Extrême droite, racisme, antiféminisme : Brigitte Bardot, un héritage malaisant pour la cause animale

Couverture du PARIS MATCH n°1453 du 1er avril 1977 : Brigitte BARDOT monte au créneau pour arrêter le massacre des bébés phoques convoités pour leur fourrure : l'actirce allongée dans la neige, serrant dans ses bras un bébé phoque sur la banquise de la côte Est du CANADA.

29 décembre 2025 

Proximité avec l’extrême droite, propos racistes et homophobes, soutien à des acteurs condamnés pour agressions sexuelles… Brigitte Bardot, décédée le 28 décembre, laisse un héritage embarrassant au monde de la protection animale.

« Je ne suis pas mécontente de l’existence que j’ai menée. Un jour, quand on évoquera mon nom, j’aimerais que l’on dise : “C’était la fée des animaux” », confiait Brigitte Bardot à Paris Match en 2018. L’ancienne actrice et défenseuse infatigable des animaux, âgée de 91 ans, s’est éteinte le 28 décembre dans sa propriété de La Madrague à Saint-Tropez. Fée, ou sorcière ? Elle laisse en effet un héritage embarrassant au monde de la protection animale, partagé entre la reconnaissance envers une pionnière de la cause et le rejet de ses propos racistes, homophobes et son soutien à des acteurs accusés d’agressions sexuelles et de viols, ainsi que de sa proximité avec l’extrême droite.

Brigitte Bardot naît le 28 septembre 1934 à Paris, dans une famille bourgeoise catholique. Elle débute comme danseuse et mannequin avant de connaître la gloire au cinéma en 1956 avec le film Et Dieu… créa la femme, réalisé par son premier mari, Roger Vadim. Déjà, elle évoque dans la presse son amour des bêtes. « J’aimerais vivre à la campagne, dans une ferme, et élever des animaux sans jamais les tuer. J’en ferais le refuge de toutes les pauvres bêtes de la région », confie-t-elle à Cinémonde dès 1955.

En 1960, elle achète une bergerie du XVIIIe siècle à Bazoches (Yvelines), où elle commence à recueillir et soigner des animaux. En 1962, au faîte de sa gloire cinématographique, elle impose à l’émission « Cinq colonnes à la une » un sujet sur la souffrance animale dans les abattoirs. « Le sujet n’est [alors] pas en vogue », euphémise Le Monde. Dans la foulée, elle rend visite au ministre de l’Intérieur de l’époque Roger Frey, trois pistolets d’abattage indolores dans son sac Louis Vuitton.

Mais ce n’est qu’en 1973 qu’elle tourne définitivement le dos au cinéma pour se consacrer à la défense des animaux. En avril 1977, elle se rend sur la banquise, sur la côte est du Canada, pour dénoncer le massacre des jeunes phoques. Elle y rencontre les écologistes Paul Watson — dont les idées réactionnaires divisent une partie des écologistes —, avec qui elle restera amie toute sa vie, et Allain Bougrain-Dubourg, avec qui elle fut en couple pendant sept ans et dont elle restera très proche jusqu’à la fin.

La Une de Paris Match la montrant étreignant un bébé phoque blanc fait le tour du monde. Par son lobbying et sa renommée, elle arrache l’interdiction de l’importation de produits importés issus de la chasse aux phoques au président de la République Valéry Giscard d’Estaing en 1978, puis à la Communauté économique européenne en 1983.

La Une de Paris Match de 1977 a fait le tour du monde.

En 1986, elle crée la Fondation Brigitte Bardot, qu’elle finance à hauteur de 3 millions de francs grâce à la vente de ses souvenirs de famille et de cinéma. L’organisation possède aujourd’hui quatre refuges où sont recueillis animaux maltraités et abandonnés : La Mare Auzou (Eure), son domaine de Bazoches, que l’ancienne actrice donne à sa fondation en 2006, le refuge de Montpon (Dordogne) et le refuge de la Davière (Eure). Près de 4 000 animaux y sont soignés.

En parallèle, la fondation de Brigitte Bardot mène des actions juridiques et de plaidoyer sur de multiples sujets liés à la souffrance animale : la fourrure, l’hippophagie (pratique alimentaire consistant à consommer de la viande de cheval), la corrida, l’abattage sans étourdissement, la chasse et certaines pratiques d’élevage telles que la coupe des queues des chevaux et des porcs, y compris à travers des actions d’envahissement d’arènes au cours desquelles des militants sont blessés. Elle obtient plusieurs victoires, telles que l’interdiction du commerce international de l’ivoire, la fin de l’utilisation d’animaux vivants pour les crash-tests automobiles et la condamnation des actes zoophiles.

