Après plusieurs années d’enquête, la justice s’était déclarée incapable de savoir qui avait grièvement blessé le manifestant. « Mediapart » et « Libération » ont mené l’enquête et sont parvenus à établir avec certitude qui est l’auteur du tir tendu de grenade lacrymogène. Démonstration en vidéo.
Trois ans après la manifestation contre les mégabassines qui avait fait des dizaines de blessé·es à Sainte-Soline (Deux-Sèvres), une nouvelle enquête vidéo de Mediapart et Libération révèle quel tir de grenade a grièvement blessé Serge Duteuil-Graziani, le 25 mars 2023 à 13 h 46.
La synchronisation de très nombreuses séquences filmant les instants qui ont précédé sa blessure (certaines issues des caméras-piétons des gendarmes, d’autres tournées par des journalistes) ainsi que de leurs pistes audio démontre que seul un tir en provenance du véhicule blindé de gendarmerie peut l’avoir atteint.
Ce tir tendu était déjà considéré par les enquêteurs de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) comme la piste privilégiée. Mais aux yeux du parquet de Rennes, un doute subsistait : la grenade aurait pu être tirée par un gendarme à pied, à proximité de ce véhicule.
C’est ce qui l’a conduit, en décembre 2025, à classer sans suite l’enquête pour « violence par personne dépositaire de l’autorité publique » et « non-assistance à personne en danger » portant sur quatre blessé·es graves de cette manifestation : Serge Duteuil-Graziani, Mickaël Boulay, « Alix » et « Olivier ».
Notre enquête journalistique permet toutefois d’écarter tous les autres tirs de gendarmes effectués dans une zone et une temporalité compatibles avec la blessure de Serge Duteuil-Graziani. En les retraçant un par un, il est possible de démontrer qu’ils atteignent d’autres cibles.
Par l’intermédiaire de leur avocate, Chloé Chalot, les quatre blessé·es ont déposé plainte avec constitution de partie civile afin qu’un juge d’instruction soit désigné, ce qui n’avait jamais été fait les concernant. En parallèle, le procureur avait déjà ouvert une information judiciaire pour faire la lumière sur d’autres « tirs tendus » de gendarmes visibles sur des images révélées par Mediapart et Libération en novembre 2025, avec l’objectif de retrouver d’éventuelles victimes qui ne se seraient jamais fait connaître.