Sao Paulo en défense de la souveraineté nationale du Brésil et contre l’amnistie pour Bolsonaro et ses complices voulue par Trump et l’extrême-droite).

Comment peut-on mesurer l’appui reçu par la conférence sur le plan international ?

Au début alors que nous diffusions la lettre d’invitation signée principalement par les présidents du PT, du PSOL et du PCdoB de Porto Alegre, l’accueil n’a pas été très chaleureux. La lettre d’invitation mentionnait le soutien apporté à l’initiative par de nombreuses organisations sociales locales mais le rôle dirigeant de ces trois partis était évident et constituait un obstacle hors d’Amérique latine.
En Europe, les organisations n’ont pas l’habitude de signer des déclarations avec des partis ou de répondre à des appels venant des partis. Cela constituait une difficulté réelle. En Amérique latine et en Asie, cela pose moins de problème ou pas de problème du tout.
C’est à partir de décembre 2025 que nous est venue l’idée au CADTM international de rédiger un appel large et de le lancer en notre nom, comme réseau international, afin d’essayer de surmonter un maximum d’obstacles et d’amplifier le soutien. Entre le 19 décembre 2025 et le 20 janvier 2026, on a récolté des signatures pour l’appel international à renforcer la lutte antifasciste et anti-impérialiste. L’appel est radical, court, combattif, unitaire et évite de désigner les Etats-Unis et leurs alliés comme le seul bloc impérialiste. En effet, l’appel dénonce toutes les agressions impérialistes (et colonialistes) quelle qu’en soit l’origine et affirme qu’il faut soutenir face à celles-ci la résistance des peuples, y compris les armes à la main quand c’est nécessaire. Le génocide perpétré par le gouvernement néofasciste de Netanyahou à Gaza est dénoncé.
Très vite, on a pu obtenir les signatures de responsables de partis de gauche en Europe. Citons les signatures de Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Olivier Besancenot (NPA A) en France, de Jeremy Corbyn et Zahra Sultana  (Your Party) en Grande Bretagne, de Yanis Varoufakis (MERA 25) et Zoe Konstantopoulou (Trajet de Liberté) en Grèce, de Irene Montero (Podemos) et Ada Colau (Comuns) dans l’État espagnol, des europarlementaires italiens Ilaria Salis et Domenico Lucano. S’y ajoutaient des parlementaires d’Allemagne, du Danemark, du Luxembourg, de Suisse, de Turquie… En France, un nombre important de responsables et d’élus des différentes sensibilités de la gauche (LFI, Ecologistes, PCF, NPA A, Après, Génération et même quelques élues PS) ont signé. Dans la péninsule ibérique, des responsables de presque toute la gauche espagnole (Podemos, Sumar, Anticapitalistas), basque (EH Bildu), catalane (Comuns, CUP), gallega (BNG), andalouse (Adelante Andalucia), de la communauté valenciana (Compromis),…
Aux Etats-Unis, on a obtenu, ce qui était très encourageant, la signature de toute la direction des DSA (Les Socialistes démocratiques des Amériques), mouvement politique dont fait partie le nouveau maire de New York Zohran Mamdani.
D’Amérique latine, on a recueilli de très nombreuses signatures de parlementaires, de dirigeant·es de partis, d’intellectuel·les, d’activistes de renom,… de nombreux PC d’Amérique latine, des organisations membres de la IV internationale, du Bloc patriotique de Colombie, de Morena au Mexique,  et d’Argentine : de Mouvement Socialiste des Travailleurs (membre du FIT-U et de la LIS), de Vientos del Pueblo, de l’Union Populaire,…
Parmi les intellectuel·les qui ont signé l’appel: la française Annie Ernaux (prix Nobel de littérature en 2022, le suédois Andreas Malm (écosocialiste), l’indien Vishay Prashad (membre du PCI M) directeur du Centre tricontinental basé au Chili et en Inde, Titi Bhattacharya et Nancy Fraser, auteures du Manifeste féministe des 99%, Paco Ignacio Taibo II, directeur de l’importante maison d’édition Fonds de Culture Économique (Mexique), Abel Prieto (Cuba), de l’économiste marxiste Michael Roberts (GB), des politologues Gilbert Achcar (GB), Joseph Daher (Syrie), Franck Gaudichaud (Fr.), Robert Brenner et Suzi Weissman (E-U), de Catherine Samary (Fr), Patrick Bond (Af. du Sud), Walden Bello (Philippines), Frei Betto (écrivain, Br.), Michaël Löwy (Fr.-Br.), Achin Vanaik d’Inde, Françoise Vergès (La Réunion/France), Jean Ziegler (Suisse), Mireille Fanon (Martinique/France) et bien d‘autres.
