Le foot est-il un terrain politique ?

Fred Bozzi

Fred Bozzi – paru dans lundimatin#526, le 30 juin 2026

L’équipe de France de football va jouer son 1/16e de finale de la Coupe du monde contre la Suède à New-York. Elle a jusque-là été brillante – les attaquants offrant même quelques ballets de passes lumineuses où le ballon finissait irrémédiablement au fond des filets. Évidemment, les commentateurs cherchent la petite bête pour trouver quelque chose à dire, déblatérer sur les joueurs, mais les condamnations politiques de l’événement américain s’estompent peu à peu. L’esprit de divertissement semble même relayer les analyses savantes au second plan. Le risque, dès lors, c’est de voir le projet trumpiste s’épanouir en coulisses, et dans les consciences. C’est d’entériner incidemment le pire pour la planète et pour les vivants. Mieux vaut donc interroger la portée politique de ce qui se passe sur le terrain, histoire de pallier le silence des experts en tous genres.

L’ordre et le football

La Coupe du Monde américaine de football pose assurément un problème écologique et social. Le prix moyen du billet est à 700 dollars (bien qu’il ait chuté de 50 %), ce qui est un affront à la tradition populaire (sans compter que l’argent public investi en masse aurait pu servir à autre chose – au logement des plus démunis par exemple). Et vu l’éloignement des stades, l’augmentation du nombre de matchs, le gigantisme ambiant, le bilan carbone va être déplorable : quelle que soit l’équipe vainqueur, quelle que soit la publicité pendant la pause fraicheur, le public finira par chanter « et un, et deux, et trois degrés ! »

Mais de cela, le Président des Etats-Unis n’en a rien à faire. Il n’en a rien à faire, car il a d’autres chats à fouetter. Il faut qu’il boucle les accords avec l’IRAN (ou alors qu’il l’anéantisse, c’est selon) pour redorer son prix UEFA de la Paix. Et puis il doit piloter la Task Force pour mener à bien sa politique sécuritaire – l’IA ne peut malheureusement pas tout faire quand il s’agit de diriger la police des frontières (la désormais célèbre I.C.E. : Immigration and Customs Enforcement). Sans oublier qu’il faut faire preuve d’efficacité dans l’organisation logistique d’un tel événement – faire preuve de puissance pour Make America Great Again.

Aussi y a-t-il une instrumentalisation politique de la compétition sportive. Cela, les chercheurs en sciences politiques le disent au plus net. Ils signalent qu’un certain retour à l’ordre est mis en scène (quoique ce soit un nouvel ordre), et que Trump reconfigure le Mondial comme il reconfigure le monde : de façon à ce qu’il réponde aux besoins de la prédation capitaliste et de la reproduction du Pouvoir dans une situation où, manifestement, il y a mutation des hommes et du climat.

Ce que les chercheurs en sciences politiques laissent par surcroit entendre, c’est que le public participe à cela rien qu’en regardant. Le foot est une façon d’entériner les frontières reconfigurées, d’accréditer le nouvel ordre mondial (raciste et belliqueux), et les supporters cautionnent sans y prendre garde, rien que par besoin de se divertir – par besoin de n’avoir plus trop conscience des inégalités sociales et des problèmes climatiques.

Soit. Mais la difficulté, rappelons-le, c’est que disant cela les chercheurs ne parlent pas de foot – de ce que regardent les gens, de ce à quoi ils participent. C’est comme le Président des Etats-Unis : ils ont d’autres chats à fouetter. Ce qui est étonnant, donc, c’est qu’ils prétendent dire la vérité du football sans jamais en parler. Ils disent que le Mondial c’est « plus que du foot », mais ils ne parlent pas de foot avant de dire ce qu’il y a de politique, « en plus ».

