Gilet jaune un jour, gilet jaune toujours !

Message à tous les gilets jaunes du 04 :

Je suis désolée de voir que nous n’arrivons pas à nous retrouver dans l’action compte-tenu de la situation.

Je lis beaucoup de réactions de découragement ou une volonté d’agir autrement. Oui peut-être mais comment ? Il ne faudrait plus chanter, ni danser, défiler comme à l’ordinaire…? Je voudrais bien qu’on trouve la solution pour enfin en finir avec ce pouvoir macroniste qui lapide tout de nos moyens et intentions…

Sur les actions autres. Tout est toujours fait en éparpillement car les revendications ne manquent pas. La plupart du temps elles ont lieu à Digne. Et franchement je pense qu’il vaudrait mieux une SEULE GRANDE MANIF UNITAIRE.

Ne peut-on se retrouver pour en discuter le plus vite possible ?

Autre chose: je trouve qu’il serait intéressant qu’on fasse un recueil de souvenirs des gilets jaunes du 04.

Qu’en pensez-vous ?

Voilà un petit texte résumé que j’ai écrit aux fins de diffusion dans une revue littéraire.

Et en image un de mes poèmes nourri d’espoir.

Laissez vos commentaires ici. Ou contactez moi par sms au 0698188773. Je vous rappellerai

 

Eliane MEVOUILLON GJ A51 MANOSQUE

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Rond-point A51 des gilets jaunes.
Je n’aurais jamais tant regardé les ronds points de ma ville depuis que je les ai occupés, fréquentés, animés en tant que citoyenne « gilet jaune ».
A chacun de nous un souvenir bien précis, un moment de partage spécial à des moments choisis de circulation intense où le flot des autos, des camions, des bus envahissait l’espace face à mon humble ressenti.
En équipe, par deux au moins et c’est ce qu’il fallait pour répondre à notre acte consenti de la cause citoyenne qui était diversement accueilli par les automobilistes. Les faire s’arrêter, pour ouvrir leur vitre et leur donner un tract telle était notre attente alors qu’ils étaient pressés d’aller au travail, de rejoindre leur maison ou de faire leurs courses. Les voir sourire, nous lancer des bravos par la voix ou le klaxon c’était comme une victoire. Mais quelle offense quand nous recevions des paroles ingrates ou des insultes alors que nous étions persuadés d’être là pour servir une cause commune !
Mais il y avait notre rond-point celui de l’A51, notre village, le lieu d’échange de toutes nos émotions, nos colères, nos espoirs.
On y a bâti des cabanes en palettes pour s’y rassembler : une pour l’accueil, une pour la restauration, une qu’on appelait la mairie, puis une yourte. Les plus terribles avaient monté une potence en signe de rébellion ou de dérision.
Notre rond-point vivait intensément.
La ferveur et la générosité étaient partagées avec la majorité de la population.
Outre ce que nous apportions pour boire et manger sur place, il y avait les dons.
C’était un lieu ouvert autant que passant, un modèle de démocratie libre et organisée.
Chaque jour, on mettait dans une boîte à idées des projets d’actions étant acquis que celle ou celui qui les proposait en serait le meneur principal.
Le jeudi soir à l’assemblée générale on votait à main levée pour déterminer les blocages d’autoroute ou les actions.
Deux porte-paroles étaient désignés pour être nos représentants dans les assemblées départementales.
Mon projet de lieu de lecture-écriture se voyait concrétisé par la construction d’une cabane bibliothèque qui n’a, hélas, pas pu s’animer.
Un jour terrible arriva sans prévenir ! A notre grande déception, notre camp gaulois fut détruit manu militari. J’en ai pleuré.
Nous savions que d’autres ronds-points avaient subi le même sort.
Le nôtre avait déjà été sauvé une fois grâce à l’intervention des jeunes lycéens venus en masse en accourant lorsqu’ils ont su l’intention de destruction.
Mais les gilets jaunes sont têtus et leur adage « on ne lâche rien » a été mis en oeuvre aussitôt ! Le rond-point est à nous ont dit les plus téméraires ! Des palettes nous étaient livrées par camions, par voitures. Et l’on chantait au son des marteaux ! A la nuit venue déjà une, deux cabanes avaient repris place ! Le village se refaisait une peau neuve !
Assidus et toujours acquis à la cause d’une citoyenneté nouvelle, nous étions toujours
aussi nombreux, contents de nous retrouver.
Mais les nouvelles nous disaient qu’en haut à la capitale, dans les grandes villes la colère
était sévèrement réprimée.
Les médias donnaient des informations à notre encontre. C’était tellement injuste !
L’hiver s’est passé sur cette réalité.
Ici je m’étais fait un drapeau jaune fluo. Y était inscrit : GJ pacifistes.
Les manifestations étaient toujours plus nombreuses.
Pour répondre à la crise des gilets jaunes, le président ouvrit un Grand Débat.
Des gilets jaunes s’y sont investis en formant des assemblées citoyennes.
Personnellement j’avais la conviction que c’était un leurre pour calmer le mouvement.
Les gilets jaunes criaient encore « on ne lâche rien » !
Le 26 février 2019 une grande manif, convergente avec les syndicats à Manosque fut
refoulée par la police. Nous avons été gazés et poursuivis jusqu’à notre rond-point.
Nous avons subi une troisième destruction du village et son déplacement vers un lieu
privé.
Le rond point de l’A51 semble triste sans nous !