Lundimatin #464 | 24 février

 

#464 | 24 février
Le droit est-il toujours « bourgeois » ?
Un lundisoir avec les juristes anarchistes

Peut-on être juristes et anarchistes ou faut-il partir du principe que le droit est toujours « bourgeois » ? Qu’il est quoi qu’il arrive la cristalisation et l’expression des rapports sociaux dominants ? C’est quoi d’ailleurs « le droit » ? Des lois, des normes, des décrets, des titres, des constitutions, des règlements, des contrats… Quand on y pense, c’est un peu tout et n’importe quoi mais c’est ce qui trame plus ou moins visiblement nos existences communes et personnelles, c’est ce qui fait tenir cette fiction bien réelle : « la société ». Les juristes anarchistes que nous recevons cette semaine font le pari de penser le droit par-delà et en-deçà de l’État, pour cela ils ouvrent simultanément deux questions d’apparence paradoxales : comment trouver dans le droit des ressources pour se défendre contre l’ordre des choses ? Comment préfigurer depuis le droit ce que pourrait être une organisation sociale anarchique, consentie, libre ? Leur premier livre qui vient de paraître s’intitule d’ailleurs Vers de nouvelles utopies concrètes.

Du Drill State au patriotisme décolonial
Il nous faut grandir
Chronique de comptoir (2)

Si notre première chronique de comptoir s’attelait à voir en Dominique De Villepin un Donald Trump version camembert, celle de cette semaine explore les nouvelles hybridations politiques qui animent les réseaux et forcément, notre comptoir. On y évoque la mutation de l’« État profond » à l’État foré de l’intérieur », le délabrement des rêves de la gauche et les nouvelles fantaisies d’un patriotisme-internationaliste-étatiste-communiste-décolonial pour le frexit. S’assoir au comptoir pour prendre un peu de hauteur.

QLF : Heterotopie étudiante contre le quotidien
« Sociabilisation, piraterie et malice »

Ce mardi 18 février les QLF ont proposé leur première Hétérotopie sous le nom de QLF City : feux d’artifices, larmes de la présidente de Paris 8 Annick Allaigre et un Elon Musk en feu. L’hétérotopie du 18/02 a révélé le cruel besoin de faire exploser son ennui, de composer un « NOUS » et de s’affranchir du quotidien. Cette journée s’est faite en dehors de tout entre-soi, avec tout type de personne. Aucun purisme, pas de case à cocher.

Cette journée n’est pas une finalité. La stratégie hétérotopique est prise dans une dynamique plus longue, capable à la fois de conjuguer des lieux de rencontre, un mode politique, et une capacité à attaquer en dehors de la fac. L’objectif n’est pas de fixer l’étudiant à son université, mais de proposer une mobilité, une créativité et une offensivité. [1]

Là-Bas
Poème pour Gaza
Alain Parrau
Traits tirés, le tact des tracts et bouts de ficelles
(à propos des Video Tracts For Palestine)

Aux descendant-e-s qui ne verront pas le jour,
les inengendré-e-s

Appel à dons
Deux affiches exclusives pour fêter les 10 ans de lundimatin

Vous êtes probablement déjà au courant, nous sommes en pleine campagne de dons pour fêter nos dix ans et surtout, renflouer nos caisses vides. Comme pour chaque campagne de soutien et dans la grande tradition du potlatch, nous avons prévu quelques contreparties pour les 300 premiers dons. En l’occurrence deux magnifiques affiches grand format réalisées par Fabrice Pellé et sobrement intitulées : détruire rajeunit.

Samir, graine de résistance et de rébellion
Flor de la palabra

Partout sur la planète, et à chaque seconde, la Modernité patriarcale et coloniale, les industries capitalistes et les États-Nations menacent, mutilent et assassinent nos corps et nos territoires.
C’est un état de fait, partagé par les parties et le tout. Du Mexique à la France, en passant par le Congo, la Palestine et tant d’autres géographies.

