La gauche québécoise et l’internationalisme (in)cohérent

De la flottille pour Gaza au Convoi de solidarité international avec l’Ukraine ?

 Le 5 août 2026 des militant·es de l’Alliance Canadienne de Solidarité avec l’Ukraine (CASU/ACSU) se sont rencontré·es à Montréal pour échanger avec Nina Potarska, une militante de l’organisation ukrainienne anticapitaliste, féministe et internationaliste Sotsialnyi Rukh. Craig Sauvé, ancien candidat aux élections fédérales du NPD et à la mairie de Montréal et actuel président du Transition Montréal était également présent, arborant un t-shirt en solidarité avec l’Ukraine.

C’est une nouvelle occasion de dénoncer le silence des directions syndicales et de la gauche québécoise et d’inviter à la solidarité en appuyant le Convoi de solidarité syndicale internationale à destination de l’Ukraine de novembre 2026.

Victime de l’impérialisme russe, Nina Potarska a dû fuir l’Ukraine avec son fils et vit désormais à Ottawa, d’où elle dirige le Centre de recherche sociale et du travail d’Ukraine . Militante de gauche et féministe, elle défend un internationalisme, un socialisme et antifascisme cohérents. Ainsi en même temps qu’elle continue d’apporter son soutien aux camarades de Sotsialnyi Rukh et de Commons resté·es en Ukraine – qui tout en luttant contre l’envahisseur militent contre les réformes néolibérales de Zelensky et l’extrême droite – elle continue de s’engager dans la solidarité internationale. Elle a notamment participé à la flottille de Gaza en 2026 en solidarité avec le peuple palestinien.

Cet antifascisme et cet internationalisme cohérents sont bien présents en Ukraine. À titre d’exemple, on peut citer le syndicat étudiant ukrainien Prima Dia :

« De la même manière que nous soutenons la Palestine dans sa lutte contre l’impérialisme agressif malgré l’attitude indéniablement réactionnaire du Hamas – et parfois sa brutalité pure et simple – envers sa propre population, nous soutenons les Ukrainiens dans leur lutte contre l’impérialisme russe malgré l’attitude réactionnaire de certains segments du gouvernement et de la société. Il ne s’agit pas d’un double standard, mais du même standard appliqué de manière cohérente : le droit d’une nation opprimée à résister à l’agression ne doit pas dépendre de la qualité de ses dirigeants. La critique des excès nationalistes et le soutien inconditionnel au droit de résister à l’occupation sont deux positions que la gauche révolutionnaire doit défendre simultanément, plutôt que l’une au détriment de l’autre. La lutte contre l’impérialisme russe et la lutte contre le capitalisme ne sont qu’une seule et même lutte ».

En revanche, un tel internationalisme cohérent, reste toujours aussi difficile à identifier au sein des directions de la gauche québécoise. De Québec Solidaire, en passant par la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), le Centre international de solidarité ouvrière (CISO), la Fédération des femmes du Québec (FFQ), de la Ligue des droits et libertés (LdH), sans parler du Collectif échec à la guerre qui s’oppose par principe à la solidarité armée avec l’Ukraine et dont certains membres reprennent sans vergogne la propagande poutinienne, on peine à trouver ne serait-ce qu’une seule prise de position en solidarité avec le peuple, les féministes, les antifascistes et les camarades syndicalistes d’Ukraine depuis le mois de mars 2022.

Comme si cette guerre, qui est déjà plus longue que la Première Guerre mondiale et qui a couté la vie à des centaines de milliers de personnes, n’existait pas pour les dirigeant·es de la gauche québécoise. Comme si l’impérialisme Russe n’existait pas non plus et que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était un droit à géométrie variable. Comme si abandonner et désarmer le peuple ukrainien serait une grande victoire antifasciste et pacifiste.

Alors face à ce silence honteux et révoltant des directions de la gauche et du mouvement ouvrier québécois, nous relayons une initiative de solidarité internationale en cours et invitons tous et toutes celles qui le peuvent à l’appuyer.

À l’initiative du Réseau International de Solidarité avec l’Ukraine (RISU/INSU) et avec le soutien de la Fédération des syndicats d’Ukraine (FPU) notamment, un convoi de solidarité internationale va traverser l’Europe au cours de la deuxième quinzaine de novembre. Il s’agit d’apporter une aide en fonction des besoins exprimés par les camarades ukrainien·nes sur place. L’appel est disponible ici, en français. Le convoi a déjà reçu le soutien de nombreuses organisations syndicales internationales et de partis politiques ; y compris, cela mérite d’être souligné dans le monde francophone, de la France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon qui n’a pourtant pas brillé jusqu’à présent par sa solidarité avec le peuple ukrainien. Comme quoi, il n’est peut-être pas trop tard pour changer d’avis.

De nombreuses initiatives, en Ecosse, en Belgique, en Catalogne par exemple, sont aujourd’hui organisées pour apporter un soutien à ce convoi. La liste des soutiens est disponible ici.

Comme il ne faut jamais désespérer et qu’ « une révolte active est liée à l’espoir », nous nous permettons donc d’inviter de nouveau les directions syndicales et de la gauche québécoise à afficher leur solidarité (qui est aussi celle de nombreux·euses de leurs membres) avec nos camarades ukrainien·nes victimes de l’impérialisme russe et à se joindre à cette action en affichant leur solidarité avec le Réseau international de solidarité avec l’Ukraine et le Convoi de solidarité avec l’Ukraine.

Martin Gallié, membre du Réseau international de solidarité avec l’Ukraine (INSU/RISU).