En Antarctique, le « glacier de l’Apocalypse » fond encore plus vite que prévu
Reporterre
20 mai 2024
S’il fondait entièrement, le glacier Thwaites provoquerait à lui seul une hausse de 60 cm du niveau des océans. – Flickr / CC BY 2.0 Deed / Felton Davis
Le glacier Thwaites, l’une des plus grosses et plus instables masses de glace terrestres, située dans la péninsule de l’Antarctique de l’Ouest, inquiète depuis de nombreuses années les chercheurs pour sa fonte accélérée : surnommé par les scientifiques le « glacier de l’Apocalypse », il est responsable à lui seul de 4 % de la hausse annuelle du niveau des mers. Mais il pourrait fondre encore plus vite qu’on ne le pensait jusque-là, d’après une étude publiée lundi 20 mai dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences, le journal de l’Académie des sciences des États-Unis.
À partir des données d’observation satellitaire particulièrement précises du réseau Iceye, les chercheurs ont mis en évidence une intrusion d’eau de mer chaude et dense sous la surface du glacier, sur plusieurs kilomètres. Ces entrées régulières d’eau de mer seraient liées aux puissants mouvements de marée. Elles contribuent à réchauffer la glace, mais aussi à faire monter la pression sous le glacier.
« Fonte vigoureuse »
« L’eau est ensuite suffisamment pressurisée pour soulever une colonne de plus d’un demi-mile [environ 800 mètres] de glace », explique dans un communiqué Éric Rignot, professeur en sciences du système Terre à l’université de Californie et auteur principal de l’étude.
Ce mécanisme provoque une « fonte vigoureuse » du glacier. À tel point que les chercheurs alertent sur le risque que nous ayons sous-estimé la montée des eaux à venir. Le glacier Thwaites, s’il fondait entièrement, représenterait à lui seul 60 cm de montée du niveau des mers.
Un monde sous-marin largement méconnu
Ce mécanisme lié aux marées s’ajoute aux nombreux et complexes phénomènes impliqués dans la fonte des glaciers en Antarctique. Cette fonte polaire fait partie des conséquences majeures du changement climatique, mais est encore entourée de nombreuses incertitudes, les scientifiques soulignant régulièrement leur manque de moyens pour mieux modéliser ce monde lointain et hostile.
« En dollars réels, on travaille avec le même budget en 2024 que dans les années 1990, déplore Éric Rignot. Nous devons développer la communauté des glaciologues et des océanographes physiques pour résoudre ces problèmes d’observation le plus tôt possible, mais à l’heure actuelle, c’est comme si nous gravissions le mont Everest en baskets. »