« Bien sûr il savait au sujet des filles » : Donald Trump rattrapé par l’affaire Epstein

Trois courriels du pédocriminel mort en prison en 2019, publiés par l’opposition démocrate à la Chambre des représentants, laissent penser que l’actuel président états-unien a menti sur son rôle dans le scandale de pédocriminalité impliquant le financier. « Il savait à propos des filles », écrivait Epstein en 2019.

François Bougon

Décidément, Donald Trump n’en a jamais fini avec son ancien ami de plus de dix ans, Jeffrey Epstein, le financier mort en prison après avoir été inculpé pour l’un des plus grands scandales de pédocriminalité de l’histoire récente.

Alors que le président des États-Unis a toujours nié avoir été au courant des agissements d’Epstein, que ce soit à New York ou en Floride, expliquant s’être fâché avec lui en 2004, trois courriels dévoilés mercredi 12 novembre par les membres démocrates de la commission de surveillance de la Chambre des représentants semblent accréditer qu’il a menti sur ce qu’il savait réellement, voire sur son implication.

2011 : « Un chien qui n’a pas aboyé »

Dans un mail de 2011 adressé à Ghislaine Maxwell, condamnée en 2022 à vingt ans de prison pour son rôle dans le trafic sexuel de mineures, Jeffrey Epstein parle de son ancien ami comme d’un « chien qui n’a pas aboyé », laissant entendre qu’il n’a pas parlé aux autorités de ce qu’il savait. Le financier ajoute qu’une de ses victimes, dont le nom a été caché par les démocrates, « a passé des heures chez [lui] avec [Donald Trump], et il n’a jamais été mentionné une seule fois ».

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Un manifestant avec une pancarte réclamant la divulgation des dossiers Epstein lors d’une manifestation à l’université George-Washington aux États-Unis, le 9 septembre 2025. © Photo Allison Bailey / NurPhoto via AFP

À l’époque, Jeffrey Epstein menait sa vie professionnelle et sociale, échangeant des mails avec des journalistes et des connaissances très bien placées, trois ans après avoir conclu avec la justice, en Floride, ce que certain·es ont qualifié d’« accord du siècle » : l’abandon de toutes poursuites fédérales en l’échange de la reconnaissance de sa culpabilité pour deux chefs d’accusation, « sollicitation de prostitution » et « sollicitation de mineure à des fins de prostitution ».

En 2008, Epstein est condamné à dix-huit mois de prison, mais il n’en effectuera que treize, dans des conditions particulièrement favorables. Il dispose d’horaires aménagés qui lui permettent d’aller travailler à son bureau pendant la journée et de rentrer dormir en prison.

Les membres républicains de la commission de surveillance de la Chambre des représentants se sont empressés de révéler le nom de la victime mentionnée dans le mail et caché par les démocrates : il s’agit de Virginia Giuffre, une Américano-Australienne devenue la principale plaignante dans l’affaire Epstein.

En 2011, au moment où le mail est rédigé, elle vient d’accuser pour la première fois Jeffrey Epstein de l’avoir utilisée comme « esclave sexuelle » au tournant des années 2000. Elle avait également dénoncé le frère du roi Charles III d’Angleterre, Andrew, qui, selon elle, l’avait agressée sexuellement quand elle était mineure. Elle s’est suicidée en avril. Andrew a toujours rejeté les accusations.

La raison pour laquelle les républicains ont décidé de la nommer est le fait qu’interrogée en 2016, lors d’un procès au civil, sur une éventuelle implication de Donald Trump, Virginia Giuffre avait répondu : « Je ne pense pas que Donald Trump ait participé à quoi que ce soit. » Dans un communiqué, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a également contre-attaqué en affirmant que « le président Trump a expulsé Jeffrey Epstein de son club il y a des décennies pour avoir eu un comportement déplacé envers ses employées, dont Giuffre ».

2015 : « Je pense que vous devriez le laisser se pendre »

Le second courriel, daté de 2015, est un échange entre Epstein et le journaliste Michael Wolff, connu pour avoir écrit quatre livres sur Donald Trump et qui possède plus d’une centaine d’heures d’interviews enregistrées en 2017 avec le pédocriminel. À la veille d’un débat dans le cadre des primaires républicaines qui doit être diffusé sur CNN, Wolff explique que la chaîne de télévision a prévu d’interroger Trump sur ses liens avec Epstein – ce qui ne s’est pas produit. Le financier lui demande ses conseils sur ce que pourrait être la réponse.

