Beaucoup commencent à s’inquiéter de voir l’aile gauche démocrate gagner du terrain aux États-Unis, surtout après la victoire d’El-Sayed au Michigan dans une primaire démocrate. En arrière-plan de cette victoire, Gaza, qui n’est pas le seul sujet de friction mais qui n’est pas des moindres. Et j’ai envie de dire qu’il est normal qu’une telle tragédie, qui se déroule sous nos yeux, fasse réagir. Il y a un moment où cela devient inacceptable, même de loin, d’observer un peuple disparaître, car c’est de cela qu’il s’agit : la disparition de la nation palestinienne. La question n’est plus celle des réfugiés palestiniens historiques et de leur droit au retour ; ils ont disparu de toutes les négociations, comme s’ils s’étaient évaporés. À Gaza, 2,1 millions de personnes s’entassent sur la moitié du territoire d’avant le 7 octobre, soit environ 180 km², un territoire détruit où la mort est partout. Quant à la Cisjordanie, elle est grignotée à une vitesse qui a quadruplé, dans une impunité totale, par les crimes des colons soutenus par l’armée.
Et face à cette réalité qui touche au plus profond le cœur de millions de citoyens, l’aile modérée démocrate a répliqué en évoquant le pogrom du 7 octobre pour se justifier et se bat pour affirmer que ce qui se passe à Gaza n’est pas un génocide. Et si c’était le cas, est-ce que cela rendrait le désastre humain moins grave ? Avoir comme réponse une bataille sur un mot a été la pire des réponses. Une stratégie qui met à nu une gauche qui a perdu sa moralité et son empathie face à la situation. Peut-être faut-il rappeler que l’administration Biden a livré, jusqu’au dernier jour de son mandat, des bombes et des armes à Israël, malgré l’immensité des crimes commis à Gaza. Rappelons aussi qu’Obama a fait adopter, en 2016, un des plans de soutien militaire à Israël le plus important de l’histoire américaine, sans aucune contrepartie réelle pour les Palestiniens… Pas étonnant, alors, que la candidate démocrate, ancienne conseillère d’Obama, ait perdu les primaires face à un candidat de l’aile gauche du parti.
Et là revient la question essentielle : comment certains peuvent-ils exprimer une solidarité sans faille envers les Israéliens après l’attaque terroriste du 7 octobre, et se montrer si méprisants envers les dizaines de milliers de victimes palestiniennes ? Cette dichotomie, si je peux la qualifier ainsi, ne trompe plus personne : elle est l’expression d’un suprémacisme et n’a rien d’humaniste.
En France, Mélenchon s’enfonce dans la brèche : des électeurs lui pardonneront son soutien à Assad, à Poutine, à Xi Jinping, car à leur sujet il n’y a pas eu une telle couardise de la part de ce qu’il convient d’appeler l’establishment. Et c’est cette couardise qui a permis à ceux qui ont apporté leur soutien à l’un des plus grands criminels de l’histoire, Assad, de faire de la récupération politique sur la Palestine. Le plus terrible, c’est qu’Assad a fortement contribué, par l’immensité de ses crimes, à la banalisation de la barbarie et à l’indifférence face aux tragédies humaines, et que la tragédie palestinienne profite politiquement à ceux qui l’ont plus ou moins soutenu…