NE PAS ABANDONNER LA PALESTINE (1/3)

NELPAL

1 * NE PAS ABANDONNER LA PALESTINE **** POEMES

Ici nous resterons

Gardiens de l’ombre des orangers et des oliviers
Si nous avons soif nous presserons les pierres
Nous mangerons de la terre si nous avons faim mais nous ne partirons pas !
Ici nous avons un passé un présent et un avenir

Taoufik Ziyad

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Sans passeport
Je viens à vous
et me révolte contre vous
alors massacrez-moi
peut-être sentirai-je alors que je meurs
sans passeport

Rashid Hussein

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Inscris
je suis arabe
le numéro de ma carte est cinquante mille
j’ai huit enfants
et le neuvième viendra… après l’été
Te mettras-tu en colère ?

Carte d’identité, composé par Mahmoud Darwich, en 1964 :

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Dans un poème de 1970, Salem Joubran (1941-2011) interpelle ainsi Jean-Paul Sartre qui a défendu la cause algérienne mais reste silencieux quant à la colonisation de la Palestine :

À JEAN-PAUL SARTRE

Si un enfant était assassiné, et que ses meurtriers jetaient son corps dans la boue,
seriez-vous en colère ? Que diriez-vous ?
Je suis un fils de Palestine,
je meurs chaque année,
je me fais assassiner chaque jour,
chaque heure.
Venez, contemplez les nuances de la laideur,
toutes sortes d’images,
dont la moins horrible est mon sang qui coule.
Exprimez-vous :
Qu’est-ce qui a provoqué votre soudaine indifférence ?
Quoi donc, rien à dire ?

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Palestine « poème »

Tes femmes crient leur douleur espérant toucher les cœurs,

Cherchant sous les décombres leurs enfants démembrés.

Des enfants que l’opinion publique refuse de regarder,

Tandis que dans tes écoles la peur valse avec l’horreur.

Le téléphone sonne, courir pour vivre sans savoir où aller.

Les langues veulent t’envoyer sur le banc des accusés,

Prêtent à légitimer le pire pour t’empêcher de résister.

On raconte que tu aimes la mort au point de la chercher,

Que tes enfants, c’est toi, qui les utilise comme boucliers !

La main qui te maintient la tête sous l’eau, agacée se plaint,

Tu remues trop les jambes et tu ne desserres pas les poings.

Quand je te vois te débattre ainsi pour respirer, je me dis :

Il est aveugle celui qui ne voit pas combien tu aimes la vie.

Ce monde sombre dans la maladie et si un jour il guérit…

On lira dans nos livres d’histoire l’injustice que tu subis ;

Les crimes contre l’humanité qui sur ta terre sont commis,

Les chaînes qui t’étouffent blessant tes jours et tes nuits.

Tu ne demandes rien de plus que ce qui te revient de droit,

Ensanglantée tu portes tes espoirs de liberté à bout de bras.

Le monde est témoin de ton manque audacieux de lâcheté,

Puisse le monde te voir un jour apaisée, replanter tes oliviers !

Ibtissem EZ

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« Tends-leur l’autre joue »

Yahya Achour est né en 1998 à Gaza où il a vécu jusqu’en septembre 2023, et qu’il n’a pu regagner après un voyage aux États-Unis. Écrivain, boursier de l’université américaine d’Iowa en 2022, auteur du livre pour enfants C’est pour cette raison que Ryan a cette démarche (2021) qui a obtenu un prix panarabe, et du livre de poésie jeune public Tu es une fenêtre, ils sont des nuages (2018). Publie de nombreux textes sur internet. Ce poème a été publié le 7 novembre 2023. Sa dernière publication en anglais, au printemps 2024, s’intitule « A Gaza of siege and genocide » (Une Gaza de blocus et de génocide).

Ce monde blanc
Qui ne croit plus au Christ
T’adjure, Gaza, avec ses mots à lui
De tendre l’autre joue
Ils ne sont guère affligés par l’histoire ni la géographie
Tends-leur donc l’autre joue, Gaza
Donne-leur la mer
Cette fois-ci, à ta manière
Le monde te prie maintenant
Au moment où tu subis
Ce qu’aucune ville au monde n’a subi
De baiser la main de ceux qui ont tué tes petits
Mais rien ne pourra, Gaza, rassembler les restes humains
Pour faire des corps entiers
Aucune paix ne compensera une seule de tes funérailles
De ces funérailles qui n’ont pu trouver leurs dépouilles

Les martyrs n’ont-ils pas réussi leur ascension au ciel ?Ou bien ce luxe n’était-il pas donné à tous ?Les lambeaux peuvent-ils voler si haut ?

Peut-être les martyrs n’ont concédé leur mort
Qu’après avoir compris que c’était le seul moyen

De rester, pour l’éternité, dans l’étreinte de leur terre ?

Pas un législateur, pas un dirigeant, d’Orient ni d’Occident
Qui ait pu essuyer ton front, Gaza, de toute cette mort
Pas un législateur, pas un dirigeant
Pour au moins te présenter ses condoléances
Sans doute les avions empêchent-ils leur ingérence
Tout va bien, Gaza,
Il paraît que la mort est une grâce que nous envient les immortels
L’Égypte t’a finalement envoyé des chevaux de Troie
Non pas un mais plusieurs
Réjouis-toi
Ces chevaux — à Dieu ne plaise —
Ne sont pas remplis de renforts
Mais seulement de nourriture
Afin que tu puisses mourir, Gaza
Sans avoir faim
Ces chevaux sont remplis de linceuls indignes du voisinage des pharaons
Ils ne contiennent pas un seul exemplaire du Livre des morts
Ni une goutte de carburant pour nous éclairer
Nous permettre de distinguer
Notre survie de notre mort
Alléluia, Gaza
Nous ne sommes plus assassinés au moment où le monde dort
Le monde est tout à fait éveillé : il chante, il danse
Certains lisent nos nouvelles, celles qu’ils peuvent supporter
Certains autres, moins nombreux, manifestent, quand ils en ont le temps
Et notre monde arabe, sur des charbons ardents
Attend que les Mille et Une nuits se terminent
Que tu puisses t’en sortir seule, Gaza

En « contant » les milliers de victimes

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* Par Lucille, sa famille est franco-palestienne. Texte dit lors du Rassemblement du 30 décembre 2023 pour un cessez-le-feu immédiat et définitif.

Sans liberté

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a mourir sans être identifié

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a mourir le ventre vide et affamé

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a voir mourir les autres, les siens et soi y réchapper

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a mourir alors qu’on était juste blessé
et que personne n’a pu venir nous secourir au risque de se faire tirer

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a mourir après avoir été amputé sans anesthésie et voir ensuite sa plaie pourrir
et lentement nous tuer

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a mourir sur le carrelage souillé d’un hôpital bondé

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a mourir parce qu’on a bu de l’eau
empoisonnée

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a avoir son corps bouffé par les chiens dans la rue
parce qu’on n’a pas eu la chance d’être enterré et qu’eux aussi sont affamés

À Gaza
Il y a pire que mourir
Il y a dans le silence du monde,
agoniser

Mais à Gaza, il y a un espoir fou qui transcende toutes
les souffrances
Car à Gaza il y a un rêve immense qui
s’appelle Palestine libre et en paix

Car à Gaza
Pire que tout
Serait mourir pour rien et que demain soit
comme hier, sans liberté.

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