« Je pense que vous devriez le laisser se pendre, répond le journaliste. S’il affirme n’avoir ni pris l’avion ni été chez vous, cela vous offrira un avantage considérable en termes de relations publiques et de pouvoir politique. » Ajoutant : « Bien sûr, il est possible que, interrogé, il déclare que Jeffrey est un type formidable, qu’il a eu un accord défavorable et a été victime du politiquement correct, lequel sera proscrit sous un régime Trump. »

2019 : « Bien sûr il savait au sujet des filles »

Le troisième courriel remonte à janvier 2019, six mois avant son arrestation et son emprisonnement. Il s’agit toujours d’un échange entre Epstein et Wolff. Le premier affirme que « bien sûr il savait au sujet des filles puisqu’il a demandé à Ghislaine d’arrêter ».

Michael Wolff s’est longuement expliqué dans un podcast du site Daily Beast intitulé « Inside Trump’s Head » (« Dans la tête de Trump »), un média auquel il collabore.

Pour lui, ces trois courriels viennent confirmer ce qui était contenu dans les enregistrements qu’il a effectués avec Epstein en 2017 et dont il a publié des extraits sur le site du Daily Beast juste avant la présidentielle de 2024. Le pédocriminel y raconte sa proximité avec le président républicain, affirmant même que « la première fois qu’il [Donald Trump – ndlr] avait couché avec elle [sa future femme Melania – ndlr], c’était dans [son] avion ».

Mercredi, Michael Wolff a expliqué qu’il s’agissait à l’époque d’exposer les liens étroits entre les deux hommes et de montrer à quel point Trump était « indigne » d’être président des États-Unis. « Ils se connaissaient parfaitement, a-t-il relevé, puis ils se sont brouillés avec une extrême animosité. Mais pendant plus de dix ans, c’est ce qu’ils ont fait. Et leur obsession, c’étaient les femmes, les filles, les mannequins. » Les deux hommes possédaient d’ailleurs tous deux une agence de mannequins.

Pour l’écrivain, « Epstein avait peur de ce qui allait lui arriver si Donald Trump devenait président »« Les médias ont préféré ignorer cette affaire jusqu’à ce que des preuves irréfutables apparaissent, a-t-il indiqué. Je pense que nous approchons du but. »

Un « canular démocrate » pour Trump

Sur son réseau social Truth Social, Donald Trump a accusé les démocrates d’instrumentaliser cette affaire, qualifiée de « canular démocrate »« car ils sont prêts à tout pour détourner l’attention de leur gestion catastrophique du blocage budgétaire et de nombreux autres sujets ».

« Seul un républicain particulièrement incompétent, voire stupide, tomberait dans ce piège », a-t-il ajouté, alors que des élu·es de son camp ont annoncé se joindre aux démocrates pour approuver une motion ouvrant la voie à la publication des documents en possession des agences du gouvernement fédéral, comme le FBI, ou des ministères, comme celui de la justice, au sujet de l’affaire Epstein.

Les médias états-uniens ont révélé que le président avait appelé deux représentantes de son camp qui plaident pour la publication des « Epstein Files » (« dossiers Epstein »), Nancy Mace et Lauren Boebert. Cette dernière a même été invitée à venir participer à une réunion dans la salle de crise de la Maison-Blanche. Interrogée à ce sujet, la porte-parole Karoline Leavitt a répondu que cela était « une preuve de [leur] transparence que de vouloir rencontrer les membres du Congrès et répondre à leurs préoccupations »« Discuter de divers sujets avec les membres du Congrès est un élément essentiel de la transparence, et je ne détaillerai pas les conversations qui ont eu lieu dans la salle de crise », a-t-elle poursuivi.

Les membres républicains ont dénoncé de leur côté le choix sélectif opéré par les démocrates, et publié plus de 20 000 courriels, dans lesquels, selon le New York Times« Epstein décrit Donald Trump en homme d’affaires “véreux”, “à la limite de la folie”, peu digne de confiance et pire encore “dans la vraie vie et de près” que l’image qu’il cherchait à projeter au public ».

Donald Trump pensait s’être débarrassé de cette affaire mais, avec la fin de la paralysie budgétaire et la reprise des travaux à la Chambre des représentants, elle lui revient en pleine face. Et il y a le feu à la Maison-Blanche.

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