| Le coût de la corruption en France a été estimé, en 2016, par une étude pour un groupe du Parlement européen à 120 milliards d’euros par an. Cette centaine de milliards d’euros est une somme supérieure au budget annuel du ministère de la Défense ou à celui de l’Éducation nationale. C’est aussi sans commune mesure avec le budget du ministère de la Transition écologique, de la biodiversité et du climat
Chères Adhérentes, Chers Adhérents, Nos pensées vont d’abord à toutes celles et ceux qui sont touchés par les événements climatiques de ces dernières semaines, au premier chef les incendies qui dévorent une part sans cesse croissante de notre territoire. Face à l’ampleur des dégâts, il faut le dire avec gravité : malgré la ténacité et l’abnégation des pompiers, élus locaux, agents des collectivités et bénévoles mobilisés sur le terrain, le compte n’y est pas. Année après année, le manque d’investissement chronique dans nos forces de sécurité civile et dans un véritable plan de transition écologique nous rattrape brutalement. Cette défaillance n’est pas un accident isolé. Elle rejoint une série de crises structurelles documentées depuis des années : la justice pénale, en particulier celle des mineurs, est exsangue. Les hôpitaux et les EHPAD sont à bout de souffle. L’école et l’enseignement supérieur sont en tension permanente. Sans faire l’économie d’un débat plus large sur le financement de nos services publics, il nous semble impératif de replacer une urgence parmi les priorités : la lutte contre la corruption et la dilapidation de l’argent public. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le coût de la corruption en France a été estimé, en 2016, par une étude pour un groupe du Parlement européen à 120 milliards d’euros par an. Cette centaine de milliards d’euros est une somme supérieure au budget annuel du ministère de la Défense ou à celui de l’Éducation nationale. C’est aussi sans commune mesure avec le budget du ministère de la Transition écologique, de la biodiversité et du climat. C’est une ressource considérable qui, année après année, échappe à l’intérêt général et sape la confiance dans les institutions, pendant que nos services publics sont eux sommés de faire toujours plus, avec toujours moins. « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. » Chacun se souvient de cette formule lancée par le président de la République à l’ouverture du IVᵉ Sommet de la Terre, le 2 septembre 2002. Elle dénonçait l’inaction face au dérèglement climatique. Aujourd’hui, elle pourrait tout aussi bien s’appliquer à la corruption. Car pendant que celle-ci gagne du terrain, le gouvernement semble détourner le regard. Le récent rapport de la Cour des comptes dresse un constat sévère : les dispositifs de détection et de prévention de la corruption demeurent largement insuffisants dans le secteur public ; les sanctions administratives et disciplinaires sont trop rarement mises en œuvre ; la chaîne pénale est sous tension et peine à traiter efficacement les infractions. En filigrane, apparaît une réalité préoccupante : la France ne souffre pas d’un manque d’outils, mais d’un manque de volonté politique. Alors que la piste d’économie est identifiée, avec une estimation chiffrée, la lutte contre la corruption reste la grande absente des arbitrages budgétaires. C’est un choix. Et ce choix a un coût, que nous payons toutes et tous. Car la corruption n’est pas seulement un manque à gagner abstrait : elle gangrène concrètement les services publics, jusque dans leurs missions les plus vitales. Anticor l’a démontré récemment dans le dossier du SIEAM, le syndicat de gestion de l’eau à Mayotte, où favoritisme, détournements de fonds et corruption ont directement aggravé les pénuries d’eau subies par la population, dans un territoire où l’accès à une ressource aussi élémentaire que l’eau potable est déjà un combat quotidien. La justice a depuis rendu une première décision et reconnu l’ampleur de ce système. C’est la preuve, s’il en fallait une, que la probité publique n’est pas un sujet accessoire, mais une condition concrète de l’accès de toutes et tous à des services publics soutenables et universels. C’est pourquoi, plus que jamais, à l’approche d’échéances électorales cruciales, nous devons porter la voix de l’éthique publique auprès de l’ensemble des responsables politiques. Exigeons la transparence, la probité et l’exemplarité : c’est une des conditions de la justice sociale et de la solidité de notre pacte républicain. Merci de rester à nos côtés dans ce combat. |
| Emma TAILLEFER, présidente d’Anticor Eric ALT, vice-président d’Anticor |