Réseau citoyen Jean Moulin (fb)
de Paolo Bolo (admin.)
Who else ?
Lors du débat présidentiel organisé par le MEDEF, Jean-Luc Mélenchon n’a pas simplement pris la parole : il a pris possession du micro, de la phrase, du tempo et, à certains moments, probablement de la télécommande du réalisateur.
On pouvait presque imaginer les autres candidats regarder leur fiche avec cette question existentielle : « Et maintenant, je réponds quoi ? » Parce qu’un débat politique, normalement, c’est merveilleux : chacun arrive avec ses chiffres, ses tableaux, ses graphiques, ses éléments de langage et cette petite lueur dans les yeux de celui qui vient de mémoriser une note de son conseiller en communication.
Puis arrive Mélenchon. Et soudain, le débat ressemble davantage à spectacle où l’un des participants aurait découvert qu’il existe aussi des uppercuts verbaux.
Soyons honnêtes : on peut détester ses idées, son programme, son ton, sa gestuelle, sa cravate ou même sa façon de respirer entre deux phrases, mais prétendre qu’il est mauvais orateur relève désormais de la mauvaise foi. Mélenchon possède cette qualité assez agaçante pour ses adversaires : il sait parler. Et pas seulement parler pour remplir les minutes réglementaires. Il sait construire une phrase, penser, provoquer une réaction, retourner une objection et surtout fabriquer ces petites formules qui viennent ensuite hanter les réseaux sociaux pendant dix jours.
C’est un véritable problème pour ceux qui avaient préparé une réponse en douze points avec sous-parties A, B et C. Car pendant que le candidat prudent explique son point 7, paragraphe 3, Mélenchon a déjà terminé son point 12, attaqué le point 14 et commencé à répondre à la question suivante.
Il possède également une arme redoutable : la mémoire. Là où certains candidats semblent découvrir leur propre programme en même temps que le public, lui peut ressortir une déclaration, une date, un chiffre ou une contradiction vieille de dix ans. C’est particulièrement pénible pour quelqu’un qui vient précisément d’expliquer qu’il n’a jamais dit ce qu’il vient de dire.
Et puis il y a cette idiosyncrasie bien à lui : cette manière très personnelle de parler, de rythmer ses phrases, de passer de la colère à l’ironie puis à la démonstration comme si tout cela faisait partie d’une chorégraphie parfaitement répétée. À côté, certains donnent parfois l’impression de réciter leur programme depuis un canapé de sybarite, en prenant soin de ne surtout pas froisser le velours électoral.
Ses adversaires, eux, parlent souvent comme s’ils lisaient les conditions générales d’un contrat d’assurance. Mélenchon, lui, donne parfois l’impression que chaque phrase pourrait déclencher une révolution, une polémique ou au minimum un débat sur Facebook. Et c’est là toute la différence : il ne se contente pas de répondre aux questions, il cherche à imposer le terrain sur lequel la question doit être comprise. C’est de la rhétorique, évidemment. Mais de la rhétorique pratiquée avec suffisamment de talent pour devenir une arme politique.
Car même avec toute leur prudence, leurs conseillers, leurs éléments de langage et leurs petits fauteuils de sybarites, ils se retrouvent confrontés à une réalité assez désagréable : l’idiosyncrasie de Mélenchon fait partie du spectacle, et le spectacle, manifestement, il sait encore le faire.