Pesticides, océans… 5 mensonges du gouvernement sur l’écologie en 2025

Reporterre

29 décembre 2025

Agriculture, protection des mers… L’année 2025 a été marquée par une longue série de reculs écologiques en France. Pour les justifier, les gouvernement successifs n’ont pas hésité à mentir et à s’arranger avec la vérité.

L’année 2025 a été celle de tous les reculs en France sur l’écologie, notamment sous le gouvernement de François Bayrou, mais aussi depuis l’arrivée de Sébastien Lecornu à Matignon en septembre. Comme souvent, dans l’ère macroniste, les mensonges, manipulations sémantiques, arrangements avec la réalité et contre-vérités ont été mobilisés comme techniques de gouvernement. Retour sur cinq séquences problématiques et symptomatiques du camouflage des politiques anti-écologiques menées en 2025.

1 – La loi Duplomb, festival de désinformation

Lors des débats autour du vote de la très anti-écologique loi Duplomb, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, n’a cessé de défendre l’idée d’une réautorisation partielle de l’acétamipride. En suggérant, par exemple, que cet insecticide était inoffensif pour les abeilles. Ce qui, d’une part, est faux, bien qu’il ait une toxicité aiguë plus faible que d’autres néonicotinoïdes, et d’autre part détourne l’attention des dangers de ce produit pour de nombreux autres insectes.

Pour rassurer quant aux effets du pesticide neurotoxique sur la santé humaine, la ministre a aussi martelé des contre-vérités. Comme l’idée que ce produit serait si peu dangereux qu’il serait banalement utilisé dans les colliers des animaux domestiques, ce qui est faux. Bien que la recherche soit encore parcellaire, les études s’accumulent et convergent vers l’existence de risques de l’acétamipride pour la santé humaine, qui alarment de nombreux scientifiques, ainsi que l’expliquait Reporterre en juillet.

Des « incertitudes majeures » ignorées

Annie Genevard a également alimenté la désinformation en assurant que « les scientifiques européens » ne jugeraient pas ce produit dangereux. Une affirmation trompeuse, qui s’appuie sur l’autorisation du néonicotinoïde par l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Efsa).

Or, cette autorisation était assortie de la mention de l’existence « d’incertitudes majeures dans l’éventail des preuves de toxicité neurodéveloppementale [toxicité pour la construction du cerveau] de l’acétamipride ». En outre, l’Efsa n’est pas un organe de recherche, mais une agence réglementaire, elle-même porteuse de biais et failles majeures, qui n’est pas du tout assimilable aux « scientifiques européens »dont beaucoup alertent sur les dangers de l’acétamipride.

Autant de manipulations qui n’ont pas empêché le Conseil constitutionnel de finalement censurer la réintroduction de l’acétamipride. La science, au passage, a encore été affaiblie par ces attaques orwelliennes de la droite qui prétendent la défendre tout en la piétinant.

2 – Violences policières à Sainte-Soline : le déni éhonté

Les violences policières commises lors de la répression d’une manifestation contre le projet de mégabassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), en 2023, avaient déjà été documentées, notamment par Reporterre. Un rapport de la Ligue des droits de l’Homme avait aussi dénoncé les « mensonges » proférés par le gouvernement pour justifier ces violences.

Mais le 5 novembre 2025, des faits ont été révélés de manière encore plus brute et incontestable par Médiapart et Libération : les deux médias ont récupéré et diffusé des vidéos issues des caméras-piétons des gendarmes présents à Sainte-Soline. On y voit la hiérarchie encourageant les tirs tendus illégaux, la jubilation de blesser des manifestants exprimée par des gendarmes, la volonté exprimée de tuer.

Image extraite des caméras-piétons des gendarmes qui exerçaient à Sainte-Soline le 25 mars 2023. Capture d’écran / Mediapart

Après deux années passées à nier la réalité de ces violences, le gouvernement pouvait difficilement continuer à refuser de reconnaître les faits face à la brutalité de ces images. Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a pourtant expliqué qu’il ne fallait pas parler de violences policières. Tout juste a-t-il reconnu qu’il n’était « pas du tout content » des propos exprimés dans ces vidéos.

Le parquet de Rennes a annoncé le 4 décembre l’ouverture d’une information judiciaire sur des « tirs tendus » illégaux de grenades.

3 – Océan : hypocrisie et « mensonge d’État »

Emmanuel Macron promettait de faire de 2025 l’année de la mer et annonçait des décisions fortes pour la conférence des Nations unies sur l’océan, à Nice, en juin. En effet, le gouvernement a annoncé à cette occasion que, d’ici à 2026, 4 % des eaux hexagonales seraient placées sous « protection forte » et interdites au chalut de fond, une technique de pêche destructrice pour l’environnement des fonds marins.