Des activistes de renommée internationale ont signé l’appel comme Thiago Avila, un des principaux coordinateurs de la flotille Soumoud pour Gaza et plus récemment de la flotille pour Cuba ; Adau Colau, ex maire de Barcelone et Rima Hassan (LFI) également actives dans la flotille Soumoud ; David Adler, coordinateur général adjoint de l’Internationale progressiste ; Massa Kone (Mali) du comité organisateur du Forum social mondial 2026.
Des responsables de médias alternatifs ont signé : Denis Robert directeur fondateur de Blast (Fr.), Bhaskar Sunkara directeur fondateur de Jacobin (E-U), Vivek Chibber directeur de Catalyst (E-U),  Jaime Pastor (Viento Sur de l’État esp), Daniel Raventos (de Sin Permiso, État esp.), Antoine Larrache (Inprecor, Fr.), Penny Duggan (International Viewpoint),  Ugo Palheta (Revue Contretemps), Angela Klein (Revue SOZ, All.), Farooq Sulehria, rédacteur en chef du Daily Jeddojehad (Pakistan), Martín Mosquera (Jacobinlat Amérique latine), Federico Fuentes (éditeur de LINKS, Australie), Rafaël Hernandez (revue Temas, Cuba), Sushovan Dhar, magazine Alternative Viewpoint (Inde).
Les régions sous représentées :
1. l’Asie même si des personnalités et des mouvements des Philippines, d’Indonésie, de Malaisie, d’Inde, du Pakistan, du Sri Lanka, du Bangladesh, du Népal, ont apporté leur soutien ; 2. l’Afrique subsaharienne, même si des activistes du Mali, du Togo, du Cameroun, de RDC, du Kenya, d’Afrique du Sud, d’Ouganda, d’Eswatini ont signé l’appel;
3. la région arabe, même si des activistes et des responsables d’organisations des pays suivant ont signé : Maroc, Tunisie, Liban, Syrie, Irak.
Soutien apporté par les ATTAC : En France, ATTAC a beaucoup hésité et a finalement et heureusement signé l’appel. Presque tous les ATTAC d’Europe (ATTAC Autriche, ATTAC Espagne, ATTAC Wallonie/Belgique, ATTAC Hongrie, ATTAC Italie, ATTAC France,…) ont signé avec une exception majeure celle d’ATTAC Allemagne, qui n’a pas expliqué son refus et qui n’a envoyé personne à Porto Alegre.  Les ATTAC d’Argentine, du Maroc, du Togo qui sont organiquement associés au CADTM ont également signé.
Le réseau international du CADTM a évidemment soutenu activement l’appel et a contribué à sa diffusion. Cela a encouragé ses organisations membres à contribuer à la large délégation qui s’est rendue à Porto Alegre : plus de 25 délégué·es provenant du Maroc, du Mali, de Côte d’Ivoire, de RDC, d’Inde, du Pakistan, des Philippines, du Mexique, de Colombie, de Puerto Rico, d’Argentine, de Belgique, de Suisse et de France, sans compter les délégués du Kenya et d’Haïti qui ont été empêchés de participer.
Soutien des organisations syndicales et de syndicalistes :  plusieurs syndicats et dirigeant·es ont apporté leur soutien à l’appel international : ELA et LAB du pays basque, l’intersyndicale du pays Valencia, la confédération syndicale de Galicie, l’intersyndicale de l’État espagnol ; plusieurs syndicats du Brésil : CUT, ANDES, CTB,… ; en Belgique, Jean-François Tamellini, secrétaire général de la FGTB wallonne et Felipe Van Keirsbilck, secrétaire général de la Centrale nationale des employés (CNE/CSC) ; Angélique Grosmaire, secrétaire générale de la Fédération Sud PTT (France) et Andres Gomez, Secrétaire général, CGT Beaulieu (France); Eliana Como, membre de l’Assemblée nationale du syndicat CGIL (Italie) ; Martín Esparza Flores et Humberto Montes de Oca, dirigeants du Sindicato Mexicano de Electricistas (SME)  et Luis Bueno Rodríguez, Coordinateur de la Comisión de Organización Nueva Central de las y los Trabajadores; Christian Dandrès, Président national du Syndicat suisse des services publics (SSP-VPOD).
Les listes des 1800 signataires jusqu’à la date du 15 mars  2026 sont rassemblées ici ( https://www.cadtm.org/Troisieme-liste-des-personnalites-signataires-de-l-appel-international-au#premiers_signataires  ). Il est toujours possible de signer l’Appel international en cliquant ici.

