| De très nombreux incendies, et parmi eux le méga-feu de la forêt landaise, en Gironde, qui menace Bordeaux et a vu la formation d’un pyrocumulus dangereux le dimanche 26 juillet, ravagent le pays, suscitent la mobilisation pour aider les pompiers, et soulèvent les questions politiques fondamentales. |
| Trois points nous semblent devoir être soulignés vigoureusement sur la situation en Gironde. |
| Premièrement, c’est bien l’évacuation de Bordeaux – comme pour Madrid – qui est envisagée, forcément, dans les réunions de crises au sommet qui communiquent invariablement en disant qu’elle ne l’est pas. La grande ville ne peut pas brûler, certes, comme une forêt, mais elle peut être rendue inhabitable par les fumées et les poussières toxiques qui se répandent sur la moitié du pays et face auxquelles elle est en première ligne — ainsi que les usines chimiques et établissements militaires qui sont à proximité. |
| Deuxièmement, les climato-sceptiques – ces criminels – nous ont seriné entre autres affirmations pseudo-scientifiques que « la météo n’est pas le climat ». Le climat passe par la météo et c’est le cas du réchauffement. Les aléas météorologiques – sens et intensité du vent, orages – sont maîtres des évènements, les responsables des pompiers sont les premiers à le dire. D’où la relative accalmie, alors que le feu n’est pas maîtrisé, de ce lundi 27 juillet, et la peur pour les prochains jours où est annoncée une canicule à 40°. |
| De fait, il dépend des aléas météos de voir si, en cet été 2026, la France va connaître pour la première fois ou non un coup à 50°, et de tels aléas sont la forme concrète au quotidien de la crise climatique globale, évidemment. |
| Troisièmement, toute la communication gouvernementale parle d’un feu « hors normes » et d’un évènement « exceptionnel ». C’est faux : nous avons affaire à la norme de l’époque bioclimatique dans laquelle la combustion du capital fossile a irréversiblement plongé le monde humain, le mettant en danger existentiel. |
| Voilà sur le moment immédiat. En aval de ce moment, l’impréparation et l’absence totale d’anticipation des gouvernements Macron successifs est une évidence massive, indiscutable, illustrée, entre autres choses, mais de la manière la plus caricaturale, par le nombre effectif de Canadair utilisables en France : 5 ! |
| En amont, il faut tout de suite penser à la suite, et la suite est au plus haut point politique. Dans cet édito, nous n’allons pas développer toutes les mesures écologiques nécessaires en urgence pour stopper les émissions massives de gaz à effet de serre, mais simplement insister sur deux points précis que met en exergue, directement, le méga-feu en Gironde. |
| Premier point précis. Ce qui brûle, ce qui est détruit, est certes un milieu naturel et humain, un milieu de vie, mais ce milieu est lui-même le fruit de l’exploitation mercantile des ressources foncières et forestières : cette grande forêt de pins maritimes en terrain sableux est une création spéculative du XIX° siècle. Il faut dire ce qui est : elle est condamnée. En illustration de cet article, la carte de la Gironde faite après la création du département, à la Révolution (diffusée publiquement par Rémy Petit, chercheur à l’INRAE). On y voit (vert clair) la prépondérance des landes humides à élevage extensif là où ont été plantés depuis les forêts de résineux que le réchauffement transforme en boites d’allumettes géantes. Il est évident que la seule issue non incendiaire pour l’avenir immédiat passe par le réaménagement du drainage et son remplacement par la reconstitution de zones humides étendues, alternant avec des légers massifs boisés en essences mixtes et des pare-feux le long des axes routiers. |
| La Gironde avant la plantation industrielle des résineux |
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| On ne peut pas couper ici, sans jeu de mot, avec l’expropriation de l’industrie du bois-papier-cartons-résines synthétiques, qui a elle-même à l’origine exproprié les villages agropastoraux de la région. D’ailleurs, cette « expropriation » risque d’être menée tambour battant par les méga-feux eux-mêmes, le choix politique sera donc immédiatement : que reconstitue-t-on, que replante-t-on ? |
