Méga-feux, dérèglement éco-climatique et stratégie. Par Alain Dubois.

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Par aplutsoc le 30 juillet 2026
Présentation
Nous reproduisons ces remarques émises par Alain Dubois qui présentent l’intérêt de susciter l’ouverture d’un débat stratégique face à la crise bio-éco-climatique. Nous invitons aussi nos lecteurs à lire les articles réalisés par Alain sur son site L’Herbu, mentionnés dans ce texte.
Méga-feux, dérèglement éco-climatique et stratégie. Par Alain Dubois.
Il me semble que la situation nouvelle créée par le méga-feu de Gironde constitue pour Aplutsoc une occasion de discuter de son positionnement vis-à-vis des trois principales attitudes à l’égard du « réchauffement climatique » évoquées dans mon billet sur « Les nouvelles guerres du feu » (voir L’Herbu du 28 juillet).
(1) La première consiste en l’adaptation aux nouvelles conditions créées pour l’humanité, parfois appelée « résilience », sans agir sur leurs causes, mais seulement sur leurs conséquences (par exemple : « les climatiseurs »), solution soutenue par la bourgeoisie et tous les pouvoirs en place.
(2) La « transition écologique » (ou tout autre terme plus ou moins équivalent), « solution » réformiste consistant à remplacer les techniques en vigueur (par exemple, la voiture à essence) par des techniques alternatives (par exemple, la voiture électrique) tout en maintenant des modes de vie et de relation avec l’environnement similaires à ceux actuellement en vigueur, la « croissance » restant notre boussole, solution soutenue par « la gauche » bourgeoise et une partie du mouvement ouvrier réticente à aller plus loin dans la rupture avec le capitalisme par crainte de voir réapparaître un système totalitaire rappelant le stalinisme.
(3) L’action préparant la « sortie du capitalisme » s’appuyant sur des mots d’ordre de transition (comme la collectivisation de l’industrie automobile et de l’industrie pétrolière ; voir mon billet du 7 février) avec la perspective de la prise du pouvoir, visant à changer de paradigme concernant la « croissance » et plus généralement les relations entre l’humanité et la biosphère.
Il est important de comprendre que ces différentes attitudes ne sont pas compatibles et ne constituent pas une « progression » d’une « moins radicale » à une « plus radicale ». L’option de « l’adaptation/résilience » est censée agir sur les conséquences de la crise environnementale, sans s’attaquer aux causes : ce faisant, elle laisse celles-ci empirer et elle contribue en définitive à l’aggravation de celles-ci. Les autres prétendent s’attaquer aux « causes », mais ce terme est employé dans des sens différents dans les deux cas : pour désigner des « causes proximales » ou des « causes ultimes ». Les mesures préconisées par les partisans de la transition écologique consistent à agir séparément sur les différentes causes de la crise environnementale actuelle, comme si elles étaient indépendantes : émissions de gaz à effet de serre, intrants agricoles, monocultures, déforestation et assèchement des zones humides, suppression du bocage, pollutions de tous ordres, effondrement de la biodiversité, etc. Mais la crise actuelle ne se réduit pas à une addition de crises indépendantes. Cette crise est systémique, ce qui signifie que ces différents problèmes sont des symptômes qui expriment une cause ultime unique, le système économico-politique du capitalisme, et qui préparent ensemble le « collapse éco-climatique civilisationnel généralisé » dont les conséquences iront bien au-delà d’une simple addition de ces catastrophes. Agir sur chaque cause prise à part est insuffisant et voué à l’échec. Seule la lutte contre ce système dans son ensemble serait susceptible de mettre fin aux nuisances résultant de l’ensemble de ces causes.
Une autre question fondamentale est celle des relations entre les combats de type local et partiel, voire autogestionnaire, dans l’idée que ce sera la multiplication de « victoires » ou « avancées » partielles (type Larzac, ZAD A69 ou pétition contre la loi Duplomb), et leur éventuelle fédération ultérieure, qui résoudra les problèmes, et ceux axés sur la prise du pouvoir (contre la présidentielle, pour la Constituante, contre le fascisme) : les deux approches sont-elles complémentaires ou contradictoires ?
Il me paraît qu’une réflexion de fonds d’Aplutsoc sur ces questions devrait présider à, et donc précéder, toute décision quant aux actions auxquelles Aplutsoc peut décider de s’associer.
Alain Dubois, 30 juillet 2026.