Ce mardi soir sur TF1, Marine Le Pen, tout juste condamnée en appel pour détournement de fonds publics, a annoncé se pourvoir en cassation et être candidate à l’élection présidentielle.
7 juillet
Ce mardi 7 juillet, quelques heure après que la justice ait ouvert la voie à une quatrième candidature à la présidentielle de Marine Le Pen en réduisant sa peine d’inéligibilité, la cheffe de file du RN a finalement annoncé au 20h de TF1 se pourvoir en cassation suite à cette décision. Dans la foulée, elle a confirmé qu’elle serait bien « candidate à la présidentielle » et ferait campagne quoi qu’il arrive.
Cette décision remet la possibilité finale de la candidature de Marine Le Pen entre les mains de l’institution judiciaire, qui devrait trancher d’ici six mois. Une hypothèse qui avait été peu mise en avant par la dirigeante du RN, qui affirmait encore le 5 juillet qu’en cas de condamnation, elle ne saisirait pas la Cour de cassation.
Avec ce choix risqué, Marine Le Pen fait le pari qu’elle pourra imposer un rapport de force politique susceptible de peser sur la suite de la procédure judiciaire, dans la continuité de la décision de la cour d’appel, largement motivée par la préservation de la « liberté des électeurs » [1]. Mais la décision est également indissociable des fragilités d’une hypothétique candidature Jordan Bardella, qui sont apparues avec force ces dernières mois, autour des faiblesses du candidat, de l’affaire Lyhanna, de la révélation de sa relation avec une princesse, mais surtout de divergences stratégiques naissantes, cristallisées notamment autour des retraites, sur lesquelles Bardella a assumé des positions favorables à un durcissement de la réforme.
Si sur TF1, Marine Le Pen a revendiqué son « binôme gagnant » avec Bardella, ces tensions expriment les contradictions d’une extrême-droite tiraillée entre la nécessité de conserver une base populaire durement acquise ces dernières années et l’enjeu de séduire les classes dominantes et le grand patronat. En imposant sa candidature coûte que coûte, l’héritière de Jean-Marie Le Pen entend éviter qu’elles n’explosent, tout en s’appuyant sur les brèches ouvertes par la décision de la cour d’appel.
Pour les travailleurs, la jeunesse et les classes populaires, ce choix met surtout en lumière le fait qu’une bourgeoise condamnée pour avoir détourné des millions d’euros de fonds publics peut aspirer à être élue à la tête de l’État. Au regard des dizaines d’affaires de corruption qui ont secoué la macronie au plus haut niveau depuis dix ans, et de l’histoire de la Ve République, on pourrait même dire qu’il s’agit d’un critère. Plus que jamais, il va falloir se préparer à combattre l’extrême-droite dans la rue et dans la campagne présidentielle, un combat indissociable de la lutte contre l’autoritarisme croissant du régime, et le racisme d’État, alimentés par la radicalisation du patronat, mais aussi les institutions pourrissantes de la Ve République et les politiciens professionnels qu’elles font vivre.
[1] Une autre hypothèse est également avancée : celle d’une décision de la Cour de cassation rendue après l’élection présidentielle, en raison des délais de la procédure. Comme le souligne le constitutionnaliste Benjamin Morel, un pourvoi en cassation prend généralement « entre dix-huit mois et deux ans, et une question prioritaire de constitutionnalité pourrait encore retarder la procédure ».