Coup de force : Lecornu imposera l’austérité par 49.3 avec la complicité du PS

Après un nouveau week-end de tractations avec le PS, Lecornu fait le choix d’utiliser le 49-3 pour imposer le budget 2026 et avance de nouvelles concessions au PS tout en promettant au patronat de relancer des offensives anti-ouvrières à l’horizon 2027.

Damien Bernard et Livio Berio

19 janvier

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Après des mois de tractations opaques avec le Parti socialiste et un cirque parlementaire interminable, Lecornu s’est résolu à déclencher le 49-3 pour faire passer le budget 2026, comme il l’a confirmé lors d’une conférence de presse, fin d’après-midi. Après avoir voulu « gouverner différemment », pour tenir compte d’un « contexte plus que tendu en septembre dernier », Lecornu a constaté son échec. Actant de la nécessité d’accélérer la course à la militarisation, Lecornu en revient donc aux outils bonapartistes de la Constitution de la Ve République pour faire adopter un texte austéritaire, corédigé avec le PS, qui prépare 20 milliards de coupes budgétaires pour 2026.

Face à une Assemblée divisée, le gouvernement illégitime et ultra-minoritaire a opté pour le 49-3, qui permet de faire adopter le texte sans vote, au terme d’un nouveau week-end de négociations avec le parti d’Olivier Faure. Le Premier ministre a ainsi multiplié les annonces, ce vendredi, pour sceller un accord de non-censure avec les socialistes. Dans Le Parisien, ce dimanche, Boris Vallaud donnait son feu vert, jugeant qu’une hausse de la prime d’activité, la généralisation du repas étudiant à 1 euro ou la création de nouveaux postes dans l’Éducation nationale « permettent d’envisager la non-censure du budget ».

Or, si la mouture finale du budget n’est pas encore connue, le budget 2026 s’annonce tout aussi austéritaire que le texte imposé par Bayrou. En termes d’ampleur, il prévoit de ramener le déficit public de 5,4 % à 5,0 % en 2026, contre une trajectoire allant de 5,8 % à 5,4 % pour le budget 2025. Il présage ainsi des baisses de budgets brutales pour les ministères, avec des conséquences majeures pour les plus précaires. Dans le même temps, il prépare une offensive de 2,3 milliards d’euros contre le budget des collectivités locales. « Il cache une vingtaine de milliards d’euros de coupes budgétaires destinées à atteindre l’objectif de 5 %. Ces coupes vont peser sur les ministères, les services publics et les prestations sociales », souligne Éric Coquerel. Ce budget sera une nouvelle fois brutal pour le monde du travail et les classes populaires.

Derrière le discours du PS, le budget prévoit de prolonger les maigres taxes sur les entreprises déjà votées dans le cadre du budget 2025, mais ces taxes seront même allégées pour les entreprises de taille intermédiaire, passant de 8 milliards l’an dernier à 7 milliards cette année. Une rallonge que Lecornu ne compte pas prolonger, puisqu’il envisage déjà à l’avenir la baisse de la taxe sur les impôts de production (CVAE). Surtout, le gouvernement prépare déjà de futures offensives pour le prochain budget : « Nous devons être offensifs, collectivement, pour consolider la confiance, protéger notre appareil productif et créer les conditions d’une croissance durable ».

Si le budget est bien loin de correspondre aux ambitions initiales du bloc central, ce dernier, et notamment la droite, ne semble pas prêt à voter la censure. C’est en ce sens que, si Bruno Retailleau fustige un budget qui « reprend tous les ingrédients socialistes qui ont conduit au déclin de la France », il écarte d’ores et déjà toute censure, en appelant à revenir aux débats en 2027. Une position qui pourrait être partagée par le Sénat, majoritairement à droite, qui a obtenu des concessions très relatives, notamment sur la question des collectivités locales, réduisant les coupes de 5 milliards d’euros à 2,3 milliards : « On n’est pas non plus pour l’acharnement thérapeutique », explique Jean-François Husson, rapporteur LR du texte au Sénat. « Pour éviter de prolonger le supplice chinois, nous devons obtenir un marqueur majeur sur les collectivités », conclut Stéphane Sautarel, sénateur LR.

Plusieurs motions de censure devraient être déposées par LFI et le RN dans les prochaines heures, mais l’accord de non-censure entre le PS et la droite semble solide. C’est dans ce contexte que Lecornu a finalement opté, in extremis, pour un 49.3 négocié, et non pour les ordonnances, qui auraient permis de sauver le budget de façon relativement certaine, mais sans garantir la stabilité politique. La séquence nécessitera à minima trois usages du 49.3  : pour le texte sur les «  dépenses  », le volet «  recettes  » et le texte final, avec un aller-retour au Sénat. Dans ce contexte fragile, un « accident industriel » ne peut être exclu, alors que les crises se multiplient et que le contexte international s’aiguise.

Au terme de plusieurs mois de discussions sans fin et de tractations de couloirs, le budget 2026 s’achemine donc tout droit vers un passage en force négocié, grâce aux miettes lâchées au PS, pour sauver l’essentiel : la politique de l’offre et les aides aux entreprises d’abord, dont se gorge le patronat par centaines de milliards chaque année, le réarmement ensuite, alors que Macron a annoncé près de 36 milliards d’euros supplémentaires pour les dépenses militaires à l’horizon 2030.

Face aux attaques anti-ouvrières que les négociations avec le PS promettent de faire passer et aux offensives brutales que Lecornu vend au patronat à l’horizon 2027, il y a urgence à rompre avec la stratégie de la défaite des directions syndicales, qui ont étouffé le mouvement du 10 et du 18 septembre, pour proposer un vrai plan de bataille contre l’austérité, le militarisme et les plans anti-ouvriers du patronat. Un plan qui tire les bilans des dernières séquences de mobilisation et qui articule revendications sociales et démocratiques, contre Macron et les institutions pourries de la Vᵉ République, qui serviront une fois de plus à imposer un budget antisocial par la force.


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