Monique Vadrot
« Le soir du 29 octobre 1956, l’armée israélienne exécuta dix-neuf hommes, six femmes et vingt-trois enfants qui rentraient du travail dans les champs voisins pour avoir enfreint un couvre-feu dont ils n’avaient jamais été informés. L’armée força ensuite les autres villageois à creuser des tombes pour leurs proches en pleine nuit et imposa un silence de sept semaines à toute presse qui aurait pu en faire état.
Les villages du Triangle du Sud étaient soumis à un couvre-feu quotidien de 22 heures jusqu’au matin du 29, lorsque le colonel Yisskhar Shadmi demanda une modification de dernière minute, fixant le couvre-feu à 17 heures. En donnant ses instructions, il ordonna aux commandants de la patrouille frontalière de tirer à vue sur toute personne trouvée dehors après 17 heures. Le nouveau couvre-feu ne fut communiqué au mukhtar de Kafr Qasim qu’à 16h30. Trente minutes s’avérèrent insuffisantes pour avertir tous les travailleurs du village, qui se trouvaient encore dans les bosquets, les champs et les carrières aux alentours. Les tirs ne tardèrent pas à commencer.
Alors que les villageois rentraient chez eux après leur journée de travail, ils furent accueillis par la police des frontières postée sur la route. Un survivant de la première confrontation, Abd Allah Samir Bdeir, raconte que les gardes ordonnèrent aux travailleurs de se tenir sur la route avant de donner l’ordre d’exécution. Les gardes auraient ensuite vérifié les corps des hommes, femmes et enfants blessés pour s’assurer de leur mort.
À 19 heures, la police des frontières avait tué dix-neuf hommes, six femmes et vingt-trois enfants. Plus tard dans la nuit, l’armée força plusieurs habitants d’un village voisin à creuser. Ils ne découvriraient que plus tard qu’ils creusaient les tombes de leurs voisins.
Cet événement fut appelé le massacre de Kafr Qasim. »