« Justice pour Samir Flores Soberanes ! 6 ans d’impunité ! »
Terci@s Compas Zapatistas

­En février 2025, répondant à l’appel de l’Armée zapatiste de libération nationale (EZLN), du Congrès National Indigène (CNI) et du Front des Peuples en défense de la terre et de l’eau des États de Morelos, Puebla, Tlaxcala (FPDTA-MPT) à la « Journée Mondiale : Justice pour Samir Flores Soberanes ! 6 ans d’impunité » [2], nous, signataires de la Déclaration pour la Vie [3], relayons les différentes actions organisées par les zapatistes dans les 12 Caracoles du territoire autonome, au Chiapas, Mexique.

Nous vous partageons donc une sélection de photos prises par le groupe de communication de l’organisation zapatiste, les « Terci@s Compas Zapatistas ».

Petite métaphysique pour une cabane
« La cabane du dedans dessine le plan d’une évasion. »

Quatre-vingt-dix-neuf notules pour détruire le monde et construire sur ses ruines une cabane, à partir d’un livre noir, nommé La Vie sociale, écrit par Jérôme Orsoni, et publié par les éditions Bakélite en l’an 2025.

Antitsiganisme et obsession excrémentielle
Jean-Pierre Cavaillé

« Nomades. On les chasse, on les arrête, on les parque, on les assigne à résidence, on invente mille stratagèmes policiers et juridiques pour les « sédentariser », les « éduquer », les « responsabiliser », leur inculquer la propreté du corps et des mœurs, et ils trouvent toujours assez de force d’âme pour résister au mépris et aux vexations, assez d’énergie pour s’échapper quand on veut les retenir et pour revenir quand on veut les éloigner, assez d’industrie pour vivre aux dépends des peuples qui les persécutent, assez d’insouciance pour rejeter l’acculturation citoyenne et conchier les espaces verts de la société des loisirs. Leur résistance, leur obstination, leur dignité dans l’indignité nous servent de modèles dans l’adversité. »

Harpocrate, Paroles clandestines, Saint-Georges d’Oléron, éditions Libertaires, 2008

Donald Musk ou la fin du spectacle ?
1. Ce vieil ivrogne de Debord le reconnaîtrait sans doute lui-même. Le mensonge, la dissimulation, les intrigues, les manigances, l’hypocrisie dont nos régimes démocratiques se croyaient obligés de se parer depuis les renversements de monarchies absolues (puis, au XXe siècle après la compromission du grand capital européen avec le nazisme) sont obsolètes. L’injustice, la bêtise, le primat de la force, la domination s’expriment désormais au plein jour dans toute leur obscénité. Et c’est grâce (…)

1. Ce vieil ivrogne de Debord le reconnaîtrait sans doute lui-même. Le mensonge, la dissimulation, les intrigues, les manigances, l’hypocrisie dont nos régimes démocratiques se croyaient obligés de se parer depuis les renversements de monarchies absolues (puis, au XXe siècle après la compromission du grand capital européen avec le nazisme) sont obsolètes. L’injustice, la bêtise, le primat de la force, la domination s’expriment désormais au plein jour dans toute leur obscénité. Et c’est grâce à Donald Musk…

Je te salue paris
Leïla Chaix

Leïla Chaix, dont nous avons publié le premier recueil Ok Chaos, s’apprête à sortir Haïr le monde aux excellentes éditions du Sabot. Comme un avant-goût, elle nous a transmis ce petit ciné-tract.

Les fils qui se touchent
Un film de Nicolas Burlaud

Lundimatin a régulièrement relayé les productions du collectif de vidéastes marseillais Primitivi, notamment l’excellent La bataille de la Plaine. Avec Les fils qui se touchent, leurs images quittent nos petits écrans pour rejoindre les grands écrans des cinémas. À 50 ans, Nicolas Burlaud, l’un des animateurs du collectif a été frappé d’une violente épilepsie, conséquence d’un dysfonctionnement de son hippocampe, l’organe qui façonne les souvenirs. Les fils qui se touchent c’est une exploration croisée entre la découverte intime d’une mémoire qui se met à bugger et la reconstitution d’une histoire collective des luttes documentées depuis 25 ans.

