1947, MADAGASCAR : LE MASSACRE QUE LA FRANCE A ENTERRÉ

1947, MADAGASCAR : LE MASSACRE QUE LA FRANCE A ENTERRÉ (ET QUE VOUS DEVEZ CONNAÎTRE)
Je vais vous raconter une histoire qu’on ne vous a jamais apprise à l’école. Une histoire de sang, de terre brûlée, de villages rayés de la carte. Une histoire qui s’est passée il y a moins de quatre‑vingts ans, dans une île de l’océan Indien, Madagascar. Et ce qui s’y est passé, aussi horrible que ce soit, n’est malheureusement pas un cas isolé. Le même homme, la même armée, les mêmes méthodes, on les retrouvera ailleurs sur le continent. Au Cameroun. Au Soudan. Partout où la France coloniale voulait écraser toute velléité d’indépendance.
Alors asseyez-vous. Prenez le temps. Parce que ce qui suit est violent. Ce qui suit est vrai. Et ce qui suit doit être connu.
Après la Seconde Guerre mondiale, un vent de liberté souffle sur les colonies. Les peuples colonisés veulent leur indépendance. À Madagascar, ce vent porte un nom : le Mouvement démocratique de rénovation malgache (MDRM). Ses dirigeants sont des élus, des députés à l’Assemblée française. Ils ne demandent pas la guerre. Ils demandent un État libre, associé à la France, mais maître chez lui. C’est trop pour Paris.
Dans la nuit du 29 au 30 mars 1947, des insurgés attaquent la garnison française à Moramanga, à l’est de l’île. Des officiers français sont tués. Dans les jours qui suivent, des colons sont massacrés. L’insurrection gagne plusieurs régions.
La réponse française ne se fait pas attendre. Elle est immédiate. Elle est brutale. Elle est démesurée.
Le gouvernement français envoie un corps expéditionnaire de 30 000 hommes. Des parachutistes. Des légionnaires. Des tirailleurs africains. Et des moyens modernes : l’aviation, les bombardiers. En face, les insurgés malgaches n’ont pour la plupart que des arcs, des flèches, des sagaies.
L’armée française procède à des bombardements aériens sur des villages entiers. Les ratissages sont systématiques. On brûle les cases. On tue les hommes, les femmes, les enfants. On torture les prisonniers.
Le 5 mai 1947, un train transportant des prisonniers malgaches est arrêté en gare de Moramanga. Il est mitraillé délibérément par l’armée française. Quatre‑vingt‑quinze morts. Ceux qui survivent sont jetés en prison, puis fusillés trois jours plus tard sans jugement.
La pratique la plus ignoble, peut‑être, est révélée à l’Assemblée nationale française elle‑même. Le député algérien Ahmed Mezerna lit le témoignage du quotidien France‑Soir : des prisonniers malgaches ont été chargés dans des avions et largués vivants au‑dessus des villages dissidents, comme « bombes‑démonstratives ». Oui. Vous avez bien lu. Des êtres humains jetés du ciel pour terroriser les populations.
Le chef de la Sûreté, Marcel Baron, devient tristement célèbre par l’intensité et la systématisation de la torture. Des députés socialistes français eux‑mêmes reconnaissent l’ampleur des exactions. André Philip déclare à la tribune que les premiers aveux ont été obtenus « par des procédés dignes de nos ennemis, mais intolérables pour la France ». Le président de la République, Vincent Auriol, note dans son journal : « On a fusillé un peu à tort et à travers et sans jugement. »
Les opérations militaires ne cessent vraiment qu’à la fin de l’année 1948. L’état de siège ne sera levé que huit ans plus tard, en 1956.
Le nombre de victimes est encore aujourd’hui âprement discuté. Le général Garbay, commandant en chef des troupes françaises, aurait lui‑même évoqué 89 000 « personnes manquantes » dans les régions insurgées. Certaines sources militent pour 100 000 morts. D’autres historiens, plus prudents, ramènent ce chiffre à 30 000 ou 40 000. Mais quel que soit le nombre, il y a un fait incontestable. La population de Madagascar, qui comptait un peu moins de 4 millions d’habitants à l’époque, a été décimée. Entre 1 et 2 % de la population totale, assassinée, affamée, ou morte de maladie après avoir fui dans les bois.
La fourchette, qu’elle soit de 30 000 ou de 89 000, ne change rien au traumatisme. Comme le dit justement l’historienne Françoise Raison‑Jourde : « Que ce soit 40 000 ou 89 000, cela change peu la force du traumatisme. »
Ce qui s’est passé à Madagascar n’est malheureusement pas un cas isolé. Le même schéma se reproduit ailleurs sur le continent. La France ne fait pas d’exception. Elle applique la même recette partout : insurrection, répression, massacre, effacement.
Au Cameroun, entre 1955 et 1960, l’armée française mène une guerre féroce contre l’Union des populations du Cameroun (UPC), qui réclame l’indépendance. Des villages entiers sont rasés. Des populations déplacées de force. Le nombre de victimes est estimé entre 10 000 et 30 000, certains historiens allant jusqu’à 60 000. Et là encore, longtemps, le silence.
La France a mené d’autres exactions de grande ampleur sur le continent, avec des crimes documentés au Soudan, au Tchad, en Côte d’Ivoire, ou par l’intermédiaire du Service d’Action Civique (SAC) qui a soutenu des milices locales. Les détails factuels varient selon les pays. Mais le mécanisme est le même. Une volonté d’étouffer l’indépendance par tous les moyens, y compris les plus barbares.
Ce qui est peut‑être le plus insupportable dans cette histoire, c’est l’oubli. C’est le silence. C’est l’hommage rendu aux bourreaux. Le général Garbay, celui qui a ordonné les bombardements, les tortures, les exécutions de masse, a une rue à son nom. Oui. Une rue à Douala, au Cameroun. Un camp militaire à Bouaké, en Côte d’Ivoire, porte également son nom.
Les élites africaines, après les indépendances, ont trop souvent choisi d’honorer leurs anciens tortionnaires plutôt que de célébrer la mémoire de leurs propres martyrs. Parveine que d’aucuns diront. Pardon, peut‑être. Mais pour beaucoup, c’est tout simplement l’oubli. Une mémoire confisquée, une histoire réécrite par les vainqueurs.
Il est temps que les Africains se réveillent. Il est temps de savoir qui étaient ces hommes. Il est temps de savoir ce qu’ils ont fait. Il est temps de demander des comptes. Il est temps de renommer ces rues, ces camps, ces lieux de mémoire qui portent encore le nom de nos bourreaux.
En avril 2025, le président français a annoncé la création d’une commission mixte d’historiens pour « faire la lumière » sur les atrocités de 1947. C’est un début. Mais les mots ne suffisent pas. Des décennies de silence. Des décennies de mensonges. Des décennies d’histoire officielle qui a gommé les pages les plus sombres de la colonisation.
Cette publication n’a pas d’autre but que de rappeler. De réveiller. De rendre leur dignité aux 30 000, 40 000, 89 000 ou 100 000 Malgaches assassinés. Et à tous les autres victimes du colonialisme français sur le continent africain. Ce n’est pas de la haine. C’est de la mémoire. C’est un devoir. C’est la première étape pour que ces atrocités ne se reproduisent plus jamais.
Vous connaissez d’autres figures historiques africaines oubliées ? D’autres massacres passés sous silence ? Des rues qui portent encore des noms de bourreaux ? Partagez en commentaire. Sortons ensemble cette histoire de l’ombre. Le silence est le meilleur ami de l’injustice.