L’an passé, un mouvement de masse spontané du peuple ukrainien a forcé le gouvernement Zelensky à annuler son projet de mise sous tutelle des organes indépendants de lutte contre la corruption.
Près de douze mois plus tard, rebelote. Un mouvement tout aussi spontané et encore plus massif force Zelensky à limoger son chef d’état-major, le général Syrsky. Aux dernières nouvelles, les manifestations continuent pour exiger que Mikhailo Fedorov retrouve son poste au ministère de la défense… d’où Zelensky l’a limogé qq jours plus tôt.
Les informations sur ce qui se passe au sommet sont évidemment à prendre avec des pincettes. Mais une chose semble indiscutable: à la base, en dépit de la guerre et des bombardements russes sur les cibles civiles – ou peut-être justement pour cette raison – le peuple ukrainien approfondit constamment ses exigences de transparence, de démocratie et de contrôle sur la conduite du pays. Pour quelle Ukraine nous battons-nous? cette question est le fil rouge qui relie toutes les mobilisations populaires.
Du coup, le contraste est vraiment saisissant entre la société ukrainienne qui évolue de plus en plus dans cette direction, d’une part, et la société russe qui semble de plus en plus atomisée, depolitisee et résignée face au despotisme neofasciste des oligarques poutiniens, d’autre part.
Ce contraste, la plus grande partie de la gauche mondiale, occidentale notamment, ne le voit même pas. Elle ne comprend rien à ce qui se deroule sous ses yeux. Au lieu de juger la situation en termes concrets de rapports sociaux, de domination coloniale et de droit a l’autodetermination, elle la juge en termes abstraits de guerre et de paix. Ou pire, en termes de blocs, comme si le peuple ukrainien (« ukrnazi », disent les plus bornés) n’était que l’instrument d’une agression impérialiste (donc occidentale), et comme si la Russie faisait partie d’un « camp anti-imperialiste » dont on devrait souhaiter la victoire !
Les récents événements montrent une fois de plus, mais avec encore plus d’acuité, que cette grille de lecture est totalement inadéquate. Dans quel autre pays au monde les citoyens et citoyennes ordinaires descendent-ils librement dans la rue, sans être réprimés par la police, pour faire tomber un chef d’état-major considéré comme un boucher, soupçonné de couvrir la corruption dans les livraisons d’armes pour la défense, et peser sur la nomination d’un ministre? Il suffit d’imaginer un mouvement analogue en Russie, contre Gerasimov, ou aux USA, contre Hegseth – deux sinistres criminels de guerre, pour comprendre que ce qui se passe en Ukraine est extraordinaire.
Ce qui se passe, en effet, va bien au-dela de l’affrontement entre Syrsky-le-vieux formé à la soviétique, et Fedorov-le-jeune geek ami de Musk. Ce qui se passe, c’ est un processus de lutte a la fois democratique et sociale pour l’autodétermination nationale. Or, au milieu de difficultés et de souffrances inouïes, ce processus s’approfondit constamment depuis la dissolution de l’URSS.
Pour tout qui a lu les classiques du marxisme sur les luttes des peuples opprimés, l’approfondissement de ce processus d’autodetermination porte en lui l’espoir de la révolution sociale. Il est cet espoir. Un espoir fragile, certes, un espoir balbutiant, bourré de contradictions, constamment menacé de récupération – comme tout mouvement populaire profond. Cet espoir devrait franchir d’énormes obstacles pour triompher. Mais il est infiniment précieux, tant il est rare dans le monde actuel. Le martyre du peuple palestinien écrasé impunément par le genocidaire Netanyahou et ses complices nous le rappelle malheureusement tous les jours.
SOLIDARITE AVEC LE PEUPLE UKRAINIEN
SOLIDARITE AVEC TOUS LES PEUPLES OPPRIMÉS