Scène de tourisme ordinaire
Valentine Fell

Toutes les tables sont dressées dans la salle du restaurant de l’hôtel qui surplombe la ville de Mirleft. Il n’y a pourtant que 6 clients : quatre amis à peine arrivés et un couple d’habitués qui n’en sont pas à leur premier dîner. Entre deux banquettes, sur une petite table en céramique, est posée une lampe. Son pied est un minaret miniature en terre cuite en haut duquel est fixé un abat-jour en toile de lin claire. Une sorte de bobo-blasphème, me dis-je en m’asseyant auprès de mes trois compères. Le lieu est un ancien fort militaire qui a été totalement réaménagé par un Français installé depuis une vingtaine d’années au Maroc. À l’écart du tumulte de la ville, seuls les oiseaux y tourmentent les oreilles.

Un homme-orchestre dans le tourbillon beat
Contes de la gloire beatnik d’Ed Sanders

Il arrive qu’une petite troupe d’agités percute son époque avec tant de force que l’incendie engendré par le choc n’en finit pas de rougeoyer des décennies plus tard. C’est assurément le cas d’une bande de fous furieux fréquentant le New York du début des années 1960 et son épicentre contre-culturel : le Lower East Side. C’est leur histoire qu’Ed Sanders, le dernier héraut de la beat generation, raconte dans les Contes de la gloire beatnik, ce roman polyphonique qu’il mit trente ans à achever. S’y mêlent les vies de poètes, écrivaines, peintres, musiciennes, réalisateurs, comédiennes et militants qui refusent le confort de la classe moyenne et lui préfèrent la furie d’un monde souterrain où s’inventent d’autres manières de penser, de créer et de vivre. Ce livre est une quête totale, pour une histoire totale. Sur la forme comme sur le fond, on ne lira sans doute jamais de description plus juste de cette période crépitante, quand les taudis crasseux étaient le centre de la création, et Ed Sanders leur humble pourvoyeur d’étincelles. Nous publions ici la préface des Contes de la gloire beatnik d’Ed Sanders qui vient de paraître aux éditions L’oie de Cravan.

Communalisme andin et bon gouvernement
La mémoire utopique de l’Inca Garcilaso
par Alfredo Gomez-Muller

En 1609, paraissent les Commentaires royaux sur le Pérou des Incas, de l’Inca Garcilaso de la Vega, – premier livre publié en Europe d’un américain qui s’identifie comme “indien“ » – qui auront un impact durable et profond dans l’histoire des idées politiques et économique en Europe et en Amérique du Sud, suscitant l’intérêt des réformateurs et des révolutionnaires, devenant une référence majeure au XVIIIe siècle, notamment pour sa description du « bon gouvernement » des Incas, fondé sur « une conception de la justice redistributive et de la justice sociale beaucoup plus avancée que celle qui existait alors dans les sociétés européennes ». Professeur de philosophie et d’études latino-américaines à l’université de Tours, Alfredo Gomez-Muller présente ce texte, son origine et sa réception à travers les époques, le discrédit régulièrement jeté sur lui, preuve du pouvoir déstabilisateur qu’il contient.

Transports égyptiens, décrits par Pierre Gazio
Il y a quelques années, écrasant ainsi les concurrents Baedeker, Hachette ou autre Lonely Planet, écrivain subtil, Pierre Gazio avait commis un excellent guide des stations de métro du Caire, sept stations parmi d’autres et singulièrement auscultées par leur dehors autant que par leur dedans, avec à chaque fois une observation méticuleuse du quartier en question, de son ambiance et de son irrémédiable sociologie.
Naturellement ironique et même ironiste à la ville, Pierre Gazio écrit du (…)

Il y a quelques années, écrasant ainsi les concurrents Baedeker, Hachette ou autre Lonely Planet, écrivain subtil, Pierre Gazio avait commis un excellent guide des stations de métro du Caire, sept stations parmi d’autres et singulièrement auscultées par leur dehors autant que par leur dedans, avec à chaque fois une observation méticuleuse du quartier en question, de son ambiance et de son irrémédiable sociologie.  [4]

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