USA-Iran : report des négociations prévues en Suisse, bombardements israéliens au Sud-Liban
Les négociations prévues vendredi en Suisse entre l’Iran et les États-Unis en vue d’un accord devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient ont été reportées sine die. Israël annonce mener de nouvelles frappes. Dans la nuit de jeudi à vendredi, elles ont fait 18 morts et 33 blessés dans le sud du Liban.
19 juin 2026
Les négociations prévues vendredi en Suisse entre l’Iran et les États-Unis en vue d’un accord devant mettre fin au conflit au Moyen-Orient ont été reportées sine die, a annoncé le gouvernement suisse, quelques heures après l’annonce de l’annulation du départ du vice-président états-unien J. D. Vance pour l’Europe.
« Les discussions prévues entre les États-Unis, l’Iran, le Qatar et le Pakistan ont été reportées. La Suisse reste disposée à faciliter ces discussions. Les travaux préparatoires correspondants se poursuivent », a annoncé le ministère des affaires étrangères dans un message transmis à l’AFP, sans fournir de précision sur une prochaine date pour ces pourparlers.
L’annulation du voyage de J. D. Vance en Suisse avait déjà fait planer l’incertitude sur la tenue de ces discussions en vue d’une paix définitive, après la signature cette semaine d’un accord-cadre pour mettre un terme au conflit déclenché le 28 février par les États-Unis et Israël. Les hostilités ont fait des milliers de morts, essentiellement en Iran et au Liban, et secoué l’économie mondiale.

Ces négociations, d’une durée reconductible de soixante jours, devaient être centrées sur le programme nucléaire iranien. Elles devaient démarrer à l’occasion d’une cérémonie vendredi dans un hôtel de luxe du Bürgenstock, une montagne surplombant le lac de Lucerne.
Mais J. D. Vance, qui devait y représenter son pays, a reporté sa venue, de même que le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, dont la médiation a été décisive. « Les plans pour les discussions techniques à venir n’ont pas été finalisés, et la délégation américaine s’est préparée à partir à la première opportunité. Mais la logistique pour ces négociations n’a jamais été simple ni prévisible. Pour le moment, le vice-président ne partira pas ce soir », a annoncé jeudi la Maison-Blanche.
Le protocole d’accord a été signé électroniquement et à distance mercredi par les présidents iranien Massoud Pezeshkian et américain Donald Trump. Le Guide suprême iranien Mojtaba Khamenei a déclaré jeudi dans un message écrit l’avoir approuvé malgré des réserves.
Réserves de Khamenei
« Il est évident que les négociations en face-à-face qui se tiendront à l’avenir ne présagent pas de l’acceptation du point de vue de l’ennemi », a souligné l’ayatollah Khamenei, qui n’a pas été vu en public depuis qu’il a succédé en mars à son père Ali Khamenei, tué dans les bombardements israélo-américains sur l’Iran.
En attendant, le trafic a repris dans le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, doublement verrouillé depuis le début de la guerre par l’Iran et le blocus américain, lequel a été levé jeudi comme prévu dans l’accord. Les forces états-uniennes « ont laissé plus d’une douzaine de bateaux passer », a affirmé J. D. Vance.
La télévision d’État iranienne, citant un communiqué du Conseil suprême de sécurité nationale du pays, a annoncé que les navires souhaitant traverser le détroit devraient soumettre leur demande à un nouvel organisme gouvernemental. Conformément aux termes du protocole, « aucuns frais » ne seront perçus « pendant une période de soixante jours », a-t-elle rappelé.
Donald Trump s’est félicité sur son réseau Truth Social des « prix du pétrole en baisse », « un succès ». Les cours du brut continuent de baisser vendredi, se rapprochant de leurs niveaux d’avant-guerre. Mais la presse américaine est très sévère, fustigeant un accord-cadre offrant à l’Iran d’énormes avantages financiers, sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire.