Le CADTM a-t-il rencontré des refus de signer l’appel ?

Parmi les personnalités contactées peu ont refusé de signer. Notons quand même en Europe les refus de Tariq Ali en Grande Bretagne, de Daniel Tanuro (auteur marxiste écosocialiste) et Raoul Hedebouw (président du PTB) en Belgique,… Ces refus que nous regrettons sont peu nombreux et n’ont pas empêché le succès de la collecte de signatures

Le refus de la direction du syndicat italien CGIL de signer l’appel et d’aller à Porto Alegre

Ce qui a été très dur à vivre à cause de ses conséquences, c’est le refus de la direction de l’important syndicat italien CGIL qui a contacté d’autres directions syndicales afin qu’elles ne signet pas l’appel, c’est le cas de la direction de la FGTB en Belgique, et probablement de la CGT en France, des Commissions ouvrières et de l’UGT dans l’État espagnol,… La direction de la CGIL a refusé de signer en disant qu’elle était en désaccord avec la phrase qui parlait de la résistance des peuples les armes à la main quand c’est nécessaire. La direction de la CGIL a y compris contacté la direction de la CUT du Brésil pour qu’elle ne signe pas. Nous avons essayé de convaincre la direction de la CGIL en apportant des arguments (voir en encadré la lettre essayant de convaincre la CGIL et d’autres organisations de signer). Nous avons également expliqué que la signature de l’appel n’était absolument une condition pour participer à la conférence. Alors que la CGIL avait d’abord annoncé sa participation à la conférence de Porto Alegre en participant fin novembre 2025 à la première réunion en ligne du comité organisateur international, elle a finalement décidé de n’envoyer personne à Porto Alegre, ce qui est vraiment dommage. Elle aurait pu aller à Porto Alegre sans signer l’appel et elle aurait eu la parole dans au moins une plénière.

Le réseau international des syndicats antifascistes

La CGIL a contribué activement à la création d’un RÉSEAU INTERNATIONAL DES SYNDICATS ANTIFASCISTES dont on peut lire le texte fondateur en cliquant ici. Le texte fondateur est aussi disponible sur le site du CADTM. C’est une très bonne initiative et l’espace de convergence de la conférence antifa et anti impérialiste de POA ne constitue pas une concurrence par rapport à ce réseau international des syndicats antifascistes. Nous avons eu l’occasion de le répéter en Argentine de vive voix le 22 et le 24 mars 2026 lors d’importantes rencontres syndicales auxquelles notamment la CGIL, les Commissions ouvrières, la CGT participaient activement.

D’autres refus de signer l’appel à renforcer l’action anti fasciste et anti impérialiste

En Europe, le réseau de solidarité avec la résistance ukrainienne (RESU) a refusé de signer mais heureusement a envoyé une délégation à Porto Alegre. Le refus de RESU se base sur le fait que l’impérialisme russe n’était pas dénoncé dans l’appel, la condamnation de l’invasion russe de l’Ukraine n’était pas mentionnée. Le RESU soutient l’envoi des armes à l’Ukraine tandis que la CGIL d’Italie s’y oppose. RESU et la CGIL ont refusé de signer l’appel pour des raisons presque opposées, ce qui illustre la difficulté de construire une unité large.
Un autre syndicat a refusé de signer l’appel et d’aller à Porto Alegre pour d’autres raisons que celles de la CGIL, il s’agit de Sud Solidaires en France. Sud Solidaires n’a pas expliqué par écrit son refus de signer mais il semble que cela soit lié au fait que les partis PT, PCdoB et PSOL jouaient un rôle clé dans l’organisation de la conférence. D’autres raisons ont certainement joué comme la solidarité avec la résistance ukrainienne.
En Argentine, le PTS (membre du FIT-U) a aussi refusé de signer. Le PO (membre du FIT-U) est allé plus loin et a carrément mené campagne contre la conférence et a critiqué durement le MST pour avoir signé l’appel et pour envoyer une délégation à POA. Dans le cas du PTS et du PO, leur refus se base notamment sur le fait que la conférence incluait le PT de Lula qui fait des alliances avec des secteurs du grand capital.

