Agriculteurs à Paris : que fait LFI avec la Coordination rurale ?

Alors que des centaines d’agriculteurs du syndicat proche de l’extrême droite s’invitaient dans la capitale, Aurélie Trouvé, députée de La France insoumise, est venue afficher son soutien. Sans pour autant nier des désaccords, notamment sur l’écologie.

Paris, reportage

C’est un «ras-le-bol» que les agriculteurs et agricultrices sont venus exprimer, à l’appel de la Coordination rurale (CR), au pied des monuments parisiens et devant l’Assemblée nationale, le 8 décembre. Après des heures de périple au volant de leur tracteur, sur les routes et à travers champs, plusieurs centaines de membres de ce syndicat agricole proche de l’extrême droite ont atteint la capitale, en évitant ou en forçant les barrages de la gendarmerie. «On ne veut pas crever en silence», répètent-ils, dans l’espoir d’obtenir «des actes, pas des promesses» du gouvernement face à «l’urgence de la situation » dans leurs fermes. Au milieu de ce rassemblement, Aurélie Trouvé, députée La France insoumise (LFI) de Seine-Saint-Denis : que fait une députée de gauche auprès de membres d’un syndicat aux nombreuses déclarations anti-écologistes?

Lire aussi : Dermatose nodulaire : l’alliance avec la Coordination rurale crée le malaise à la Confédération paysanne

Arrivée sur l’avenue des Champs-Élysées aux alentours de 8 heures, l’élue La France insoumise a enfilé son écharpe tricolore et franchi le barrage de CRS pour venir à la rencontre des agriculteurs. Sur place, elle est accueillie par quelques regards réprobateurs, mais aussi une ouverture à la discussion. «Vous êtes la première élue à venir nous voir sur ce blocage», salue Thomas Hegarty, éleveur de chèvres laitières et bovins viande, et président de la CR en Haute-Vienne. «Ils sont venus de loin, la moindre des choses est de venir les soutenir», explique-t-elle.

La députée, ingénieure agronome de formation, sensible de longue date aux difficultés des agriculteurs, n’en est pas à son premier échange avec des membres de la Coordination rurale. «Cela fait des années qu’on travaille avec eux, notamment lorsqu’on a déposé la proposition de loi pour réclamer des prix planchers pour les produits agricoles », rappelle l’élue.

Du fait des liens idéologiques du syndicat avec l’extrême droite, défendant une vision identitaire des paysans et un positionnement anti-État, la députée dit s’être rendue au rassemblement avec «prudence». Elle a notamment été refroidie par les prises de position de certains représentants du deuxième syndicat agricole français, dont le président déclarait à son investiture : «Les écolos, la décroissance veulent nous crever, nous devons leur faire la peau.»

Pour Aurélie Trouvé, le syndicat reste toutefois «très composite», estimant que «ce serait un trop beau cadeau fait au Rassemblement national que de prétendre que tous les adhérents de la CR en sont des partisans».

La députée Aurélie Trouvé (LFI) avec les agriculteurs de la Coordination rurale, le 8 janvier 2026. © Mathieu Génon / Reporterre

Arrivée devant le palais Bourbon, peu après le passage chahuté de la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, la députée insoumise est rejointe par plusieurs de ses collègues du groupe LFI. On perçoit un certain malaise parmi les élus insoumis, contraints de se tenir à quelques mètres de députés du Rassemblement national, ainsi que de Florian Philippot (Les Patriotes) et de Sarah Knafo (Reconquête), tandis qu’on aperçoit des symboles royalistes dans la foule.

La France insoumise prête-t-elle ainsi le flanc aux accusations d’une alliance avec l’extrême droite? «Non», répond Aurélie Trouvé. La députée souligne que La France insoumise affiche son soutien à certaines revendications, sans pour autant nier des divergences politiques profondes.

Des élus du Rassemblement national, ici le député RN Laurent Jacobelli, sont venus apporter leur soutien. © Mathieu Génon / Reporterre
De nombreux drapeaux royalistes et des croix de Lorraine, symbole du gaullisme, étaient visibles. © Mathieu Génon / Reporterre

L’écologie, le sujet qui fâche

Le groupe des insoumis porte en effet à l’Assemblée nationale certaines revendications partagées par la Coordination rurale. C’est le cas sur la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui a conduit à des alliances de terrain entre la CR et la Confédération paysanne contre des abattages de troupeaux de bovins. «Cela fait des mois que mon groupe parlementaire demande de passer par des abattages ciblés et une vaccination généralisée», indique Aurélie Trouvé.

La députée et les agriculteurs de la CR se retrouvent également sur leur opposition à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, dont la signature doit aboutir ces prochains jours. Là encore, les paroles de l’élue font mouche auprès des agriculteurs : «C’est une catastrophe, soupire-t-elle, on va condamner l’agriculture familiale française en mettant des élevages de 80 ou 120 vaches face une concurrence féroce de produits issus d’unités d’engraissement de plusieurs dizaines de milliers de bêtes élevées avec des hormones de croissance et des antibiotiques préventifs.»

Les désaccords profonds, notamment sur l’écologie, ont vite émergé. © Mathieu Génon / Reporterre

Toutefois, les désaccords ne tardent pas à émerger dans la discussion. Le syndicat réclame très clairement un recul des normes environnementales jugées «excessives» et la suppression d’institutions comme l’Office français de la biodiversité (OFB) qualifiées d’«inutiles»«Des quantités de substances actives [de produits phytosanitaires] nous sont interdites, alors qu’on importe en quantité des produits qui en contiennent», dit Hubert Ellie, président de la Coordination rurale de Charente-Maritime, présent au rassemblement. Le viticulteur interpelle aussi Aurélie Trouvé sur le positionnement de La France insoumise dans la lutte contre les mégabassines, ces réservoirs d’eau qui profite à l’agro-industrie : «Ça me dérange de voir des élus de votre mouvement soutenir les zadistes et les antibassines.»

À ces critiques, Aurélie Trouvé répond qu’il serait préférable de «protéger le marché français», en refusant par exemple l’importation sur le territoire «de noisettes traitées à l’acétamipride»un insecticide dangereux pour les abeilles interdit en France depuis 2020, dont la réintroduction prévue dans la loi Duplomb a finalement été retoquée par le Conseil constitutionnel. Par ailleurs, elle estime que «la transition agroécologique des exploitations doit se faire, mais pour cela, il faut en donner les moyens aux agriculteurs».


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