L’HOMME QUI SE PRÉTENDAIT ROI ET QUI N’ÉTAIT QUE SÉNILE

Pour la visite du roi Charles III aux USA, Trump s’est une nouvelle fois comparé à un roi mais à fait plus en se jugeant du niveau d’ Alexandre le Conquérant, de Jules César et de Napoléon. Manque de pot pour lui et humiliation supplémentaire, Charles III n’a pas fait l’apologie de la royauté mais, au contraire, celle de la démocratie à laquelle même les rois, a-t-il dit, doivent se soumettre. Il faisait évidemment directement allusion à Trump, ce que les américains ont bien compris se disant que Trump avait fait du 250e anniversaire de la révolution américaine pour chasser le roi d’Angleterre, une cérémonie honteuse où ce roi revenait pour leur donner des leçons de démocratie.
En même temps, Charles III a fait une autre allusion, plus discrète, mais comprise par tous, aux crimes communs de pédophilie dans les deux pays, du Prince Andrew en Grande Bretagne et « d’autres » aux USA, juste après que Trump se soit énervé et ait hurlé à la TV qu’il « n’est pas un violeur et un pédophile », alors que personne ne l’accusait, mais qu’il avait pris pour lui les accusations contre les pédophiles de l’homme qui avait commis l’attentat de Washington. Cela, le jour même où CNN dévoilait de nouvelles informations sur le scandale Epstein où il semblerait bien que le ranch « Zorro » d’Epstein au Nouveau Mexique (sur lequel Trump avait fait stopper de force les investigations) servait de base à de véritables scènes de tortures et de crimes sexuels. Et en même temps que le roi faisait ses allusions, des victimes d’Epstein et de ses complices manifestaient ce jour-là à Washington pour être entendues. On apprend aussi que Pam Bondi, l’ancienne ministre de la Justice que Trump avait fait démissionner pour qu’elle échappe à une commission d’enquête du Congrès sur l’affaire Epstein, devra quand même s’y soumettre en risquant la prison si elle ment sur les raisons qui lui ont fait saboter la publication des dossiers Epstein. L’étau continue à se resserrer. Applaudissements donc du Congrès pour le roi d’Angleterre et un Trump qui tire la gueule.
Et puis, un autre témoignage de la perte de crédit international de Trump, c’est aussi Merz, le dirigeant allemand qui a affirmé que les iraniens ont montré toute la faiblesse des USA, alors que Trump doit affirmer tous les jours un peu plus – parce que personne n’y croit -que l’Iran a totalement perdu la guerre, que Trump a gagné, gagné et re-gagnée, s’emmêlant cependant dans ses affirmations, confondant l’Iran avec l’Ukraine, dont, dit-il, ils ont détruit 159 bateaux !
Ainsi, beaucoup ont le sentiment que plus Trump essaie d’afficher ses prétentions royales, plus il essaie en fait de compenser sa perte d’autorité réelle. Après avoir fait mettre son nom et son effigie sur un certain nombre de bâtiments nationaux, ce qu’aucun président n’avait jamais fait jusque là, il a franchi un pas de plus avant-hier, en décidant de faire imprimer un certain nombre de billets de banque avec son portrait. De l’inédit. Aussitôt toute l’Amérique s’est moqué de lui, en imaginant, permis de conduire ou plaques d’immatriculation au nom du député, du sénateur, du basketteur, du boulanger, etc, du coin. Bref, le sentiment du moment est que plus il met d’or et de couronne, plus il affiche son impuissance. Plus il s’embourbe dans la guerre en Iran en risquant de plonger le monde entier dans la crise, plus sa politique économique est un désastre provoquant inflation et licenciements, moins il est craint et obéi, plus il chute dans l’opinion, plus il en rajoute sur les symboles d’une réalité qui lui échappe, et qu’il essaie avec ces symboles royaux de se convaincre plus lui-même que le peuple qu’il est admiré et omnipuissant.
Les attributs royaux ne cachent pas le reste et ça va vraiment mal pour lui.
Il n’y a plus que 27% d’américains pour croire encore à sa politique économique, 22% seulement à sa gestion du coût de la vie. Et son camp même, 45% des Républicains, désapprouve sa politique économique. Le soutien à sa guerre en Iran tombe toujours plus bas. Le New York Times, illustrant ces pourcentages, a interviewé hier 9 Républicains sur 12 qui avaient voté Trump, qui disent aujourd’hui leurs regrets d’avoir voté Trump.
