Le grand Orient annule une réunion sur la Palestine

Nous avons été contactés en novembre dernier par Thierry Mesny pour participer à une conférence débat à deux voix sur la question de Palestine au Grand Orient de France. Le projet en avait été validé par les instances du GODF et la date de cette rencontre avait été fixée au mardi 13 janvier 2026. Nous pensions très utile de croiser les vues d’un porte-parole d’une organisation juive antisioniste, porteur d’une réflexion politique critique sur le sionisme, projet qui est au cœur de la politique d’Israël, avec celles d’une spécialiste du droit international, ce droit dont l’application est l’enjeu central du conflit israélo-palestinien.
Mais nous avons appris il y a quelques jours que ce projet était annulé par une opposition à nos personnes venant d’une partie des membres du Grand Orient.
Nos positions à l’un et à l’autre sont connues et résultent de ce que nous sommes.
Pour l’un (Pierre Stambul), ma position est le fruit de mon engagement à l’Organisation Union Juive Française pour la Paix et elle est nourrie par mon expérience personnelle de Juif athée et antisioniste dont le judaïsme est principalement issu du souvenir du génocide nazi et de la tradition des Juifs révolutionnaires. Mes parents étaient des résistants dans la MOI. La famille de ma mère a été exterminée. Mon père fit partie du groupe Manouchian et a été déporté à Buchenwald. Héritier de cette histoire, je mène une critique sans concession contre le sionisme. Je me suis rendu de multiples fois en Palestine et notamment à Gaza et je milite depuis 2002 pour les droits du peuple palestinien et pour une paix au Proche-Orient fondée sur l’égalité et la justice.
Pour l’autre (Monique Chemillier-Gendreau), ma position est fondée d’abord et avant tout sur l’analyse du droit international que j’ai enseigné durant toute ma carrière. Je constate que ce droit a été bafoué par les sionistes dès le Mandat britannique sur la Palestine, puis après la création d’Israël, à travers le refus par cet État d’appliquer toutes les normes de ce droit : l’interdiction du recours à la force, l’intégrité territoriale des autres États, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, les droits de l’homme, le droit humanitaire en cas de conflit armé. Je tente d’approfondir les raisons de cet échec du droit que je vois dans des déficiences structurelles de la société mondiale qui reste profondément inégalitaire. Je récuse que l’on m’assigne à la place d’une militante pro-palestinienne, comme si je prenais parti entre deux partenaires équivalents. Mon soutien à la Palestine est le résultat du constat des violations du droit international par tous ceux qui en sont les auteurs. Je replace mon analyse juridique du conflit israélo-palestinien dans la crise de ce droit, une juste solution aux droits bafoués du peuple palestinien étant un enjeu majeur de sa survie.
Ce sont donc des données et des idées que nous mettons en débat dans le respect de nos interlocuteurs et tel était le projet de conférence au Grand Orient de France. Les données lorsqu’elles sont erronées se corrigent par des preuves et les idées se combattent par les idées. La censure est à cet égard le triste moyen de ceux qui ont peur du débat. Nous regrettons profondément la décision prise d’annuler cette rencontre et nous pensons que la société française, par des crispations comme celle-là, s’enfonce peu à peu dans la police des esprits, danger mortel pour la démocratie.
Pierre Stambul, Monique Chemillier-Gendreau.

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