Slim Machat
En 2020, les pompiers réclamaient des moyens : Macron leur a envoyé les CRS et la matraque
Le 28 janvier 2020, après sept mois de mobilisation, des milliers de pompiers défilaient à Paris pour réclamer des effectifs, une meilleure reconnaissance des risques et une hausse de leur prime de feu. Le cortège s’était terminé sous les matraques et les gaz lacrymogènes. Six ans plus tard, plus de 140 000 personnes sont évacuées face aux incendies en Gironde et dans les Landes. Deux pompiers sont morts en combattant les flammes. Les images de 2020 prennent aujourd’hui un sens particulièrement brutal puisque six ans après les violences de Paris, les pompiers affrontent toujours le feu avec des moyens insuffisants.
La République adore ses pompiers. Surtout lorsqu’ils restent sagement alignés derrière un ministre, avec un drapeau, une médaille et les caméras au bon endroit. Lorsqu’ils demandent des effectifs, une retraite adaptée à leur métier, une protection contre les agressions ou une prime correspondant aux risques encourus, la tendresse institutionnelle disparaît rapidement. Le 28 janvier 2020, plusieurs milliers de sapeurs-pompiers professionnels manifestaient à Paris après sept mois de mobilisation. Ils réclamaient notamment que leur prime de feu passe de 19 à 28 % de leur traitement.
La journée s’est achevée par des affrontements avec les forces de l’ordre. Le cortège s’était dispersé et certains manifestants avaient quitté l’itinéraire autorisé. Cela n’efface pas les images : charges, coups de matraque, grenades lacrymogènes, canon à eau et pompiers frappés en uniforme. Le Parisien racontait que « des coups de matraque pleuvent » tandis que les gaz atteignaient même la cour d’une école maternelle. Sous Macron, la France avait réussi ce spectacle absurde : les hommes chargés d’éteindre les incendies affrontaient ceux chargés de maintenir l’ordre.
Une prime arrachée après sept mois de grève .
Les pompiers n’étaient pourtant pas en guerre contre les Français. Bien au contraire. Une enquête de l’Ifop indiquait encore en 2023 que 97 % des Français leur faisaient confiance. Il existe peu de professions bénéficiant d’un tel soutien. Le problème n’était donc pas de convaincre la population qu’un pompier exposé aux flammes, aux fumées toxiques, aux accidents et aux agressions méritait une indemnité correcte. Le problème était budgétaire. Comme souvent, l’État reconnaissait le danger, saluait le courage et discutait la facture.
Le gouvernement de Christophe Castaner finit par concéder une hausse de six points, portant la prime de feu de 19 à 25 %, contre les 28 % demandés. La mesure fut ensuite inscrite dans un décret publié le 24 juillet 2020. Ce résultat fut présenté comme une avancée gouvernementale. Il s’agissait surtout d’une concession arrachée après sept mois de grève, plusieurs manifestations et une dernière journée marquée par la violence. Les pompiers avaient obtenu une partie de ce qu’ils réclamaient. Ils avaient aussi découvert le prix à payer pour être entendus.
En 2026, les pompiers affrontent des incendies hors norme
Au matin du 25 juillet 2026, les incendies en Gironde et dans les Landes avaient déjà entraîné l’évacuation de plus de 140 000 personnes et ravagé environ 22 000 hectares. Des communes situées aux portes de Bordeaux ont été évacuées préventivement. L’armée a été appelée en renfort et la France a sollicité des moyens européens. Lorsque plusieurs incendies majeurs éclatent simultanément, le discours sur la prétendue préparation exemplaire du pays résiste mal au passage des flammes.
Quelques jours auparavant, le 21 juillet, deux sapeurs-pompiers étaient morts près de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac. Le ministre de l’Intérieur déclara alors que « la Nation s’incline devant leur courage ». La formule est juste. Elle sonne néanmoins étrangement lorsqu’on se souvient qu’en 2020 cette même Nation, représentée par son appareil d’État, répondait à leur colère avec des lacrymogènes et des matraques.
Personne n’a oublié que Macron a envoyé les CRS pour tabasser les pompiers mobilisés pour dénoncer le manque d’effectifs et des…