Aux États-Unis, un procès d’ampleur menace Greenpeace de faillite

Atlanta (États-Unis), correspondance

Greenpeace a survécu à de nombreux procès, mais celui-ci menace de mettre fin à ses activités aux États-Unis. L’organisation de protection de l’environnement est poursuivie [1] par Energy Transfer dans un procès qui s’ouvre le 24 février et pour cinq semaines à Mandan, dans le Dakota du Nord. L’entreprise d’énergies fossiles l’accuse de diffamation et d’avoir orchestré en 2016 et 2017 des actions qu’elle juge illégales, lors des manifestations contre la construction du Dakota Access Pipeline. Greenpeace risque au moins 300 millions de dollars (287 millions d’euros) de dommages et intérêts. Il s’agit, selon l’ONG, de la « plus grande menace à laquelle [son] organisation ait jamais fait face ».

Entre 2016 et 2017, des dizaines de milliers de manifestants s’étaient réunis dans le Dakota du Nord pour s’opposer à l’oléoduc. Sur plus de 1 800 km, le pipeline, opérationnel depuis 2017, transporte du pétrole brut du Dakota du Nord jusqu’à l’Illinois. Plus de 300 tribus des Premières Nations étaient venues soutenir les Sioux de Standing Rock, la sixième plus grande réserve des États-Unis, où passe le pipeline. Ces derniers craignaient que le projet contamine leurs réserves d’eau et voyaient l’infrastructure énergétique comme une atteinte à leur souveraineté.

Durant les nombreuses manifestations, les forces de sécurité publiques et privées ont arrêté au moins 150 personnes, jeté des bombes lacrymogènes et lâché des chiens sur les opposants. Des centaines de manifestants ont été blessés.

Energy Transfer, responsable de la construction et de son fonctionnement, avait déjà porté plainte contre Greenpeace en 2017 pour crime organisé, mais un juge fédéral avait estimé que les faits n’étaient pas établis. En 2019, le groupe énergétique s’est tourné vers un tribunal qui dépend de la législation du Dakota du Nord, un État pro-énergies fossiles.

Des tribus des Premières Nations manifestant contre l’oléoduc dans le Dakota du Nord, le 4 septembre 2016. © Robyn Beck / AFP

L’entreprise accuse Greenpeace d’avoir organisé les manifestations, dont certaines jugées violentes, et le sabotage de parties de l’oléoduc, retardant ainsi le chantier. L’ONG dément, et affirme sur son site internet avoir mis en place certains ateliers de formation « non violentes », mais « en aucun cas [avoir] dirigé le mouvement d’opposition de Standing Rock ». Elle nie aussi les accusations de diffamation, précisant ne pas être à l’origine des propos sur les risques du projet de pipeline.Elle l’assure : une défaite au procès « entraînerait la faillite de Greenpeace aux États-Unis ». L’ONG précise avoir déjà dépensé plusieurs millions de dollars dans sa défense.

« Le temps de l’impunité est fini »

Le procès, qui soulève la question du droit de manifester, est qualifié par Greenpeace de « procédure-bâillon », avec l’objectif de les intimider. Aux États-Unis, cette pratique est interdite dans 35 États, mais pas dans le Dakota du Nord, selon Reporters Committee for Freedom of the Press.

« Ce procès pourrait créer un précédent dangereux, où n’importe quel manifestant pourrait être tenu pour responsable des actions d’autres personnes lors d’une manifestation, y compris d’inconnus. Cela menace notre droit d’être solidaires les uns envers les autres », dit Kristin Casper, conseillère juridique générale pour Greenpeace International.

Afin de dénoncer cette « procédure-bâillon », Greenpeace International a poursuivi Energy Transfer le 11 février auprès d’une cour néerlandaise, où se trouvent ses locaux. Cette action juridique s’appuie sur une directive européenne de 2024 qui interdit les procédures-bâillons (les pays de l’Union européenne ont jusqu’à 2026 pour l’inscrire dans leur loi). Greenpeace International espère ainsi envoyer « un message puissant aux entreprises tyranniques pour leur dire que le temps de l’impunité est fini », dit Kristin Casper. Le groupe Energy Transfer, lui, se défend de toute atteinte à la liberté d’expression.

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