Osons alors un rapprochement : malgré l’opposition entre la partialité de Trump et la prétendue neutralité des chercheurs, les deux interviennent sur le même mode. Le premier a une idée en tête et fait en sorte que le réel y corresponde, les scientifiques font inversement en sorte que leurs idées deviennent fidèles à ce réel, mais le rapport de leur pensée au réel est aussi un rapport de correspondance. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le Mondial leur apparaît tout naturellement comme un terrain politique, un théâtre pour puissants, voire un laboratoire, un reflet de notre société capitaliste : ils projettent l’être de leur pensée sur le terrain qui est censé leur fait face – et auquel ils ne participent assurément pas.

En poussant ce rapprochement, nous pourrions même aller jusqu’à dire qu’ils partagent avec Trump une certaine conception de la politique. Celui-ci prétend qu’il va remettre de l’ordre, eux prétendent étudier l’organisation politique d’une société [1] : tous cherchent l’accord de leur pensée et du réel en tant qu’il est ordonné. Rien d’étonnant donc, quand cela arrive, à ce qu’ils puissent faire l’analyse des « débordements », voire laisser entendre que « la gauche, c’est le bordel »…

Mais peut-être ne faut-il pas aller si loin dans l’esprit critique (on risquerait de finir par dire que les sciences politiques fonctionnent comme une police de la pensée). Peut-être faut-il en revenir à des choses plus concrètes : parler football (ce que ne fait pas Trump) et inviter les chercheurs à considérer la réalité du terrain pour en saisir la portée politique (plutôt que s’en tenir à mépriser sa puissance de divertissement au nom d’une certaine lucidité). L’enjeu d’une telle perspective, c’est justement d’aider le public à participer à autre chose qu’à un désastre écologique et social – à la mise en ordre du monde.

La faille et la foi

Disons d’abord que les footballeurs ne sont pas indifférents à l’ordre : ils pressent l’arbitre d’en revenir à un ordre juste, celui qui va dans leur intérêt, plutôt que d’avantager les adversaires ; et ils obéissent aussi au schéma tactique du coach. Mais il y a pour eux hiatus entre intention de gagner et ordonnancement du réel – il n’y a pas correspondance directe de la pensée et du terrain. Métaphoriquement, nous pourrions dire qu’il y a éloignement de la tête et des pieds. Ou alors que les joueurs pensent avec les pieds mais qu’ils doivent déployer une habileté collective en lieu et place de la maladresse individuelle. Bref : le carré vert n’est pas un tableau noir.

Disons donc qu’au football, il n’est pas possible d’imposer un ordre à l’adversaire, au terrain, voire aux partenaires. Sans compter que l’interpénétration avec l’équipe adverse rend l’action incertaine et instable (et à tout moment, sachant qu’il y a peu de buts, il peut y avoir une interception ou un renversement, un but peut être marqué contre le cours du jeu). Aussi les footballeurs doivent-ils constamment réajuster leur relation en fonction des mouvements adverses, des actions, de l’état du score, du temps… Et c’est évidemment ce qu’il faut comprendre, si l’on veut parler concrètement. Alors soit : essayons de le comprendre.

Dans cette perspective, commençons par apercevoir que lors d’une partie, l’équipe cherche un certain équilibre. Il s’agit de faire bloc devant le gardien (dernier rempart), c’est-à-dire de bloquer l’équipe adverse dans son projet de marquer un but, mais tout autant d’éviter de se figer : car en ce cas, les deux blocs se neutralisent, et c’est un angoissant 0-0 qui s’installe, l’équipe est à la merci d’un basculement hasardeux ou d’une séance de tirs aux buts des plus aléatoires [2]. Autrement dit il faut que le bloc respire – reste vivant. Mieux : il faut débloquer la situation de tous et de chacun, alors même que l’on a d’abord travaillé à la bloquer.

Comment trouver cet équilibre entre la nécessité de faire bloc et la nécessité de (se) débloquer ? Voici : après avoir assuré ses arrières (ce qui est prévu à l’avance), l’équipe cherche la faille dans le bloc adverse (cette faille n’étant pas donnée). Tous les joueurs ont ainsi un but commun, se mobilisent en une même recherche. Autrement dit chacun participe au même bloc en ayant conscience que l’objectif est globalement de fissurer le bloc adverse pour que l’un des coéquipiers soit en situation de mettre le ballon dans les filets.