« Échec des États-Unis »
Les États-Unis s’engagent, en cas d’accord définitif, à faciliter « avec leurs partenaires régionaux » le déblocage d’un fonds de 300 milliards de dollars pour la reconstruction et le développement économique de l’Iran, sans que cela implique une quelconque participation financière américaine.
L’accord « acte l’échec des États-Unis », a commenté le principal négociateur iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui a en outre promis une « réponse décisive » en cas de violation des engagements. À Téhéran, Mina, une psychologue de 54 ans, doute que l’accord soit « durable ». « Peut-être qu’après les soixante jours, les hostilités reprendront », dit-elle, interrogée depuis Paris par l’AFP.
Malgré l’apaisement, « le combat n’est pas terminé », a déclaré de son côté jeudi Benyamin Nétanyahou. Le premier ministre israélien n’a pas commenté directement l’accord, vivement critiqué en Israël, y compris au sein du gouvernement.
« Si j’étais au gouvernement israélien, peut-être que je n’attaquerais pas le seul allié puissant qui me reste sur la planète », a tancé J. D. Vance, appelant les contempteurs israéliens des décisions américaines « à prendre conscience de la réalité ».
Appelant à préserver la « relation vitale » avec les États-Unis, Benyamin Nétanyahou n’en a pas moins réaffirmé que les forces israéliennes resteraient dans le sud du Liban « tant que les besoins sécuritaires l’exiger[aient] », alors que le protocole d’accord prévoit la fin des hostilités « sur tous les fronts, y compris au Liban ».
Depuis l’annonce de sa conclusion, lundi, Israël a poursuivi ses frappes sur le pays voisin contre le Hezbollah pro-iranien, faisant huit morts, dont trois jeudi.
Dix-huit morts dans des frappes israéliennes dans le sud du Liban
Israël a annoncé vendredi matin mener de nouvelles frappes contre des cibles du Hezbollah, après que le groupe chiite a affirmé avoir détruit trois chars israéliens lors d’affrontements entre ses combattants et une unité de l’armée israélienne dans le sud du Liban.
Dans une déclaration publiée au petit matin, le groupe pro-iranien a annoncé que ses combattants avaient ciblé les forces israéliennes près des collines d’Ali Taher, qui surplombent la ville de Nabatiyé, par des tirs « de roquettes et d’obus de mortier ».
Ces frappes dans la nuit de jeudi à vendredi ont fait dix-huit morts et trente-trois blessés dans le sud du Liban, selon un bilan provisoire du ministère libanais de la santé. De son côté, Israël a annoncé la mort de quatre de ses soldats au Liban, dont un haut gradé, les premiers depuis l’accord entre Washington et Téhéran.
Ces frappes ont touché au moins dix localités à proximité de la ville de Nabatiyé, dans le sud du Liban, dont celle de Harouf, où huit personnes sont mortes, selon l’Agence nationale d’information libanaise (ANI).
L’armée israélienne a annoncé de son côté que « le lieutenant-colonel Dor Gedalia Ben Simhon est tombé au combat » dans le sud du Liban avec « trois autres soldats » dont les noms seront publiés ultérieurement.
Paris appelle Israël à « respecter » l’accord
« Cet accord prévoit la cessation des hostilités, le gouvernement israélien doit le respecter, et les États-Unis en particulier doivent exercer toute la pression nécessaire sur le gouvernement israélien pour que ce soit le cas », a affirmé le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot sur la radio France Info.
Jean-Noël Barrot a relativisé le report des négociations prévues pour débuter vendredi en Suisse entre Washington et Téhéran, et destinées à mettre en œuvre l’accord conclu mercredi.
« Le plus dur reste à faire, mais ne surinterprétons pas des reports de réunion dans la mesure où cet accord a été signé » mercredi soir à Versailles, a-t-il estimé : « Ce qui est essentiel désormais, c’est que les discussions, y compris au niveau technique, puissent se poursuivre pour que les premières étapes qui sont prévues par cet accord puissent être activées. »