| Ce cas est exemplaire de toute la politique de la forêt (Marx, Capital livre II : la sylviculture est incompatible avec le capitalisme, elle qui réclame une gestion de boni pater familiae !). Mais quel gouvernement l’imposera, de même qu’il faudra imposer l’interdiction et la répression des plantations spéculatives et des coupes rases ? Quel pouvoir politique reconstituera un ONF (Office National des Forêts) et un OFB (Office Français de la Biodiversité) comme des services publics puissants, rétablis et améliorés ? |
| Naturellement pas l’exécutif Macron/Lecornu ni aucun pouvoir issu de l’union des droites qui vient de voter, contre la majorité du pays, la loi Duplomb II sacrifiant les zones humides et les réserves d’eau aux spéculateurs incendiaires de l’agro-industrie ! |
| Second point précis : l’expérience démocratique, de solidarité collective et d’auto-organisation des populations avec les pompiers et avec la Sécurité civile est précieuse et doit pour cela être soulignée et comprise. |
| Au fait, d’où viennent dans ce pays les sapeurs-pompiers ? Ils viennent des gardes nationales de la Révolution française, qui ont réprimé monarchie et féodalité entre 1789 et 1793. Napoléon ayant plaqué, par-dessus les corps locaux de gardes nationaux, des unités militaires de sapeurs-pompiers, pour les contrôler. Les gardes nationales ayant disparu, car elles faisaient peur aux bourgeois, ayant pris le pouvoir à Paris en mars 1871 et fondé la Commune, les pompiers volontaires sont de fait ce qu’il en reste. |
| Les évènements actuels montrent à nouveau que leur action est indissociable du volontariat et de l’association, dans le cadre des communes et des quartiers, de volontaires issus de la population, notamment des paysans, professions du bâtiment, chasseurs, pêcheurs, éducateurs, associations environnementales, gestionnaires de parcs, professions de la santé et de l’éducation, avec l’aide de l’ONF et de l’OFB, notamment. |
| De même que la solidarité et l’accueil des plus de 200 000 réfugiés reposent sur les réseaux existants ou spontanément formés, notamment dans le cadre des municipalités, de la société civile, indépendamment de l’appareil central et préfectoral, qui ne peut d’ailleurs rien faire d’autre que s’en remettre à eux. |
| Le pouvoir central cherche à se défausser de sa gabegie sur la « responsabilité individuelle de chacun ». À cette hypocrisie, opposons la solidarité collective, n’opposant pas, comme veut le faire le RN, agriculteurs et écologistes ! C’est la lutte commune des uns et des autres qui seule peut éteindre les incendies aujourd’hui, battre les incendiaires de l’agro-industrie demain. |
| Mais, même question : quel pouvoir politique peut favoriser ce type d’auto-organisation démocratique de la société civile ? Pas celui-là, pas le RN ni l’union des droites ! |
| Un réseau de volontaires de défense civile et de défense territoriale est nécessaire sur tout le territoire de ce pays, et la préoccupation commune comme la solidarité collective quand les catastrophes arrivent, et elles vont arriver en rangs serrés, sont réalistes, nécessaires et réalisables. |
| Au fait, quel est le pays proche que sa Défense territoriale investie en masse pendant quelques semaines par la jeunesse, a sauvé récemment ? C’est l’Ukraine en février-mars 2022 ! |
| Le mot « guerre » vient spontanément aux pompiers épuisés et émaciés combattant sur la ligne de front. La commune du Porge (33680), brûlée, évoque le Donbass. Ce sont les conditions physiques de la guerre, pour les combattants et pour les réfugiés, qui arrivent ainsi, par la catastrophe thermique, en France. Vérité profonde de cette « coïncidence » ! |
| Aux campagnes intéressées du RN d’un côté et du POI/LFI et des néo-staliniens de l’autre, qui veulent nous faire croire que la mince et payante aide à l’Ukraine priverait le pays de Canadairs (*), nous opposons la perspective d’une Défense civile et territoriale autour des sapeurs-pompiers, pour la lutte contre les incendies tout de suite et la lutte contre l’axe fasciste des Trump et des Poutine dans un avenir proche ! |
- Il semblerait que certains n’envisagent pas d’autre gouvernement taxant les riches et les capitalistes, aujourd’hui scandaleusement exonérés ou gavés de subventions, pour avoir plus de Canadairs et rebâtir des services publics répondant aux besoins de la population.
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