DINGOVILLE : Expression libre

  • Soulèvement d’un jour, soulèvement toujours

    Ce qui n’a jamais cessé de se construire sous mes yeux, et aussi d’être détruit :

    Ce lien qui nous fait humains, lentement détricoté au nom d’intelligences tellement artificielles qu’elles ne peuvent que faire de nos vies un pénible exercice ;

    Cette injonction à produire dans tous les domaines, des marchandises, faisant de nos individualités les complices de la mise à mort de notre humanité ;

    Toujours au nom du profit, les morts au travail, les noyés en Méditerranée, les ensevelis sous le décombres à Gaza comme ailleurs dont il convient de ne rien dire ;

    Encore au nom des inégalités amplifiées, les mains arrachées, les yeux énucléés, les corps passés sous silence, matraqués et mutilés sans un mot de compassion par forces de l’ordre devenues celles du désordre.

    Un ignoble élu qui se tait devant la souffrance de ses électeurs d’hier qui croyaient faire barrage à la bête immonde, qui interdit de manifester, violente toute parole contraire, donne les ordres du chaos ;

    Un ignoble et ses affidés, désormais dépourvus du masque avenant de leurs campagnes électorales mensongères, oublieux des promesses faites et jamais tenues car pour que survive leur monde, il leur faut ces mensonges et cette hypocrisie.

    Voici ce contre quoi il fallait se battre :

    La parole raciste et xénophobe décomplexée circulant sur les ondes médiatiques aux mains des oligarques ;

    La banalisation du mal à chaque heure d’antenne et longueur de colonnes, nous donnant nausée devant le triste spectacle des échines courbées ;

    Au nom commode des actes terroristes, la suspicion généralisée, le doute et la méfiance orchestrée, autorisant toutes les dérives islamophobes, judéophobes, homophobes jusqu’aux crimes ouvertement commis par mains sanglantes sous influence de mufles hideux ignorants de l’histoire.

    Il fallait se battre et c’est enfin soulagement de constater le soulèvement des consciences.

    C’est soulagement et inquiétude tant l’ampleur des destructions est immense.

    C’est soulagement et inquiétude pour nos enfants que nous n’avons pas su protéger des dérives totalitaires pourtant prévisibles.

    C’est soulagement et inquiétude devant l’immensité de la tâche citoyenne ouverte, si nous savions aller jusqu’au bout et dénoncer, non seulement les hommes de mains au service du capital, mais ce capital lui-même qui depuis des siècles ne cesse de commettre crimes et génocides au nom d’une liberté sans cesse bafouée.

    Car il n’est de liberté, sous son joug, que conditionnée au degré de fortune.

    Car il ne sera de liberté qu’au jour heureux où le masque du système aura pu être arraché.

    Il ne sera de liberté qu’au jour où la lucidité éclairera notre monde torturé : il n’est rien qui ne soit définitivement acquis, si les peuples aux-mêmes oublient leur vigilance.

    Regardons en face l’étonnant parcours de ce pays qui se prétend des droits de l’homme et où ceux-ci sont sans cesse maltraités.

    Quels droits avons-nous encore lorsque la maréchaussée bottée et casqué reçoit l’ordre de tirer dans le tas ?

    Quels droits avons-nous encore si nos cris sont muselés et étouffés au nom d’une idéologie qui ne croit qu’en l’argent, nouvelle divinité ayant ses temples du commerce et ses grands prêtres cramponnés au pouvoir ?

    Quels droits sont les nôtres une fois réduits à l’indigne misère, sur les trottoirs, devant vitrines opulentes mais inaccessibles ?

    De quels droits pouvons-nous nous prévaloir, lorsqu’il ne nous est plus donné qu’indigents revenus à peine susceptible de nous maintenir en vie ?

  • Regardons en face ce que nous avons subi, sous cette vague immonde du néolibéralisme liberticide dont l’acte de naissance est déposé dans le sang répandu dans un stade, à Santiago du Chili. Regardons en face cette gangrène qui ronge notre humanité dans le cri silencieux des enfants de Gaza.

    Regardons en face et poussons notre colère jusqu’au bout de notre devoir : en finir avec la soumission à un système criminel par essence.

    Xavier Lainé

    24 octobre 2026