Ses amis saluent la détermination et l’âpreté de Brigitte Bardot. La journaliste et productrice française Reha Hutin, présidente de l’association 30 Millions d’amis, a rencontré l’ancienne actrice en 1976. « Brigitte, c’est notre précurseur à tous. Elle est si passionnée ! Nous allions rencontrer des ministres et des élus ensemble. Il arrivait que ça dure trois heures. Elle était toute droite, dans une posture parfaite jusqu’au bout. Et c’est ça qui m’a impressionnée le plus : cette façon qu’elle avait de tenir tête. » À l’époque, le sexisme était un obstacle supplémentaire pour ces militantes. « Les animaux, c’était un truc de bonnes femmes, se remémore la présidente de 30 Millions d’amis. On nous traitait avec beaucoup de mépris. Je me souviens d’être arrivée à l’Assemblée sous les miaulements et les aboiements de députés. »

Des « propos haineux et indéfendables »

« Au final, elle n’a pas tout perdu, parce que son combat a fini par être reconnu, admire Christophe Marie, directeur adjoint de sa fondation jusqu’en 2024. À travers cette reconnaissance, le côté ridicule du combat a été atténué et a permis à d’autres de s’en emparer. Elle a semé des graines. »

Cet hommage est partagé par des militants qui condamnent fermement par ailleurs ses propos racistes et sa proximité avec l’extrême droite. « On lui doit de grandes avancées, comme la loi sur l’abattage sans étourdissement de 1962, même si ses propos haineux et indéfendables font que nous nous sommes toujours tenus à distance de sa fondation, reconnaît Brigitte Gothière, cofondatrice et porte-parole de L214. Quand on se revendique de l’antispécisme, c’est vraiment prendre en considération tous les individus, c’est-à-dire les animaux des autres espèces mais aussi de sa propre espèce. »

Soutien à l’extrême droite et à des acteurs condamnés pour agressions sexuelles

De fait, Brigitte Bardot a des positions qui la rendent infréquentable pour une grande partie du mouvement écologiste. Elle rencontre Jean-Marie Le Pen, fondateur du Front national (FN), dès les années 1950. Jean-Louis Bouguereau, pilier du parti dans le Var, devient son avocat et celui de sa fondation.

C’est lors d’un dîner organisé par Jany Le Pen et Jean-Louis Bouguereau que l’ancienne actrice rencontre en 1992 Bernard d’Ormale. Le militant et conseiller frontiste dans les Alpes-Maritimes deviendra son dernier mari et partagera la fin de sa vie. À la fin des années 1990, elle soutient publiquement les premiers maires FN de Toulon et Vitrolles. « Moi je voterai Marine Le Pen, je trouve cette femme admirable. […] Elle est la seule qui s’est occupée de dénoncer le scandale de la viande halal », annonce-t-elle en avril 2012. « Je souhaite que Marine Le Pen sauve la France, elle est la Jeanne d’Arc du XXIᵉ siècle ! » recommence-t-elle en 2014.

« Moi je voterai Marine Le Pen,
je trouve cette femme admirable »

En 2021, elle estime que « si Éric Zemmour [journaliste, essayiste et homme politique d’extrême droite, candidat à l’élection présidentielle en 2022] se présente, ce serait une très belle chose pour la France » avant de le désavouer un an plus tard pour « les paroles insoutenables qu’[il a] proférées concernant les animaux ».

Brigitte Bardot a également été condamnée à plusieurs reprises pour injure et incitation à la haine raciale. La première amende remonte à 1997, après qu’elle a attaqué dans un texte une prétendue « surpopulation étrangère, notamment musulmane à laquelle nous faisons allégeance ».

Rebelote en 2000, puis en 2004, suite à la publication de son livre Un Cri dans le silence, dans lequel elle dénonce pêle-mêle « l’infiltration » de la France par les musulmans, l’abattage rituel des moutons lors de fêtes musulmanes, la polygamie, le métissage des races et le versement d’allocations familiales aux étrangers, puis en 2008.

En 2021, ses propos racistes sur les Réunionnais, « une population dégénérée encore imprégnée […] des traditions barbares qui sont leurs souches », lui valent une nouvelle condamnation, de même que sa sortie sur les chasseurs qu’elle qualifie de « sous-hommes d’une abjecte lâcheté » et de « terroristes du monde animal ».

