LA BOLIVIE ENTRE COUP D’ÉTAT ET RÉVOLUTION

Jacques Chastaing

LA BOLIVIE ENTRE COUP D’ÉTAT ET RÉVOLUTION

FORMIDABLE COMITE NATIONAL D’AUTO-ORGANISATION CE 5 JUIN FACE AUX PREMIÈRES INTERVENTIONS DE L’ARMÉE

(Photo ce 5 juin du comité d’auto-organisation national – cabildo – d’El Alto, ville/banlieue ouvrière de La Paz).
Ce 5 juin, après que le secrétaire d’État américain Marco Rubio et le secrétaire de la guerre Pete Hegseth aient contacté Rodrigo Paz pour lui apporter leur soutien, des forces de l’armée bolivienne sont intervenues avec des ministres à leur tête – notamment le nouveau ministre d’extrême-droite de la Défense – pour débloquer quelques points de blocage, avec comme prétexte de créer des « couloirs humanitaires » afin de permettre le passage des ambulances et du minimum vital pour alimenter la capitale, alors que les ambulances passent sans problème (mais parfois avec des policiers, militaires ou politiciens cachés à l’intérieur). Un « argument » hypocrite utilisé malheureusement aussi par le dirigeant de la COB (principale centrale syndicale). Hier , le gouvernement a fait arrêter l’ex sénatrice du MAS Simona Quispe et aussi Justino Apaza, le dirigeant de la Fédération des conseils de quartier (Fejuve) de El Alto/La Paz.
Ce n’est pas étonnant.
Ils ont visé d’une part une militante qui joue un rôle important dans la mobilisation des mère qui ont appelé leurs enfants soldats à quitter l’armée et rejoindre l’insurrection en cas de coup de force militaire et d’autre part le militant qui est à l’origine du cabildo, du comité d’auto-organisation d’El Alto qui est peu à peu en train de prendre la direction du mouvement national, passant devant la COB – et l’intégrant – s’appuyant et reflétant les multiples comités d’auto-organisation qui ont lieu un peu partout en particulier autour des 90 à 130 points de blocage à l’heure actuelle.
En même temps l’arrestation de Justino Apaza – alors qu’au début du mouvement, le gouvernement cherchait à arrêter Mario Argollo le dirigeant de la COB – n’a pas empêché aujourd’hui un énorme (photo) et nouveau cabildo national auto-organisé (ils disent auto-convoqué) de démocratie directe à La Paz pour organiser la riposte immédiate au coup de force peut-être en cours, ce que n’aurait peut-être pas fait la COB, en même temps que d’autres cabildo régionaux (ou de remplacement) ont lieu aussi aujourd’hui comme par exemple à Caracallo, pour une réponse rapide aux menaces de coup d’Etat militaire, avec on l’a vu de nombreux participants au mouvement qui se sont armés, avec les moyens du bord, bâtons, pieux effilés, dynamite, fusils…
On ne sait pas encore à l’heure actuelle si les apparitions de l’armée aujourd’hui sont les premiers pas d’un coup d’Etat, ou de simples manœuvres d’intimidation ou de test pour voir comment réagit la population. Quoi qu’il en soit, en face, le peuple bolivien est en train, pour la première fois dans l’histoire depuis longtemps, non seulement de se donner les moyens d’une énorme riposte à ce coup d’Etat mais aussi constituer à travers les cabildo, l’auto-organisation, les prémisses de son propre pouvoir, poussant un peu plus loin une tendance générale dans le monde, où, face aux attaques de la bourgeoisie et la montée de l’extrême-droite, la classe ouvrière cherche à monter de manière autonome sur la scène politique en passant par dessus les partis et syndicats traditionnels.