Flavie Flament témoigne dans l’affaire Bruel 

Flavie Flament témoigne dans l’affaire Bruel : « 16 ans, c’est l’âge des premiers émois, pas celui d’un viol dans un appartement parisien »

© Vidéo Mediapart

Alors que Patrick Bruel a réagi lui-même pour la première fois, démentant avoir violé ou drogué Flavie Flament, la célèbre animatrice prend la parole dans un entretien vidéo avec « Mediapart ». Celle qui a porté plainte pour viol contre le chanteur dit vouloir « donner de l’écho » aux « voix » des autres femmes. Tout en ayant conscience « du prix à payer ».

Vianey Lorin et Marine Turchi

Dix ans après avoir dénoncé dans un livre les agissements du photographe David Hamilton – qu’elle accuse de l’avoir violée lorsqu’elle avait 13 ans –, la célèbre animatrice de télévision témoigne dans l’affaire Patrick Bruel. Elle accuse le chanteur de 67 ans de l’avoir « violée » et « droguée » en 1991, dans son appartement parisien, alors qu’elle était mineure et lui trentenaire. Celui-ci conteste les accusations et bénéficie de la présomption d’innocence dans les procédures le visant.

La journaliste de 51 ans a d’abord témoigné anonymement, le 7 mai, dans l’enquête de Mediapart, aux côtés de quatorze autres femmes. Puis, le 13 mai, elle a porté plainte pour viol contre l’artiste et dévoilé son identité dans nos colonnes.

Face à notre caméra, Flavie Flament explique pourquoi : « C’est un long processus que de prendre la parole et de la prendre aussi publiquement. […] Je me suis dit que ma voix allait très certainement donner de l’écho à des voix que l’on entend depuis maintenant des années, depuis des semaines. Et ces voix dont je craignais qu’elles puissent, à un moment donné, s’éteindre dans le bruit du monde. »

Elle revient aussi sur les faits qu’elle dénonce, et évoque un « black-out total » après avoir bu un thé au domicile de Patrick Bruel, alors qu’elle avait 16 ans. « J’ai un souvenir extrêmement précis du moment où je sors de cet état, où j’ouvre les yeux. Et là je le vois, on est sur son lit, et il est en train de me remettre mon pantalon. Et ma pensée est extrêmement puissante, elle est d’une vivacité effarante. En revanche, mon corps ne répond pas, il y a un décalage, donc c’est une peur immense, affirme-t-elle. Et je ne comprends absolument rien de ce qui m’est arrivé à ce moment-là. Mais surtout, je suis en train de réaliser qu’il est en train de me rhabiller, qu’il est en train de reboutonner mon pantalon, et qu’il est à son affaire. Ça c’est terrible. […] Je suis un objet. »

Dimanche 17 mai, Patrick Bruel a réagi pour la première fois lui-même à ces accusations, dans un post Instagram « Nous avons eu ensemble une brève histoire. […] Cette relation ne fut ni violente, ni contrainte, ni sournoise. Il n’y eut ni viol ni drogue. Je ne l’ai jamais maltraitée, ni abandonnée devant un “hôtel sordide” », affirme-t-il. Ajoutant : « Je ne comprends pas pourquoi, soudainement, aujourd’hui, Flavie Flament raconte une histoire différente et sordide. […] Je sais simplement que cette histoire est fausse. »

Auprès de Mediapart, Patrick Bruel avait évoqué une « relation épisodique » dans les années 1990 avec la jeune fille. Il dit aujourd’hui « comprendre » que leur « différence d’âge puisse faire réagir aujourd’hui ». Le 16 mai, Céline Lasek, l’une de ses avocates, avait confirmé à France Info que Flavie Flament était mineure lors de cette « relation épisodique ».

Le chanteur affirme avoir par la suite toujours eu des « échanges amicaux » avec l’animatrice lorsqu’ils se sont croisés dans des émissions qu’elle présentait, ou lors de « vacances » privées. Dans notre entretien, Flavie Flament explique qu’elle a été « contrainte » de le recevoir dans ses émissions sur TF1, dans lesquelles elle n’avait pas la main sur les invité·es, mais elle dit avoir refusé de le recevoir lorsqu’elle l’a eue par la suite. Elle dit avoir croisé fortuitement l’artiste lors d’une escale aux Maldives, où elle était en vacances, et elle assure n’avoir « jamais entretenu une relation, quelle qu’elle soit d’ailleurs, avec Patrick Bruel, jamais ».

La journaliste, qui a déjà dénoncé les agissements du photographe David Hamilton en 2016, explique aussi qu’une femme qui a déjà été victime de viol a plus de risque de l’être à nouveau : « Quand on a été violée, on est en danger de viol, on est affaiblie par l’agression funeste qu’on a subie. On est muselée par ce poids de la honte et du secret, et on est repérable, on est une cible, on le porte en nous d’une certaine façon. Et qui plus est quand on a été violée à l’âge de 13 ans. Imaginez à 16. »