Une vie ordinaire dans la France des droits de l’homme …
9 h 37, la police huée, une famille géorgienne, déboutée du droit d’asile, expulsée à Saint-Nazaire
Cette famille géorgienne – les parents et trois grands enfants scolarisés – a fait ses valises et ses sacs, ce mercredi matin. Déboutés du droit d’asile, ils ont été expulsés d’un hébergement d’urgence sans solution de relogement.
Cette famille géorgienne – les parents et trois grands enfants scolarisés – a fait ses valises et ses sacs, ce mercredi matin. Déboutés du droit d’asile, ils ont été expulsés d’un hébergement d’urgence sans solution de relogement.
Valises, larmes, huées, colère… Ouest-France a suivi l’expulsion d’une famille géorgienne, ce mercredi matin, le 28 octobre 2026, dans le quartier de la Trébale, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Les parents et trois enfants de 14, 18 et 20 ans.
Le droit d’asile leur a été refusé. Ils vivaient dans cet appartement depuis quatre ans.
Le fond de l’air est frais, ce mercredi matin 28 octobre 2026. La fenêtre de l’appartement est ouverte, au 1er étage de cet immeuble du quartier de la Trébale. À l’extérieur, un panneau accroché, non aux expulsions, et des militants associatifs aux visages fermés.
Comme la veille dans un autre quartier, comme depuis plusieurs semaines dans l’agglomération de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), les expulsions de familles étrangères déboutées du droit d’asile se succèdent. La trêve hivernale ne s’applique pas dans ces situations.
« Dans cet appartement depuis quatre ans »
Ce mercredi, c’est au tour d’une famille géorgienne. Les parents et leurs trois enfants, scolarisés, de 14, 18 et 20 ans. Il est 9 h et ils attendent la police.
La grande sœur s’exprime : Nous sommes arrivés en France le 5 mai 2022, à cause de problèmes familiaux et politiques dans notre pays. Nous logeons dans cet appartement depuis quatre ans. Nous avons reçu l’avis d’expulsion jeudi dernier. Malgré le refus du statut de réfugiés en 2023, ils ont été maintenus dans cet hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile, loué par Solidarité Estuaire. Jusqu’à l’expulsion, ce jour de vacances scolaires. Je suis en études supérieures au lycée Aristide-Briand, j’ai un frère en CAP à Brossaud-Blancho et mon plus jeune frère va au collège Norange.
Mes parents ne travaillent pas.
Ma mère fait du bénévolat au Secours populaire, poursuit la jeune fille. Valises et sacs sont prêts. L’appartement est rangé. Une représentante de Solidarité Estuaire est présente pour récupérer les clés.
Devant l’immeuble à la Trébale, gardé par deux motards de la police, des militants associatifs manifestent leur colère. Ils invectivent les policiers : « Honte à vous ! »
Une voisine : « Ça fait mal au cœur »
9 h 37, la police arrive sous les huées d’une vingtaine de militants et quelques profs du collège Norange. Honte à vous ! scandent-ils. Ce ne sont pas des délinquants. Ils ne font rien de mal.
Impassibles, deux motards montent la garde devant le hall d’entrée. Quelques minutes plus tard, la famille géorgienne quitte l’immeuble dans le calme. Sans trop savoir vers qui se tourner. En espérant que le 115 leur répondra, peut-être pour quelques nuits à l’hôtel.
Nous n’avons pas de solution de logement pour ce soir, indique la fille aînée. Des larmes coulent. Les enfants sont réconfortés par des personnes venues les soutenir. Comme cette voisine au bonnet rose. Ça me fait mal au cœur. Ce sont des gens adorables et polis. Je n’ai pas de mots. À plusieurs reprises, cette femme propose de dépanner la famille géorgienne pour l’accueillir provisoirement. On ne les laissera pas dehors. Comme c’est difficile de loger cinq personnes, elles vont être séparées et ballottées, un jour là, un autre jour ailleurs.
Libérer des places pour d’autres demandeurs d’asile
Le collectif Urgence sociale dresse un état des lieux alarmant, selon ses termes, avec une multiplication des expulsions depuis fin août. Il dit recenser 17 familles, soit 31 adultes et 45 enfants sans accès à l’hébergement d’urgence à Saint-Nazaire.
Urgence sociale réclame la mise à disposition de logements vacants. Le député LFI Matthias Tavel défend, lui, des régularisations.
La préfecture explique toujours ces expulsions des déboutés par la nécessité de libérer des places au bénéfice de nouvelles personnes qui sollicitent le statut de réfugié. Sachant qu’un juge administratif peut suspendre une expulsion s’il constate une vulnérabilité des occupants. Le préfet précise qu’en Loire-Atlantique, l’État finance plus de 2 310 places pour demandeurs d’asile », que le coût pour la collectivité nationale est de 30 000 € par an et par logement, pour une famille composée de deux adultes et de deux enfants, soit environ 82 € par jour et par famille.
Article de Christophe Jaunet
© Ouest-France