Les mouvements antiracistes doivent-ils soutenir LFI

 La question jusque-là feutrée qui consiste à se demander si les mouvements antiracistes des mondes immigrés doivent soutenir ou non LFI a éclaté au grand jour suite à un échange tendu entre Anasse Kazib et Houria Bouteldja au cours d’un débat à la fête de l’Humanité.

Le premier en tant que marxiste trotskisant, attaché à ses dogmes considère que toutes les conditions ne sont pas réunies pour soutenir LFI et qu’il faut plutôt critiquer ce mouvement.
La deuxième pense que malgré ses lacunes sur ses positions anti-impérialistes et anti-racistes il faut soutenir LFI qui a fait un grand pas vers les mondes immigrés en soutenant certaines de leurs revendications et prises de position.
LFI reconnaît et dénonce les violences policières en France, les contrôles au faciès. LFI reconnaît l’existence d’un racisme d’état en France, est pour la libre expression du citoyen concernant son identité religieuse. LFI reconnaît le droit des Palestiniens des Kanaks à se gouverner eux-mêmes suite à la création de leur propre état.
LFI appelle à la liquidation du régime de la France-Afrique sur le continent……
Pour moi ce débat en question du soutien ou non des indigènes à un parti progressiste blanc a déjà été tranché par les générations de militants anticolonialistes des années 50/60
En Afrique du Sud, l’ANC historique canal Nelson Mandela avait décrété dès les années 50 que :  » s’il fallait attendre que toutes les conditions soient acquises au sein du peuple noir avant de lutter contre les oppressions que subit ce peuple, les Noirs d’Afrique du Sud ne seraient jamais entrés en lutte contre l’apartheid. « 
Lequel serait encore debout aujourd’hui.
Ce qui avait amené l’ANC à s’associer au Parti Communiste Sud-Africain essentiellement composés de Blancs dans sa lutte contre l’apartheid.
De son côté, Amilcar Cabral qui lui était marxiste a dit que parmi les pays communistes des pays d’Europe de l’est, certains soutenaient la lutte pour l’indépendance des Guinéens et des Cap-Verdiens et d’autres non. Et qu’il fallait en tirer les conséquences.
Il n’existe donc pas à mon sens au sein des mondes du sud de mouvement de transformation sociale qui soit né de lui-même venu de nulle part et qui ait été en capacité de fonctionner en totale autonomie des autres mondes.
Ce qui me permet de dire que sur la question du soutien (critique) ou non à LFI, Houria Bouteldja est dans le vrai.
Les descendants d’immigrés ont tout intérêt, tout à gagner à soutenir LFI.
Et ils ont tout à perdre à affaiblir LFI, ce qui ferait le jeu du RN ce parti raciste et islamophobe qui s’il arrivait au pouvoir mettrait en place des politiques discriminatoires contre les Arabes les Noirs les Musulmans les Immigrés les migrants.
Aujourd’hui il n’est plus question d’apprendre et de réciter par cœur les dogmes de Karl Marx. Pas plus qu’il n’est question de mettre en avant les paradigmes d’un kamitisme vantant l’Afrique berceau de l’humanité. Il est encore moins question de faire la promotion du retour en Afrique des Africains au nom d’une pureté panafricaine originelle.
Aujourd’hui il est pour nous question de survie dans une société où une grande majorité d’entre nous a fait souche du fait de l’histoire de l’esclavage des Noirs et de la colonisation de l’Afrique par la France.