Il faut cesser de s’éparpiller

L’esprit de Mai 68 était inspirant, mais vouloir le rejouer aujourd’hui est une illusion : le monde a changé. La police dispose désormais d’un équipement nettement supérieur au nôtre — casques, boucliers, tenues adaptées, chevaux et canons à eau —, sans compter les drones, le suivi téléphonique et les réseaux sociaux qui leur permettent de nous neutraliser sans effort. Ils anticipent désormais la moindre de nos initiatives.
​De plus, ces manifestations encadrées où l’on nous fait défiler sagement d’un point A à un point B avant d’ordonner la dispersion n’aboutissent plus à rien. Aujourd’hui, si l’on n’obéit pas docilement, ce sont immédiatement les gaz, les invectives et les coups de matraque. De leur côté, les blocages d’entrepôts ou de ronds-points ont montré leurs limites en pénalisant surtout le quotidien des citoyens.
​Pour briser ce schéma, nous devons inventer de nouvelles formes d’action et miser avant tout sur l’effet de surprise. À l’image d’une partie d’échecs, il faut prévoir plusieurs coups d’avance pour garder l’initiative. Plutôt que de subir cette dispersion finale systématique, nous devons organiser une stratégie globale où chacun a un rôle précis selon ses capacités : des actions de terrain et des engagements physiques pour les personnes en bonne condition, et des leviers d’action adaptés — boycotts ciblés, grèves de la consommation, soutien logistique ou numérique — pour les personnes âgées, en situation de handicap ou plus vulnérables. Chacun doit être mis à contribution à son niveau.
​Enfin, il faut cesser de s’éparpiller. Pour que le peuple se fasse réellement entendre, nous devons nous rassembler autour d’une ou deux revendications uniques et essentielles qui font l’unanimité, plutôt que d’accumuler des demandes dispersées. Cessons de nous obstiner à reproduire ce qui a échoué.