Sauf que… cet effort, indispensable pour préserver un océan en alerte rouge à tous les niveaux, est en réalité largement factice, ainsi que l’ont souligné plusieurs ONG. D’abord parce que cette « protection forte » n’interdit formellement aucune pratique de pêche. Si des interdictions de chalutage de fond ont été annoncées, d’autres activités extractives — autres techniques de pêche ou certaines activités industrielles — pourront donc toujours être autorisées.

« La plus grande escroquerie environnementale d’Emmanuel Macron »

Mais, surtout, ces 4 % de surfaces maritimes présentées comme nouvellement protégées recouvrent en réalité, en grande partie, des zones qui étaient déjà interdites au chalutage de fond, d’après l’analyse menée par l’ONG Bloom. Le ministère de la Transition écologique et les professionnels de la pêche ont eux-mêmes reconnu que les nouvelles zones ne changeraient rien aux interdictions de pêche déjà actées. En clair : cette annonce est du pur affichage, qui ne changera rien dans le monde réel.

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« La plus grande escroquerie environnementale d’Emmanuel Macron » et « un scandale d’État parce qu’il y a eu une volonté délibérée de la part du gouvernement de faire croire à de la vertu environnementale alors qu’il n’en avait pas », s’est indigné Bloom.

Dans un éditorial, la revue scientifique Nature dénonçait déjà en 2023 « l’hypocrisie » des États qui prétendent développer les aires marines protégées (AMP), dont la France, qui s’est opposée à ce que le chalutage de fond soit interdit dans les AMP de l’Union européenne.

4 – Scandale Nestlé : l’Élysée savait depuis des années

En février 2025, Le Monde et Radio France ont révélé l’existence d’e-mails et notes ministériels qui montrent comment le pouvoir exécutif a autorisé Nestlé à continuer de traiter illégalement ses eaux en bouteille « naturelles ». L’État a « privilégié les intérêts de Nestlé » malgré un « risque pour la santé », dénonce Le Monde.

Plusieurs enquêtes médiatiques avaient déjà démontré que de nombreuses sources de la multinationale étaient contaminées par de multiples polluants. Pendant plus de quinze ans, Nestlé a camouflé ces pollutions et a fraudé en traitant illégalement ses eaux.

Or, depuis au moins 2022, des échanges intenses sont documentés entre Nestlé et le gouvernement. Les cabinets d’Élisabeth Borne, alors Première ministre, et d’Emmanuel Macron ont reçu une note leur signalant des risques sanitaires et juridiques. Plusieurs alertes ont été envoyées pendant des années à l’Élysée. En 2024, un échange avec la présidence de la République évoquait, à propos de Perrier, une « forte présence de virus qui ne sont pas éliminés par la filtration ».

Non seulement l’exécutif n’a pas réagi, mais il aurait aidé Nestlé a contourner la réglementation en vigueur. En mai 2025, une commission d’enquête sénatoriale a confirmé ces révélations. Mais Alexis Kohler, secrétaire général de l’Élysée lors de ces évènements, a refusé de répondre à la convocation de la commission.

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Emmanuel Macron, lui, a nié toute « entente » ou « connivence » avec Nestlé et a refusé de s’exprimer davantage sur le sujet. Des liens très étroits existent pourtant entre la multinationale suisse et Emmanuel Macron : lorsqu’il était banquier d’affaires, il a mené une négociation pour Nestlé, qui lui a rapporté plusieurs centaines de milliers d’euros, selon Off Investigation.

5 – Le « foutage de gueule » de la souveraineté alimentaire

Avant même la loi Duplomb, la politique gouvernementale favorable à l’agro-industrie était déjà l’objet de manipulations rhétoriques. La loi d’orientation agricole, adoptée en février, a consacré la notion de « souveraineté alimentaire et agricole » comme « un intérêt fondamental de la nation ». Un énième retournement sémantique qui fait dire à cette expression l’inverse de ce qu’elle signifie réellement.

Historiquement, la notion de souveraineté alimentaire a été développée par le syndicat paysan international et altermondialiste Via Campesina. Elle désigne la vocation des peuples à atteindre l’autonomie alimentaire pour se nourrir en qualité et en quantité suffisante. De manière durable, démocratique et solidaire, sans générer de concurrence déloyale délétère pour les peuples voisins.

« Un terrible dévoiement »

Autrement dit, l’antithèse d’une agriculture mondialisée, productiviste, tournée vers l’export et le libre-échange, que promeut aujourd’hui l’agro-industrie. En favorisant le productivisme, l’usage de pesticides, les mégabassines et la destruction de haies et de la biodiversité, la « souveraineté alimentaire » promue par le gouvernement constitue un « terrible dévoiement » du concept original, expliquait à Reporterre l’agronome Jacques Caplat.

En décembre, la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, lançait une série de « conférences de la souveraineté alimentaire »« Du grand théâtre, du foutage de gueule »résumait la Confédération paysanne : produire plus pour exporter plus, en dépendant toujours plus de l’énergie, des pesticides et du soja étrangers… Soit l’inverse d’une réelle politique de souveraineté alimentaire.

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