Remarque : nous pourrions certes penser qu’il est à la charge des arrières d’assurer le bloc, et aux attaquants de chercher la faille. Il ne faut pourtant pas s’en tenir à cette répartition des rôles – à cette hiérarchie. Car en réalité, chacun cherche la faille chez son vis-à-vis. Il s’agit de voir comment celui-ci réagit aux actions effectuées au sein du bloc. Et même, de l’amener à rester à son poste, à sa place, afin de le surprendre en agissant différemment par la suite.

Et ce qu’il faut d’emblée ajouter, c’est qu’il n’est pas possible d’agir sans le partenaire : comme un défenseur est toujours couvert quand il tente une intervention (qui, si elle échoue, met le bloc en danger), un attaquant est toujours soutenu par un coéquipier. Autrement dit pour exploiter une faille, il faut être en relation. La question devient donc : comment les footballeurs peuvent-ils être en relation sans que ce soit uniquement sous le mode de l’organisation initiale – celle du bloc ?

Voici une réponse : à partir de leur poste, où les choses sont relativement définies, les joueurs cherchent à partager une complicité ad hoc. Celle-ci ne vient ni de l’un ni de l’autre : elle surgit spontanément entre eux. Et cette conscience commune, libre vision de la façon dont l’action va se dérouler, est contemporaine de l’action : il n’y a pas conscience puis action, il y a une action qui surgit entre deux (ou trois, ou quatre…) au moment où chacun en prend conscience [3]. Pour qu’elle advienne, chacun doit aussi faire comme si cette conscience commune était effective. Autrement dit il doit faire confiance au partenaire – avoir la foi.

A partir de là, nous voyons mieux ce qu’est une équipe de football : c’est une collectivité faite d’organisation et d’ouverture, et qui vit d’une certaine contagion de la foi. Aussi « l’atome » d’une équipe concrète, évoluant en situation, n’est-il pas l’individu en place à son poste, mais la relation interindividuelle, sachant que celle-ci survient en dépassement de l’organisation collective (elle n’est surement pas un « automatisme »). Elle surgit même par-delà la multiplication des possibles tactiquement envisagés pour percer le bloc adverse : le chemin du ballon vers le but est unique, quand il advient, et les joueurs s’en font évidemment relais.

Disons aussi, d’emblée, que ceci n’implique pas un régime d’inégalité (celui-ci viendrait du fait que certains devraient assumer leur poste pendant que d’autres auraient une certaine liberté d’action). Car tous participent au bloc (une fois la faille trouvée, les attaquants savent défendre). Et surtout, la relation interindividuelle se fait sur la base des qualités de chacun. L’équipier réapprend donc chaque fois que pour agir véritablement, plutôt que déléguer, il doit sentir à même le processus d’observation participante qu’il n’y a que lui qui peut faire telle ou telle chose. Par conséquent qu’il doit se faire confiance, cultiver à son égard la foi qu’il place en l’équipe.

Ainsi y a-t-il pour chacun une égalité dans l’expérience de son poste : un joueur doit assurer le bloc auquel il participe en vertu de ses qualités (vitesse pour l’attaquant, puissance pour le défenseur central par exemple) et tout autant chercher une relation interindividuelle novatrice sur la base de ses qualités. Ce qu’il nous faut alors comprendre, c’est qu’un match est pour chacun le moment où il doit opérer une transformation, histoire de réussir à exprimer ses capacités propres : au lieu de se soumettre au plan, il s’agit de faire émerger en lui, au plus profond et singulier, un élément collectif irréductible à sa fonction, son poste.

Le politique et la science

N’est-ce pas évidemment à cela que participe le public ? Nous pouvons en effet le dire. Car il regarde le bloc se mettre en place, puis chercher sa dynamique à même la présence du bloc adverse. Et s’il a tendance à évaluer la prestation de tel et tel joueur, c’est parce qu’il est attentif à la façon dont un joueur essaie de déployer ses qualités propres. Il scrute les relations interindividuelles qui en naissent, et éprouve sa foi. Il souhaite même que cette foi se renforce au fil du match : c’est ainsi qu’il pourra à son tour faire ce qu’il peut – devenir le douzième homme, celui qui chante et encourage.

