Cergy-Pontoise (Val-d’Oise), reportage Reporterre
« On ne va pas se laisser faire » : la riposte contre le futur parc Dragon Ball commence
Remonté contre le projet de parc d’attraction près de Cergy-Pontoise, un collectif d’habitants dénonce un « projet d’un autre temps », monté sans concertation citoyenne et aux effets écologiques et sociaux délétères.
« C’est une honte : on a été mis devant le fait accompli. Les gens n’ont pas travaillé toute leur vie pour s’acheter un logement et se retrouver à vivre à côté de ce parc. » Nous sommes le jeudi 27 août, il est bientôt 19 h 30 et, alors que la réunion publique organisée par le collectif Mirapolis aux habitantes n’a pas encore commencé, Flore ne cache pas son exaspération.
Tout comme une soixantaine de personnes, la quinquagénaire a fait le déplacement devant le siège de l’agglomération de Cergy-Pontoise (Val-d’Oise) pour faire entendre sa voix. La raison de leur colère : le 24 août, Emmanuel Macron a annoncé que l’Arabie saoudite allait financer la construction de trois parcs d’attractions, dont un sur le thème du manga Dragon Ball, à Courdimanche, ville où elle réside depuis trente ans.
Montant de l’investissement saoudien, concrétisé par la signature d’un protocole d’accord avec le prince héritier Mohammed Ben Salman (accessoirement visé par une information judiciaire dans le cadre de l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, en 2018) : 6 milliards d’euros. Les trois complexes couvrant 200 hectares doivent être installés sur l’ancien site du parc Mirapolis, fermé en 1991.
« La démarche n’a pas été honnête »
Les 7 500 habitants de la commune, tout comme ceux des villes alentour, l’ont appris par voie de presse (la mairie Divers gauche, elle, a regretté dans un communiqué « de ne pas avoir été associée à la préparation de ce projet d’ampleur nationale »). « La démarche n’a pas été honnête : les citoyens n’ont à aucun moment été concertés et nous manquons d’informations. On veut montrer qu’on existe et que nos territoires ne sont pas que des champs et des friches », assure Tony Clavaud, Courdimanchois de 25 ans et cofondateur avec Alicia Delvig de ce nouveau collectif se présentant comme apartisan. Le but de cette réunion publique : permettre aux principaux concernés de donner leur avis sur le projet avant la rédaction d’une pétition.
Après un temps d’échanges animés par petits groupes, plusieurs citoyens prennent la parole au micro pour restituer le fruit de leurs discussions. Un mot ne cesse de revenir : inquiétude. « Nous sommes sidérés. Après l’été caniculaire que l’on vient de passer, le premier projet annoncé par l’État est un parc d’attractions qui va bétonner et artificialiser des terres agricoles ! C’est un projet d’un autre temps », dit par exemple Claire, cheffe d’entreprise de 60 ans. Elle pointe un autre enjeu : le fait que 300 à 400 personnes issues de la communauté des gens du voyage vivent actuellement sur l’ex-site de Mirapolis. « On a l’impression que c’est un prétexte pour s’en débarrasser », assure-t-elle.
« On ne va pas se laisser faire ! »
Othman, assistant d’éducation de 24 ans résidant à Cergy, évoque un projet « poudre aux yeux » malgré son appétence personnelle pour Dragon Ball. « Macron a annoncé la création de 22 000 emplois, mais sans préciser que ce sera sans doute des jobs saisonniers et précaires. On vend à la jeunesse du rêve alors que ce projet va augmenter le coût de la vie et des loyers ici et aggraver des problèmes que l’on connaît déjà, notamment les bouchons en voiture et l’engorgement des transports en commun », affirme-t-il avant de lancer sous de vifs applaudissements : « On va montrer que l’on occupe le territoire, qu’on sera présent du début à la fin et que l’on ne va pas se laisser faire ! »
Proche du parc naturel du Vexin
Les habitants de Courdimanche le chérissent, leur territoire : il jouxte le parc naturel du Vexin, et leur commune bénéficie d’une trame noire, c’est-à-dire d’une zone obscure bénéfique à la biodiversité nocturne. Ils et elles craignent que ce projet — financé par un régime régulièrement épinglé pour ses atteintes aux droits humains — ne l’abîme.
Ses contours sont encore flous : comme l’a révélé Le Monde, la filiale du fonds souverain saoudien en charge des travaux, la Qiddiya Investment Company, n’a pas encore obtenu l’autorisation d’utiliser la licence Dragon Ball.