Quelles différences entre la conférence antifa et anti impérialiste de POA et le Forum Social Mondial ?

Alors que dans le cadre des Forums sociaux mondiaux et de leurs homologues au niveau des continents, les partis politiques ne sont pas admis en tant que tels, dans le cas présent, partis politiques, mouvements sociaux, associations citoyennes sont présent·es ensemble.
De plus, il ne s’agit pas seulement de dénoncer le monde de l’extrême-droite et les agressions impérialistes d’où qu’elles viennent, il s’agit d’essayer de lancer une initiative pour tenter de changer la situation. Certes, c’est de manière modeste car nous ne sommes qu’au début du processus, mais vu que l’étape de Porto Alegre est encourageante, on devrait pouvoir  progresser pas à pas. Cela impliquera de surmonter les divisions qui affaiblissent dramatiquement la gauche pour faire face à l’extrême-droite et aux politiques impérialistes et néo coloniales des différentes puissances.

La conférence de Porto Alegre constitue-t-elle un succès ?

Oui c’est un succès. Réussir à réunir plus de 5 000 participant·es (chiffre réel) lors de la marche d’ouverture, c’est un succès. Convaincre des participant·es de faire le déplacement depuis plus de 40 pays sans soutien financier des autorités ou de grandes fondations, c’est un succès.
La seule fondation étrangère qui a apporté un soutien financier est la fondation Rosa Luxembourg qui a payé l’interprétation des 11 grandes conférences plénières.
Il faut préciser que le PT, le PCdoB et le PSOL sont dans l’opposition à Porto Alegre et dans l’État de Rio Grande do Sul. C’est la droite dure qui est au gouvernement dans la région. Le gouvernement de Lula n’a pas apporté de financement.
Lors des premiers Forums sociaux, la situation était différente, le PT et ses alliés étaient au gouvernement à Rio Grande do Sul et à Porto Alegre. Le soutien du mensuel français Le Monde diplomatique et de ses nombreuses éditions nationales avait été très important pour permettre un large écho dès la première initiative. Et surtout, le mouvement d’opposition à la mondialisation capitaliste néolibérale était en pleine croissance : les années 1990 avaient vu se multiplier des mobilisations aux quatre coins de la planète, les années 1999 et 2000 avaient été marquées par d’énormes mobilisations internationales à Seattle, à Washington, à Bangkok, à Séoul, en Europe,…  Portés par des mobilisations, plusieurs gouvernements progressistes ont vu le jour en Amérique latine : Chavez au Venezuela (1999), Lula au Brésil (2003), Evo Morales en Bolivie (2005), Manuel Zelaya au Honduras (2006), Rafael Correa en Équateur (2007), Lugo au Paraguay (2008).
Ce climat de progression des mobilisations et du mouvement qu’on a appelé altermondialiste, pour un autre monde possible, a duré au moins jusque 2006-2007, et a connu un rebond en 2009 – 2012 avec les mobilisations qui ont suivi la crise financière de 2008, le printemps arabe (2011) et les mouvements des indignés et d’Occupy Wall Street (2011).
Rien de tel n’existe en 2026. Nous vivons la période la plus difficile des 40 dernières années sur le plan mondial et si on se limite à l’Europe, la plus difficile depuis la seconde guerre mondiale avec une progression de l’extrême-droite inconnue sur le vieux continent depuis les années 1930 et une nouvelle guerre de grande ampleur suite à l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Dans ce contexte, réunir pendant 3 jours durant plus de 3000 participant·es, dont beaucoup de jeunes très combattifs, pour assister à 11 conférences plénières et à 150 activités autogérées, c’est un important succès. Jusqu’à la dernière plénière inclue du dimanche 29 mars après-midi, les grandes salles ont été remplies.

Comment expliquer les différences très importantes dans la perception de l’impérialisme et des impérialismes ?

Parmi les obstacles très importants, il faut souligner les divergences qui existent concernant quelles sont les agressions impérialistes, qui sont les impérialismes à combattre. Je vais essayer de donner une explication qui, je m’en excuse par avance, est schématique mais a l’avantage d’offrir un éclairage rarement pris en compte.