N’est-ce pas alors à un moment proprement politique que participe le public ? Nous pouvons en effet nous en assurer, en écoutant Jacques Rancière : selon le philosophe, la politique existe quand la police est suspendue, c’est-à-dire quand le monde n’est pas d’avance ordonné, quand les places de décision de l’organisation collective ne sont pas distribuées a priori. C’est bien à cela que le public assiste : le match consacre la suspension des postes au profit des qualités individuelles (irréductibles aux « compétences libérales »), et il apparaît que rien ne précède les actions interindividuelles – que les joueurs ne se subsument pas sous le collectif, ni ne délèguent au partenaire (chacun est seul à pouvoir faire telle ou telle chose).

Nous pouvons en outre ajouter que le public s’applique à croire autant que les joueurs, et même avec les joueurs, que le changement est possible. Ceci implique de penser que les choses ne sont pas inscrites. Certes il y a une vocation à l’inscription dans le sport (score), et une fois faites, les choses semblent avoir été écrites. Mais le football montre qu’avant de faire quoi que ce soit (pour changer les choses), il faut croire qu’il y a de l’indéterminé [4]. Aussi manifeste-t-il le politique – la possibilité de la bifurcation.

Disons même avec Bernard Aspe qu’au lieu de considérer les déterminations du passé et les coordonnées du présent, il est pour tous question de faire place à l’anticipation projective. D’autant que ceci va de pair avec l’idée de transformation singulière. Où réside en effet cet indéterminé qu’il faut trouver ? Au plus singulier. Le surgissement de l’action ne s’effectue pas au niveau de l’individu conçu comme atome politique (celui dont le vote est compté), il vient du plus intime – c’est de là que surgit l’action interindividuelle.

Certes, participant à cela, le public en vient à se divertir – il se détourne un peu des difficultés écologiques et sociales. Mais c’est bien la preuve que les choses sont incertaines (si les choses n’étaient que certaines, il ne pourrait s’en détourner). Aussi est-ce tout naturellement qu’il participe à une action effectuée, sur fond d’indétermination partagée, sous le mode de la transformation singulière. Et il voit bien que rien n’advient sans lutte : il n’y a pas de victoire à attendre son équipe, il faut aller la chercher. Autant dire qu’il baigne en pleine politique.

Mais alors : les scientifiques qui prétendent parler de politique en matière de football ne pourraient-ils pas s’inspirer à leur tour de ce qui se passe sur un terrain ? Plutôt que désigner les réalités alentour et, de façon sous-jacente, dénoncer le divertissement qui les autorise, ne devraient-ils prendre en compte la charge de transformation proprement politique qui émane des actions des joueurs ?

L’analyste reconnu se demande rarement à quoi il sert, tant il semble assuré de son bienfait : il aurait vocation critique et, par extension, politique. Pourtant son approche va souvent dans un esprit de correspondance objective, et qui suppose des réactions politiques – autrement dit elle va dans le sens du positivisme et des commentaires qui prétendent dépasser le divertissement, mais qui ne servent à rien d’autre que d’entériner la réalité dénoncée. Or en matière de politique, il est plutôt question d’agir. Les chercheurs prétendant parler du Mondial feraient bien de s’en apercevoir, plutôt que de continuer à révéler les secrets de polichinelle [5].

Certes, la science ne peut consister à signifier le singulier, du moins directement. Il est question pour elle de saisir les régularités, c’est sa force et sa mission. Mais le footballeur invite assurément le scientifique à se mettre en quête d’une certaine indétermination : à montrer que si l’on ne peut prédire et expliquer telle ou telle chose, celle-ci ne doit pas être considérée comme « pas connue pour l’instant » – il y a du « jamais prédictible ». Autrement dit la pensée politique pourrait s’efforcer d’exposer les déterminismes dans l’idée de montrer qu’il y a une place à l’indétermination. C’est comme cela qu’elle pourrait ouvrir les voies de l’action, plutôt que de conduire à se heurter aux déterminismes qu’elle pointe et désigne comme mauvais – plutôt que de pousser à s’agiter.