Pourtant portée aux nues comme incarnation de l’émancipation féminine en raison de sa liberté sexuelle et de ses multiples aventures sentimentales, elle se met les féministes et la communauté LGBT+ à dos en critiquant le mouvement #MeToo et en prenant la défense d’acteurs accusés d’agressions sexuelles et de viols tels que Roman Polanski, Nicolas Bedos et Gérard Depardieu. Dans son livre de 2003, elle qualifie également les homosexuels de « lopettes de bas étage, travelos de tous poils, phénomènes de foire ».

L’embarras des antispécistes

Dans son entourage, on minimise. Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), est souvent allé la défendre au tribunal. « Sa plume a dérapé. Elle s’est laissée emporter, c’est vrai, par une certaine image de la France qu’elle souhaitait […]. Je le regrette. Je lui ai dit. J’ai même démissionné de la Fondation pour cette raison. Ça ne m’empêche pas de partager les mêmes valeurs dans ses combats », a-t-il expliqué au micro de l’émission « La Terre au carré ».

Christophe Marie a quitté l’organisation en 1998 pendant un an à cause des prises de position de sa présidente, avant d’y revenir. Il attribue ses propos haineux à son goût pour la provocation et à son impulsivité : « C’est facile de traiter le sujet de manière caricaturale de l’extérieur, surtout qu’elle-même était parfois dans l’outrance, la caricature et la colère. Mais quand on la connaît bien, on sait que c’est beaucoup plus complexe et que ses propos ne s’adressaient pas à une religion en particulier, mais à des actes qui nuisent aux animaux. » Il en tient pour preuve un rendez-vous avec l’ancien recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui s’est « très bien passé, parce qu’il était sensible à la souffrance des animaux lors de l’égorgement et nous a confirmé que rien ne s’opposait à ce que l’animal soit étourdi ».

De fait, sa violence verbale n’a pas visé que les personnes racisées et queers. Bien que décrite comme chaleureuse, protectrice et généreuse par ses amis, Brigitte Bardot frappe par la misanthropie présente dans nombre de ses écrits. « Je ne fais pas partie de l’espèce humaine. […] Aussi longtemps que l’animal sera considéré comme une espèce inférieure, qu’on lui infligera toutes sortes de maux et de souffrances, qu’on le tuera pour nos besoins, nos loisirs et nos plaisirs, je ne ferai pas partie de cette race insolente et sanguinaire », lit-on dans Larmes de combat, publié en 2018. Célèbre très jeune, traquée par les paparazzis jusque sur son lit d’accouchement, ayant tenté plusieurs fois de se suicider, l’ancienne actrice tire de la première partie de sa vie une image fort dégradée de ses semblables. « Les gens sont très égoïstes, ils pensent au fric qu’ils vont gagner. L’humain va crever de ce qu’il a fait subir à la planète…  »écrit-elle ainsi en 2020.

Christophe Marie insiste : en dehors de son amour pour les animaux et de sa détestation des gens qui les maltraitent, Brigitte Bardot « n’avait pas de colonne vertébrale sur l’aspect politique ». En octobre 2010, elle annonce étudier la proposition de l’Alliance écologiste indépendante d’Antoine Waechter et Jean-Marc Governatori, d’être candidate à l’élection présidentielle de 2012. En 2019, elle se présente aux élections européennes sur la liste du Parti animaliste. La militante l’a reconnu elle-même en 2018 : « Toute ma vie, j’ai été très vacillante s’agissant de mes opinions politiques. J’ai soutenu Valéry Giscard d’Estaing, pris parti pour Jospin, affiché mes affinités avec les discours de Jean-Marie Le Pen… J’ai aussi sollicité Jean-Luc Mélenchon. Et si jamais un communiste prenait position pour une cause qui me tient à cœur, comme la lutte contre l’hippophagie, je courrais à sa rencontre pour le remercier… »

Cette absence de politisation est pour Brigitte Gothière un autre problème. « Si Brigitte Bardot a mené des combats importants, notamment contre l’hippophagie ou contre la corrida, elle n’a jamais véritablement attaqué le cœur du problème : la consommation de viande et poisson, qui représente l’écrasante majorité des animaux exploités, rappelle la porte-parole de L214. Pas de plan de sortie de l’élevage intensif, pas de vision abolitionniste. »

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