En Antarctique, le « glacier de l’Apocalypse » fond ….

Le New York Times publie un long reportage très bien écrit sur une des équipes de glaciologues qui sont au chevet du Thwaites. Le Thwaites, c’est cet énorme glacier en bordure de l’Antarctique Ouest, dont les spécialistes affirment -depuis 20 ans!- que la dislocation est devenue inévitable et qu’elle a le potentiel de faire monter le niveau des mers de trois mètres.
Mais quand est-elle supposée intervenir, cette dislocation inévitable? That’s the question. Il va de soi que chaque jour qui passe sans que la catastrophe se produise encourage les climato-negationnistes à la Trump à dire qu’elle ne se produira jamais, que c’est un hoax (canular) « créé par les Chinois pour nuire à l’industrie US ». Et les autres laissent faire, ils emboîtent même le pas, au nom de la compétitivité.
Les glaciologues évaluent la survie du Thwaites entre deux-trois decennies et un siècle, voire davantage. Pas le genre d’information susceptible d’interpeller les responsables politiques, suspendus à l’évolution quotidienne des sacro-saints « marchés ». Pour être plus précis, il faudrait savoir à quelle vitesse la mer qui se rechauffe décolle le glacier du socle rocheux immergé. C’est pas de la tarte, vu que la calotte Antarctique peut atteindre par endroits 4km d’épaisseur.
Pour rompre le suspense, un chercheur et son équipe ont donc décidé de forer un trou, de percer le glacier afin de voir ce qui se passe en-dessous (s’ils trouvent beaucoup d’eau, c’est que le Thwaites est déjà bien decolle). Drill baby drill en quelque sorte, mais pour la bonne cause. Un boulot titanesque: amener le matériel de forage sur place, affronter les vents violents et les températures glaciales, résoudre une masse de problèmes techniques. Un boulot très dangereux aussi, car le glacier avance de plus en plus vite, craque et se fissure de partout. Le reportage du NYT décrit tout cela en détails et de façon très imagée.
L’entreprise n’a pas abouti, mais les chercheurs jurent de continuer l’année prochaine. Chapeau a ces héros, car, de toutes façons, les decideurs politiques n’en ont rien à battre. Ce qui les préoccupe, c’est le prix du pétrole et sa disponibilité. Si on leur dit que la catastrophe se produira dans un siècle, ils diront qu’on a tout le temps de voir venir. Si on leur dit qu’elle se produira dans un an, ils diront qu’il est trop tard pour faire quoique ce soit, hélas, que c’est la faute à pas de chance, et que « on » ne peut rien faire contre la nature (« on », en l’occurrence, c’est les centaines de millions de pauvres qui seront frappés par le cataclysme – les riches s’en tireront, mieux, on sait cela depuis Malthus).
Le capitalisme est un monde de fous barbares.


En Antarctique, le « glacier de l’Apocalypse » fond encore plus vite que prévu

Reporterre

20 mai 2024

Le glacier Thwaites, l’une des plus grosses et plus instables masses de glace terrestres, située dans la péninsule de l’Antarctique de l’Ouest, inquiète depuis de nombreuses années les chercheurs pour sa fonte accélérée : surnommé par les scientifiques le « glacier de l’Apocalypse », il est responsable à lui seul de 4 % de la hausse annuelle du niveau des mers. Mais il pourrait fondre encore plus vite qu’on ne le pensait jusque-là, d’après une étude publiée lundi 20 mai dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, le journal de l’Académie des sciences des États-Unis.

À partir des données d’observation satellitaire particulièrement précises du réseau Iceye, les chercheurs ont mis en évidence une intrusion d’eau de mer chaude et dense sous la surface du glacier, sur plusieurs kilomètres. Ces entrées régulières d’eau de mer seraient liées aux puissants mouvements de marée. Elles contribuent à réchauffer la glace, mais aussi à faire monter la pression sous le glacier.

« Fonte vigoureuse »

« L’eau est ensuite suffisamment pressurisée pour soulever une colonne de plus d’un demi-mile [environ 800 mètres] de glace », explique dans un communiqué Éric Rignot, professeur en sciences du système Terre à l’université de Californie et auteur principal de l’étude.

Ce mécanisme provoque une « fonte vigoureuse » du glacier. À tel point que les chercheurs alertent sur le risque que nous ayons sous-estimé la montée des eaux à venir. Le glacier Thwaites, s’il fondait entièrement, représenterait à lui seul 60 cm de montée du niveau des mers.

Un monde sous-marin largement méconnu

Ce mécanisme lié aux marées s’ajoute aux nombreux et complexes phénomènes impliqués dans la fonte des glaciers en Antarctique. Cette fonte polaire fait partie des conséquences majeures du changement climatique, mais est encore entourée de nombreuses incertitudes, les scientifiques soulignant régulièrement leur manque de moyens pour mieux modéliser ce monde lointain et hostile.

« En dollars réels, on travaille avec le même budget en 2024 que dans les années 1990, déplore Éric Rignot. Nous devons développer la communauté des glaciologues et des océanographes physiques pour résoudre ces problèmes d’observation le plus tôt possible, mais à l’heure actuelle, c’est comme si nous gravissions le mont Everest en baskets. »