Et puis, rajoutant à l’impression d’un régime en fin de vie, alors que trois ministres viennent d’être virés et que la possibilité de destitutions du chef de FBI et du ministre de la guerre sont sur toutes les lèvres et dans toutes les colonnes des journaux pour leur alcoolisme notoire et surtout le fait qu’ils se soient fait prendre en flagrant-délit, le vice-président lui-même, JD. Vance en a rajouté en prenant ses distances, en dénonçant le peu de fiabilité des infos données sur la guerre en Iran par le ministre de la guerre, l’accusant en quelque sorte du bourbier dans lequel se trouvent les USA. Bonjour la solidarité gouvernementale sous Trump. Mais JD. Vance, au cas où il se positionnerait pour prendre la place de Trump, n’est crédité que de 18% dans les sondages d’opinion, encore plus bas que Trump. Ce n’est pas que Trump qui est visé par le discrédit, mais tout son gouvernement, tous les Républicains et, au delà, les milliardaires qui les soutiennent.
Et, illustration de cette impuissance montante, la justice continue à contrecarrer presque tout ce que tente de faire Trump. Ainsi, un juge en Arizona vient de refuser la demande du ministère de la justice d’obtenir, pour mieux contrôler les élections et éliminer un certain nombre d’électeurs, les adresses, dates de naissance, numéros de Sécu et de permis de conduire des électeurs, tandis qu’un autre juge cassait le jugement d’un juge trumpiste et légalisait le vote des habitants de Virginie qui accordait 10 sièges aux Démocrates contre 1 seul aux Républicains à la Chambre des Représentants en riposte aux trucages et modifications des circonscriptions électorales pour favoriser les Républicains. Pour ne pas perdre la face devant cette défaite et la catastrophe qui se profile aux Midterms, Trump a alors fait dire au gouverneur trumpiste de Floride, De Santis, qu’il octroyait 5 sièges de plus aux Républicains en Floride. C’est inconstitutionnel puisqu’il faut le vote des électeurs mais si ça passe quand même, ça a aussitôt déclenché une réponse du tac au tac pour la Démocrate New York qui pourrait aller encore plus loin, etc, etc… Comme le disent les Démocrates, Trump a commencé, nous finirons.
Trump est isolé et ne peut plus compter que sur la Cour Suprême, mais dont il use aussi la crédibilité. Peut-être parce qu’il est discuté aujourd’hui de poursuivre en justice deux juges trumpistes de la Cour Suprême pour corruption (quel bel exemple de ceux qui sont censés incarner le Droit!), et qu’ils craignent donc de finir en prison avec Trump, la Cour suprême a décidé de supprimer le droit à la représentation politique des minorités, noirs ou latinos pour favoriser les Républicains. Ainsi les circonscriptions à majorité de population noire ou latino, qui donnaient des représentants noirs ou latinos, la plupart du temps Démocrates, pour compenser les découpages racistes de la plupart des circonscriptions, n’ont plus le droit à l’existence. Ce qui va encore renforcer le racisme institutionnel puisque déjà par exemple, un vote blanc au Texas vaut 5 votes noirs et 3 latinos. Mais cela pourrait bien aussi relancer le mouvement des Droits civiques des années 1960-1970 dont c’était un des principaux acquis, avec une mobilisation des noirs et latinos. Or, ils n’étaient jusque là pas très présents dans les manifestations « No Kings », et pourraient dynamiser, prolétariser un peu plus l’immense mobilisation du peuple américain contre Trump, son régime et le pouvoir des milliardaires derrière eux.
La prochaine étape de ce mouvement est l’appel à une grève générale illégale le 1er mai (non férié, non payé aux USA) avec un prolongement au Canada, dont on peut déjà mesurer la probable réussite avec simplement l’annonce que 5 Etats (Illinois, Wisconsin, Oregon, Géorgie, Caroline du Nord) pour le moins, auront un blocage total des écoles ce jour-là avec plus de 70% « d’absents »… pour une grève interdite, illégale, susceptible de sanctions, de licenciements… Du jamais vu depuis au moins 80 ans sinon jamais
Le roi est nu et de plus en plus nu.