une plateforme revendicative conséquente…

CONTRE-TEMPS : 5 novembre 2026

Qui osera poser la question du pouvoir ?


La mobilisation actuelle en France est exceptionnelle. Dans le contexte de la crise multiforme du capitalisme, de la montée du militarisme et de l’autoritarisme d’État, mais aussi de la croissance de l’extrême droite, elle peut créer les conditions d’une rupture et d’une alternative. Pour Antoine Larrache et Elsa Collonges, l’enjeu est désormais de construire une plateforme revendicative commune, d’élargir la mobilisation par la grève et de poser ouvertement la question du pouvoir. À l’approche de la présidentielle de 2027, l’issue de cet affrontement sera décisive.
Le 17 octobre a consacré la rencontre entre des franges variées de la société : jeunesse scolarisée, quartiers populaires, Gilets jaunes, syndicalistes, soit la convergence de tous les secteurs conscients de l’importance de se mobiliser pour défendre leurs intérêts de classe. C’est ce qui rend ce mouvement inédit depuis plusieurs décennies, alors que chaque grande lutte avait mobilisé séparément ces différentes composantes. Cette unité est fondamentalement liée au fait que la crise du système provoque une telle dégradation des conditions de vie des classes populaires, que l’étincelle lycéenne a suffi pour que les colères s’expriment ensemble.

Alors que les mobilisations du samedi rassemblent des centaines de milliers de personnes – c’était le cas le 24 et le 31 octobre –, la grève du 5 novembre s’annonce comme exceptionnelle. Dans tous les secteurs, on cherchera à exprimer la colère, le rejet de Macron et son monde, en même temps que la défense de revendications et la solidarité avec la jeunesse en lutte.

Les lycéen·nes ne sont pas dupes quant aux mesurettes avancées par le gouvernement sur la soi-disant « refonte de Parcoursup » (en 2028, comme si le gouvernement pouvait s’engager sur ce qui se passera après la présidentielle !), le milliard d’euros et les prêts pour rénover les établissements. La création de 15 000 places dans le supérieur (« 10 000 en BTS, 4 000 en IUT et 1 000 places universitaires dans les filières de la santé ») est une provocation.

Ce qui est dans les têtes, c’est bien la possibilité de supprimer Parcoursup – et l’angoisse qu’il suscite –, d’obtenir au moins 10 milliards d’investissements (et surtout pas des prêts qui mettraient en difficulté les régions), et d’avoir des réponses face aux violences policières, au racisme ambiant et, plus globalement, à l’avenir de la jeunesse. La mobilisation ne s’arrêtera pas à la rentrée. Même s’il lui faudra un temps pour se reconstruire et faire comprendre la nature des promesses du ministre de l’Éducation, elle gardera globalement sa dynamique, en particulier grâce au renforcement du mouvement qui arrive avec la grève du 5 novembre.

La mobilisation se poursuivra donc et le premier vote sur le budget, celui du volet « recettes », le 3 novembre, fera entrer en résonance la lutte dans la rue et la bataille parlementaire. Ceci peut représenter un outil pour donner une cohérence revendicative et politique au mouvement.

La réponse répressive de Macron, Lecornu et Nuñez

Le gouvernement répond à un tel niveau car il a analysé le potentiel de déstabilisation gigantesque de cette mobilisation, en raison de l’illégitimité du gouvernement et de la crise sociale profonde du pays. Le pouvoir ne veut pas céder aux revendications des jeunes sur le budget et Parcoursup, du fait de l’étroitesse de ses marges de manœuvres économiques et politiques, dans le contexte de la baisse de la rentabilité du capital français et de la nécessité de briser les services publics pour mettre le capital sous perfusion d’argent public[1].

Il craint de devoir renoncer au plan d’austérité prévu pour le budget, il craint une nouvelle dégradation de la note de la France par les agences de notation et, plus que tout, il craint une contagion politique qui mettrait un coup d’arrêt à la politique globale du gouvernement, celle qui correspond actuellement le mieux aux objectifs fixés par la bourgeoisie. Une orientation austéritaire radicale, pro-Union européenne, guerrière, qui est déjà en grande difficulté pour dans la campagne présidentielle.

La répression est la réponse qui paraît la mieux adaptée à cette situation car elle vise à empêcher la satisfaction des revendications, à tenter de cantonner la révolte sociale sans faire appel, à ce stade, au Rassemblement national.

La répression policière a ainsi atteint un niveau sans précédent depuis des décennies : des blessures graves, les lock-outs des établissements d’éducation, les gazages, les matraquages, les interdictions de manifester et refus de parcours, les interdictions de se rassembler, des dizaines d’interdictions individuelles de se déplacer (MIcas, les Mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, mesures liées… à la politique antiterroriste), des infiltrations des manifestations par la police, des milliers d’arrestations, des campagnes médiatiques pour attaquer La France insoumise, le NPA-L’Anticapitaliste et d’autres organisations. Des menaces d’interdiction de ces organisations ont même été brandies.

Le Rassemblement national ou une recomposition extrême droite/droite-extrême reste un recours en cas d’échec de cette politique. L’extrême droite est déjà très présente dans la police, où elle représente plus des trois quarts des votant·es.