Cette lutte est indécente- Je suis infirmière dans le service public depuis 15 années.

-Cette lutte est indécente-

Je suis infirmière dans le service public depuis 15 années.
Je touche à temps plein 2100 euros avec 2 WE travaillés et toutes les heures supplémentaires non payées mais aussi les demandes incessantes de revenir sur les repos, la négociation pour avoir des congés annuels et la culpabilisation qui va avec pour nous faire céder.

Je ne savais pas en choisissant ce métier, qu’il serait si lourd de conséquences sur ma vie.

La plupart du temps, je ne mange pas le midi ou le soir sur mes journées de travail faute de temps. Parceque un soin ce n’est pas une option pour le patient, c’est de sa vie dont il est question.

Parfois, je réfléchis à deux fois pour aller pisser car j’ai mis Me Michu sur un bassin et elle va bientôt sonner pour le lui retirer, parce que j’attends des entrées des urgences qui attendent eux mêmes que je prennes ces entrées pour qu’ils puissent avancer un peu, désengorger les urgences qui ne sont plus du tout adaptées pour le nombre d’entrées qu’elles reçoivent par jour.

Je ne vais pas pisser, parceque je ne peux pas laisser mes collègues aide-soignantes se démerder avec les toilettes lourdes qui leur cassent le dos et qui les épuisent parcequ’elles n’ont que un lève malade pour tout le service, (quand il fonctionne) et parcequ’elles ne sont plus assez nombreuses.

Et encore elles sont sympas, elles ne me reprochent pas de ne pas les aider quand je croule sous les pansements, les transfusions, les changements de traitements à réajuster avec les médecins qui me courent après pour que je réponde à leurs demandes car eux aussi, croulent sous le flot de patients.

Je me retiens car il faut aussi que je soulage la douleur de Mr Roger, qui est en soins palliatifs et qu’on ne peut décemment pas laisser mourir dans la souffrance. Je n’aurais pas le temps de rester ni pour lui, ni pour sa famille, alors je partirais en me culpabilisant et je ne serais pas contente de moi.

Je suis dans un service de médecine avec une population vieillissante. Il faut aider à faire manger les gens lors des repas, mes collègues aide-soignantes courent pour réussir à faire manger tout le monde, évidemment bien souvent c’est impossible.

On en parle des isolements ? Les isolements des patients ne sont pas arrivés avec le covid, non à l’hôpital c’est notre quotidien. C’est notre quotidien d’aller négocier du matériel dans les autres services pour qu’ils nous dépannent, en comptant si ils pourront eux même fonctionner. La pénurie elle est QUOTIDIENNE.

Les lits à négocier par les médecins aussi, par manque de lits d’aval. Les lits de réanimation qu’on priorise aussi. Ce n’est pas une situation exceptionnelle comme on essaie de vous le faire croire.

Entre les urgences et la médecine, les conflits ont fini par exploser. Les urgences qui croulent sous leur flot incessant de patients nous demandent de libérer des lits qu’on ne parvient pas à libérer. Les soins sont lourds et nous ne sommes pas assez. Alors tout est fait rapidement, on hiérarchise les soins, on a plus le choix.

Tout ces paramètres augmentent la durée moyenne de séjour des patients.

On court toute la journée pour tenter de faire « un soin de plus », encore et encore, aller je reste une heure de plus. Autant vous dire que votre vie privée, vous espérez qu’elle se fasse sans vous et sans problème car vous ne pourrez pas répondre au téléphone ou régler le problème.

Le premier jours de repos après cette lutte permanente, on n’est capable de rien. Moi j’en ai mal dans les articulations alors que je n’ai pas 40 ans, j’ai des courbatures.

Pourquoi je dis que cette lutte est indécente ?

Parce que le gouvernement a réussi à vous faire penser que cette situation que nous vivons en ce moment est exceptionnelle.
NON, ELLE A LIEU TOUS LES ANS A LA MÊME PÉRIODE ET S’EST LENTEMENT CHRONICISÉE.

Le démantèlement de l’hôpital par le gouvernement nous a rendu inapte à répondre décemment à la demande de soins de la population en temps normal alors imaginez bien que pdt une épidémie, c’est pire.

Regardez les courbes de mortalité. DES MORTS IL Y EN A TOUS LES ANS à la même période. Habituellement, vous n’êtes pas informés du nombre de morts.

C’est pour cela que mes collègues et moi avons fait grève, avons rencontré le directeur pour nous donner quelques moyens supplémentaires en fin d’année dernière.

Aujourd’hui, le pays se rend compte de notre détresse.

Mais ce que je veux vous dire c’est qu’elle n’est pas épisodique, ne vous laissez pas tromper. Cette situation de crise que nous vivons avec ce coronavirus est CHRONIQUE.

Cette prétendue guerre du gouvernement est indécente car elle fait penser que après (après quoi ? après ce coronavirus ? ) tout rentrera ds l’ordre. Mais non, nous ne pourrons toujours pas et cela même en l’absence de ce coronavirus, accueillir et soigner la population comme il se doit.

Et nous, soignants, nous ne demandons qu’une chose : avoir les moyens de vous soigner, tous, sans distinction, sans trier, sans hiérarchiser les soins mais aussi sans rester une heure de plus tous les jours et en comblant nos besoins primaires comme manger, boire, pisser…

Bien à vous.

Christine, infirmière.

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