« Face au choc capitaliste créé par le traité UE-MERCOSUR qui vient d’être signé par une majorité d’Etat européen et contre lequel la France, si elle ne désobéit pas à l’UE, ne pourra rien, le mouvement agricole est à la croisée des chemins :
Ou bien il suit le mouvement corporatiste et productiviste proposé notamment par la Coordination rurale de Poitou-charentes, qui passe par ne plus respecter aucune norme sanitaire et écologique et lutter contre une population inquiète de voir son eau polluée (à Rennes samedi 10 janvier 3000 personnes manifestaient pour la qualité de l’eau mise à mal par l’agriculture intensive). Un mouvement qui implique d’entasser toujours plus d’animaux dans des élevages immenses, pour espérer rester compétitif face à des fermes usines brésiliennes. Ce mouvement corporatiste est bien incarné par les leaders de la Coordination rurale qui continue de pactiser avec une extrême-droite qui ne propose rien pour l’agriculture française à part “diminuer les normes”, comme le disait Jordan Bardella sur France télévision, abandonnant toute mesure protectionniste dans son programme pour satisfaire le patronat, son nouveau grand ami. Mais aussi qui ne peuvent s’empêcher, face au dispositif déployé lors d’une action devant l’Assemblée Nationale, de réclamer que les policiers soient plutôt envoyés “dans les banlieues”. Comme si ce n’était pas déjà le cas, comme si les policiers n’harcelaient pas et ni tuaient pas déjà la jeunesse des banlieues, qui n’est pour rien dans la répression (nettement plus proportionnée) que subit le mouvement agricole, dont les membres devraient plutôt, comme les gilets jaunes l’ont fait, prendre conscience des points communs qu’ils ont avec elle.
Ou bien il décide d’emprunter la voie de la valorisation du travail agricole, qui passe par la réduction de la taille des exploitations, la construction d’une filière bio française ultra qualitative et non hors de prix, la réduction de la souffrance animale voire la remise en question de la consommation de viande dans le pays comme ailleurs… et s’allie avec toutes les franges de la population qui ne veulent plus non plus de ce modèle. La France pourrait devenir un pays dont l’agriculture vertueuse permet non seulement d’augmenter la prospérité des exploitations mais en plus d’augmenter leur nombre, au sein d’un modèle non-intensif, qui créera de l’emploi, restaurera la biodiversité et produira au passage de beaux paysages. Mais les agriculteurs ne peuvent pas y parvenir sans une politique de planification de cette transformation agricole d’ampleur, ce qui implique une action forte de l’Etat, des citoyens et des collectivités à leur côté.
Si le mouvement agricole suit la direction proposée par la FNSEA et le discours identitaire de la Coordination rurale, non seulement il se mettra à dos la population mais il entraînera la fin de la paysannerie française au profit de quelques gagnants, ceux-là même qui bénéficient des méga-bassines et ceux-là même qui n’ont eu de cesse d’instrumentaliser la colère légitime des paysans pour consolider leurs intérêts.
Mais si ce mouvement continue d’être rallié par des citoyennes et citoyens qui introduisent leurs préoccupations sanitaires et écologiques dans la contestation des logiques portées par le traité UE-MERCOSUR, si ses membres prennent conscience de la nécessité de s’allier avec la population contre l’industrie agroalimentaire, celle des pesticides, des banques et des équipements, il pourrait produire une révolution agricole. »
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