Autant dire que les footballeurs indiquent une voie de bifurcation pour les sciences politiques, et qu’ils invitent les chercheurs à « trahir leur fonction », dixit Isabelle Stengers. Au moins les poussent-ils à assumer la nature paradoxale de leur effort de pensée : détermination côté science, indétermination côté politique. Comment pourraient-ils y arriver ? Voici une piste : en mettant individu et collectif sur le même plan, à l’instar du footballeur, plutôt que de se baser sur une conception du collectif né de l’atome individuel (et qui n’est autre que l’individu libéral). Plutôt que de partir d’une hiérarchisation tranquillisante, opération permettant le découpage du réel en plans homogènes, et qui est à la source du pré-ordonnancement du monde – de sa mise en ordre.

Conclusion : le foot est assurément un terrain politique. Il l’est pour le trumpisme et ses avatars, qui reconfigurent le Mondial comme ils reconfigurent le monde. Il l’est pour les profiteurs qui rôdent, vampires travaillés par la malédiction de n’avoir jamais assez d’argent. Il l’est pour les joueurs qui essaient de faire passer des messages quand on leur tend le micro. Il l’est pour le public, qui entre en résonnance et revendique un type de collectif… Et c’est d’autant plus un terrain politique que tout cela ne va pas ensemble. Il devrait donc le devenir pour nous – nous qui pourrions revendiquer le sens de l’événement afin de l’infléchir, à défaut de le faire disparaître. Et il devrait surtout le devenir pour les esprits scientifiques : devenir un terrain politique – là où la pensée ne se contente jamais de projeter des catégories d’analyse, là où elle est contrainte de considérer son implication et ses conséquences.

Fred Bozzi est pongiste et philosophe, il est notamment l’auteur de Dix sports pour trouver l’ouverture aux éditions lundimatin.

[1Dans le détail : les relations de pouvoir entre les institutions et les individus, entre les politiques publiques et le comportement des gens.

[2Lors de la finale de la Coupe du monde 2022, alors que les Argentins menaient 2-0, les Français ont fait basculer le score dans les dernières minutes, avant que les premiers n’arrachent finalement la vérité aux pénaltys.

[3Rappelons-nous par exemple de la passe lumineuse de Olise vers M’Bappé, qui l’appelle et l’anticipe, la reçoit et marque, lors du match France-Sénégal au début du Mondial.

[4Après avoir fait l’erreur de prétendre qu’une équipe européenne gagnerait le Mondial 2022, (oubliant la contingence sportive et donnant de la motivation à l’Argentine), M’Bappé avait évidemment réappris l’indéterminé quand il a fallu renverser la situation et redonner espoir à l’équipe de France, jusque-là menée 2-0 dans une finale cadenassée pas l’équipe d’Argentine.

[5Les experts en sciences politiques et autres journalistes d’investigation prétendent nous avertir que Trump a joué des coudes pour obtenir le Mondial, aidé par la corruption et son ami Infantino. Nous apprendre que le football est une marchandise comme les autres et que les joueurs s’en réjouissent (ceux-ci déposent leur célébration en tant que marque, c’est certes sidérant). Et surtout que Macron veut récupérer la force de fédération de M’Bappé (suivi par 130 millions d’abonnés, celui-ci est populaire sans jamais être vulgaire, incarne l’ascension sociale et la joie de Pelé, veut se fait ambassadeur et permet le soft power). Or sur ce point, la vraie question est : pourquoi sont-ils gênés quand Macron s’affiche sur la pelouse, en train de consoler M’Bappé après la finale perdue en 2022 ? Hypothèse : car c’est un affront à l’esprit de correspondance, une humiliation pour la pensée qui ne peut plus projeter ses catégories sur un monde qu’elle aime dominer par la connaissance.