En quelques heures, la pétition demandant la suppression de la chaîne de l’empire Bolloré de la TNT a vu le nombre de signataires exploser.
En ligne depuis cinq mois mais une accélération soudaine en quelques heures. La pétition « Supprimer CNews de l’audiovisuel français » déposée le 10 juin sur le site de l’Assemblée nationale a dépassé ce vendredi 30 octobre le palier des 200 000 signatures. Ce faisant, elle est même entrée dans le top 5 des pétitions les plus signées depuis les élections de juillet 2024.
Le nombre des signataires a connu une hausse soudaine ces dernières heures puisqu’il est à environ 45 000 mercredi. Après avoir franchi le cap des 100 000 ce jeudi, il a plus que doublé en moins de 24 heures dans un contexte où la chaîne du groupe Bolloré est accusée de fake news dans sa couverture de la mobilisation sociale ou de nourrir le racisme.
« Les médias du groupe Bolloré, au premier rang desquels la chaîne CNews, jouent un rôle majeur dans la saturation du débat public par des thèmes et des termes empreints d’un racisme sans complexe, exprimé sans aucune retenue à longueur d’antenne », écrivent par exemple les députés Benjamin Lucas et Léa Balage El Mariky en réclamant, mercredi, le retrait des accréditations des médias du groupe Bolloré, et notamment CNews, à l’Assemblée nationale. Ce jeudi, ce sont les représentants des organisations étudiantes qui refusaient de commencer leur point presse après leur rencontre avec Laurent Nunez tant que l’équipe de CNews se tenait devant eux.
La pétition fait le lien avec le Trumpisme
Le texte qui accompagne la pétition, écrite il y a donc plusieurs mois, met en avant que la chaîne du canal 14 de la TNT « n’est pas une chaîne d’information » mais « une machine de propagande ». Après avoir rappelé que CNews « cumule 27 rappels à l’ordre et 630 000 euros d’amendes. C’est le record absolu de l’audiovisuel français », l’auteur de la pétition s’astreint alors à donner une multitude d’exemples de propos tenus sur le plateau de la chaîne d’information par des invités ou des salariés de l’entreprise. Sont notamment cités les mots de Richard Millet à l’encontre de la chanteuse Aya Nakamura, d’autres propos racistes sur Bally Bagayoko le maire de Saint-Denis, ou encore les débats qui s’y sont tenus sur les origines de Rima Hassan.
La pétition évoque « l’inaction » du gendarme de l’audiovisuel et les amendes qui, pour Vincent Bolloré, représentent « une pièce tombée du canapé. Chaque sanction est un ticket d’entrée qu’il paye volontiers pour continuer à déverser son poison. » Elle met aussi l’accent sur l’urgence de la situation pour éviter que ne se déroule en France un scénario comparable à celui qui s’est déroulé lors de la dernière élection présidentielle américaine. « Vingt ans de Fox News ont préparé Trump, l’assaut du Capitole, la fin du droit à l’avortement, la sortie des accords climat » écrit notamment l’auteur du texte qui rappelle que la chaîne a bénéficié du renouvellement de sa fréquence en 2024 pour une durée de 10 ans.
Les demandes formulées en fin de pétition sont « simples » : « le retrait immédiat de la convention TNT de CNews, et la fermeture de la chaîne ».
Quelle suite pour la pétition « supprimer CNews » ?
Mais les chances de cette pétition sont faibles. Depuis 2020, le site internet de l’Assemblée nationale a ouvert sa plateforme en ligne permettant à tous les citoyens d’y déposer une pétition, quel que soit son sujet. Comme le précise le site, les seules contraintes sont que la pétition soit rédigée en langue française. Les signataires, eux, doivent être de nationalité française ou résider dans le pays. Toute pétition soumise est « systématiquement renvoyée à une commission permanente qui nommera un rapporteur pour décider de l’examiner et d’en débattre ».
Dès lors qu’une pétition a dépassé les 100 000 signataires elle est mise en ligne sur le site de l’Assemblée nationale, ce qui est donc le cas de celle demandant la suppression de CNews. La prochaine étape pour celle-ci sera d’atteindre le cap des 500 000 signataires. Ce n’est qu’à partir de ce seuil qu’elle peut éventuellement « faire l’objet d’un débat en séance publique » si la commission saisie sur le fond le décide.
Si la probabilité de voir la pétition contre CNews atteindre ce stade est possible (au vu de l’augmentation rapide du nombre de ses signataires), la probabilité de la voir aboutir est moindre. Même la pétition contre la loi Duplomb et ses plus de 2 millions de signataires contre la réautorisation de l’acétamipride n’a pas empêché le texte décrié d’être voté.
plus :