Le retour du refoulé

Dossier : Une Allemagne « prête à la guerre » ?

Le retour du refoulé
Gerhard Silber. – « Bomb Watchers III » (Guetteurs de bombe III), 2014
© Gerhard Silber – art-silber.de

Cette fois nous y sommes : l’Allemagne est une puissance occidentale comme les autres. Et sa classe dirigeante, débarrassée des scrupules historiques qui l’empêchaient d’affirmer sa domination sur l’Europe autrement que par l’austérité budgétaire et l’excédent commercial, se sent à nouveau investie d’une ambition proprement nationale : construire « l’armée la plus puissante d’Europe sur le plan conventionnel ». Une priorité claironnée par M. Friedrich Merz dès son premier discours au Bundestag en tant que chancelier (14 mai 2025). Cette Bundeswehr « prête à la guerre », selon la formule fétiche du ministre de la défense Boris Pistorius, servira un triple objectif économique, militaire et stratégique : relancer un appareil industriel flageolant ; garantir aux franges septentrionales et orientales de l’Europe une protection contre la Russie ; et, en accord avec Washington, déléguer à l’Allemagne la direction européenne de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN).

« Nous ne sommes pas en guerre, mais nous ne sommes plus non plus en paix  », résume M. Merz. Pour preuve : en 2025, ses 114 milliards d’euros d’engagements de défense classaient l’Allemagne au quatrième rang mondial en matière de dépenses militaires. Après les États-Unis (954 milliards), la Chine (336 milliards) et la Russie (190 milliards). S’appuyant sur des ressources financières inégalées sur le continent, Berlin dépensera plus en armement d’ici à la fin de la décennie que Londres et Paris ensemble. Cette combinaison de suprématie économique et militaire conventionnelle déstabilise l’architecture de sécurité européenne édifiée à la fin de la guerre froide, et révèle un déséquilibre que ni le paravent de l’intégration européenne ni la fable du « couple franco-allemand » ne parviennent plus à masquer. Certes, contrainte par ses engagements internationaux, l’Allemagne dépend toujours pour sa dissuasion stratégique des capacités nucléaires américaines (…)

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